La dictature psychique (juin 2009)

Lecture du texte Maupassant par S : le Horla

« Je suis perdu ! Quelqu’un possède mon âme et la gouverne ! Quelqu’un ordonne tous mes actes, tous mes mouvements, toutes mes pensées. Je ne suis plus rien en moi, rien qu’un spectateur esclave et terrifié de toutes choses que j’accomplis. Je désire sortir. Je ne peux pas. Il ne veut pas et je reste, éperdu, tremblant, dans le fauteuil où il me tient assis. Je désire seulement me lever, me soulever, afin de me croire maître de moi. Je ne peux pas ! Je suis rivé à mon siège, et mon siège adhère au sol, de telle sorte qu’aucune force ne nous soulèverait.

Puis, tout d’un coup, il faut, il faut, il faut que j’y aille au fond de mon jardin, cueillir des fraises et les manger. Et j’y vais. Je cueille des fraises et je les mange ! Oh ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Est-il un Dieu ? S’il en est un, délivrez-moi ! Sauvez moi ! Secourez moi ! Pardon ! Pitié ! Grâce ! Sauvez-moi ! Oh ! Quelle souffrance ! Quelle torture ! Quelle horreur !

La dictature psychique m’a fait penser à ça, mais c’est moi en fonction mon histoire, j’ai oublié de préciser pour les nouveaux je travaille beaucoup sur les régimes dictatoriaux spécifiquement l’Algérie … bonjour !C’est la première fois que vous venez ?… C’est… des ateliers qui fonctionnent à tour de parole… des ateliers bien particuliers qui fonctionnent qui sont sur la… Aujourd’hui c’est la dictature, on fait passer le magnétophone et par rapport à votre expérience personnelle à quoi vous renvoie la question de la dictature. Je viens de lire un texte que m’a inspiré le texte sur la dictature.

S : On fait un tour de table, bien entendu. Vous êtes au courant de l’atelier thématique aujourd’hui ?

A : Je ne suis pas là par hasard.

S : Je voulais savoir si on vous a expliqué le fonctionnement des ateliers. Qui commence ? La nouvelle ?

L : Moi, J’ai 41 ans bientôt 42, j’ai été victime d’inceste.

I : Moi, je suis venue à plusieurs des ateliers thématiques, plus souvent au groupe de paroles que nous faisons le lundi, ce qui m’intéresse… j’essaye de réfléchir de façon plus précise sur des thèmes qui sont proposés par rapport au groupe de parole. Les ateliers me permettaient de construire moi-même des représentations de ce que j’ai vécu.

J : Bonjour je suis victime d’inceste bien sûr, je suis là pour avancer avec vous.

N : Bonjour je m’appelle N, moi ça fait pas mal de temps que je viens … vos ateliers thématiques et puis surtout au groupe de paroles le lundi soir. Toute expérience et tout groupe de paroles est bénéfiques pour moi concernant l’inceste.

V : Bonjour, j’ai été victime d’inceste de la part de mon beau-père et de ma mère. Je suis venue trois ans de suite, au groupe de paroles avec une interruption pour l’instant je reviens le samedi aux ateliers thématiques j’espère prochainement pouvoir revenir le lundi un jour

N. ça fait trois à quatre ans que je viens au groupe de paroles et là je suis venu à tous les ateliers thématiques.

C : Bonjour moi c’est C, .j’ai été victime d’inceste de la part de mon beau-père et c’est la première fois que je viens aux ateliers. J’espère aussi pouvoir avancer.

M. : Bonjour, moi c’est M., je suis victime d’inceste également… voilà je connais un peu les groupes de paroles avec une autre association sauf que c’était des groupes de paroles animés par des victimes d’inceste et j’avais envie de voir autre chose et j’ai certainement été entraînée par ma copine à côté pour venir aujourd’hui.

S : Je m’appelle S., je suis modératrice des ateliers thématiques qui ont été préparés et avec les gens de l’association. Donc la dictature ça peut évoquer quoi pour vous ?

V : L’absence de liberté, ça m’a beaucoup parlé le texte en fait, je le trouve extrêmement, très parlant. Ca correspond totalement à ça, c’est exactement ça. Quelqu’un qui fait pour vous, quelqu’un qui fait à qui commande votre place, il ne fait pas à votre place. Il vous fait faire les choses. Je n’aime pas le silence c’est pour ça que j’ai commencé à parler. J’aime bien le silence chez moi.

M. : Vous avez parlé d’un texte je n’ai pas suivi.

S : Et quand vous dites quelqu’un qui fait à votre place, ça serait qui ?

V : C’est bizarre de dire ça parce que en fait il ne fait pas mal classé moi qui fais mais comme ce n’est pas moi qui suis maître de mes actes, enfin ce n’est pas moi qui les choisi ces actes la. Récemment, j’ai réalisé ça, il y a une petite, une jeune fille que je connais qui a commencé à apprendre le non en fait, en pleine phase de la découverte du non au niveau des sentiments, exactement ça c’est-à-dire qu’on ne sait pas quand on est enfant ne sait pas dire non on apprend à dire non ça s’apprend ça fait partie de l’apprentissage pour pouvoir définir ce qu’on veut ce qu’on ne veut pas … . et en fait j’ai pas pu apprendre à dire non, je ne suis pas libre pour savoir dit oui faut savoir dire non faut que je sache savoir dire non pour savoir ce que j’aime ce que je veux pas et on m’a enlevé mon non, on m’a enlevé ma mon libre arbitre, on m’a spolié de mon libre arbitre total. Tout en introduisant le fait que à partir du moment je n’ai plus pu dire non, je suis rentrée, je suis, on m’a fait rentrer dans des situations comme si c’était moi qui avais décidé de les vivre alors que je n’ai rien décidé du tout… ce qui fait que je me suis retrouvée à être quelqu’un que je n’étais pas dans des situations que je ne voulais pas. Comment dire avec et du coup tout ce qui se produisait, tout arrivait vers moi tout ce qui faisait autour de moi ce n’était jamais ce que je désirais, ce que je voulais … ou ce que je cherchais à vivre ; c’était subi, c’était imposé aussi bien aussi l’inceste mais après aussi toutes les circonstances de l’existence de la vie. Je devenais, je perdais complètement ma position mon statut et ma place c’est-à-dire que j’étais une enfant qui était la fille de … et d’un coup je n’étais une enfant et je n’étais plus la fille de… je n’étais plus la sœur de… j’étais dans une famille. J’avais perdu toute identité… toute identité, tout passé, d’ailleurs aussi parce si j’avais eu un passé auparavant l’inceste, les actes incestueux ont commencé quand j’avais entre sept et huit ans j’avais donc un passé avant avec une famille, avec une histoire, j’ai perdu même mon passé, j’ai tout perdu. C’était une perte totale dans le temps et dans l’espace en plus c’est-à-dire que j’ai même perdu ma naissance le fait d’être née, le fait d’être présente à l’existence c’était une perte comme une mort, même la vie je l’ai perdu en fait c’est-à-dire que j’aurais tout ce qui concernait le fait de respirer de marcher c’était tout automatisé cela n’avait plus de sens, ça n’avait plus de sens. Apprendre à marcher cela avait un sens après ça, ça n’avait plus de sens. J’avais l’impression d’avoir atterri dans un monde à partir de ce moment là, dans un monde où c’était le chaos tout à l’anarchie tout en étant pour moi, je le vivais ainsi, alors qu’il y avait une certaine cohésion dans cette anarchie mais extérieure à moi. Et tout ça parce que je n’étais plus à ma place ; c’est-à-dire que mon beau-père m’a fait passer dans une position de préférence par rapport à mes frères et sœurs ça c’est une situation horrible du coup mes frères… mon frère ma sœur ont cru ont cru que j’étais là préférée … Et donc et que j’avais une position privilégiée ce n’était pas la vérité et donc du coup je subissais aussi leur projection ce n’était pas la projection pour eux c’est une réalité et je devais me battre en permanence sans cesse à des réalités qui n’étaient pas la mienne. C’était faux j’étais dans un monde complètement déformé et avec en plus de ça… C’était complètement chaotique c’était avec en plus l’ignorance totale de la manière dont je suis arrivée d’un seul coup d’un seul coup en un seul instant s’en saisir sans le savoir … sans le sentir … sans même le prévoir ni quoi que ce soit il a suffi que simplement la pensée de l’autre, la décision de l’autre a fait que j’ai plongé dans un monde de chaos un monde chaotique. Où j’étais perdu est totalement et intérieurement figée alors que le monde autour de moi bougeait ce qui veut dire au niveau émotionnel. Normalement nous sommes des êtres émotionnels donc je devrais ressentir mes émotions… me permettait d’être en mouvement même mes émotions je devais en permanence les contrôler c’est-à-dire au vu de ce que je voyais de ce que je saisissais parce que j’étais toujours en décalage permanent par rapport à ce qui m’arrivait et donc j’étais complètement coupée de l’extérieur tout en étant là.  J’étais comme un point dans l’espace sans pouvoir bouger dans le temps et dans l’espace sans pouvoir, sans pouvoir plus rien faire, figée complètement figée, cristallisée, cristallisé ce n’est même pas le terme, figée, totalement figée.

S : une sorte de sidération ?

V : Une sidération c’est comme si j’étais un carrefour que je ne puisse jamais décider où aller, ni que faire, ni quoi faire et que la circulation se faisait dans tous les sens. Je voyais que tout bougeait autour de moi et par contre … et mes mouvements, allaient dans le sens et ce qui faisait que à l’intérieur de moi j’étais comme ça mais mon corps lui était en mouvement mais en mouvement par rapport à quelque chose que je n’avais pas… ce n’était plus moi, j’étais devenue un automate, un automate, même la vie devenait un automatisme. La vie ce n’est pas ça, la vie ça circule, c’est une circulation. J’étais figée comme si je faisais des gestes automatiques.

S : Une pensée automatique ?

V : Je ne pensais pas, je n’étais même pas une pensée, j’étais complètement dans la sidération totale, je ne pouvais même pas penser, je ne pouvais plus rien créer je créais plus je ne faisais plus rien j’étais figée sans pouvoir dire ce qui m’arrivait, sans comprendre… l’ignorance.

M : Quand je t’écoutais, la dictature ça me parle bien, dans le fait que j’ai subi un peu ma vie ni … mais que j’ai vécu en plus une dictature familiale à travers mon beau-père qui était quelqu’un de très colérique, très imposant qui dirigeait tout, qui commandait tout déjà de par son personnage. Et, moi la dictature c’est la peur… la crainte … c’est la peur de parler … la peur de prendre des coups. Voilà, c’était pour moi, la dictature c’est un peu comme Hitler et effectivement mon beau-père c’était, bon ce n’est pas Hitler mais enfin bon. Il dirigeait un peu tout la maison … il imposait tout c’est-à-dire que la télécommande c’est lui qui l’a. On mange à l’heure qu’il décide, on mange ce qu’il décide. On parle à table quand il le décide. Et voilà donc qu’après les conséquences dans la vie d’adulte en plus de l’inceste ? C’est ça, je suis devenue quelqu’un de gentil ! Voilà !

S : c’est-à-dire gentille ? C’est bien d’être gentil non? Qu’est-ce que vous entendez par gentil ?

M : je suis inspirée par un livre que je lis actuellement. Quelqu’un de gentil c’est quelqu’un qui ne dit jamais non, qui ne jamais blesser l’autre, qui finit par effectivement s’oublier, oublier ses désirs, ses envies, ses goûts et qui finit par se perdre. Et voilà la dictature c’est ça. C’est ôter… effectivement, je reproche plus à ma famille parce que ma mère de toute façon a laissé faire, de m’avoir volé ma personnalité que l’inceste lui-même enfin le côté sexuel on va dire. La gravité, elle est plus là je pense, c’est après ce n’est même pas se reconstruire mais se construire. J’ai 43 ans je ne sais toujours pas qui je suis je ne sais toujours pas ce que j’aime, ce que je veux, ou je vais, je vis à l’instinct j’ai avancé quand même j’ai une fille, j’ai eu plusieurs amours, plusieurs séparations voilà mais voilà. La dictature c’est s’est imposé tellement sa loi au point de détruire l’autre, ce n’est même pas le détruire mais l’empêcher de naître.

S : Alors qu’il est déjà né ?

M : Mais effectivement c’est presque voler votre âme, c’est vous étouffer dans l’œuf. C’est une image parce qu’on était très télé, autour de la télé, c’étaient les années télé aussi et voilà la télécommande c’est lui qui l’avait et ce n’est pas qu’une image. Soupir.

I : C’est cette histoire de téléguider toi tu parlais d’être un pantin moi c’est ce que j’entendais dans ce texte, c’est cette impression, ça m’a marquée quand je l’ai réentendu c’est un texte que je connais. Je réalisais en l’entendant quand je l’ai lu quand j’étais jeune, quand on est à l’école c’est un truc qu’on nous donne mais après je l’ai relu et à partir d’un moment donné je n’ai plus pu le relire ce texte, c’est ce qui est étonnant à ce que je professeur et je suis censé le faire lire à des élèves. Je leur fais lire mais je ne lis jamais. Je viens de réaliser en l’entendant quand je lisais en tant qu’élève moi-même je l’ai relu volontairement il y avait un rapport de répulsion /fascination avec ce texte je réalise pourquoi. En effet, ça renvoie à cette idée d’être, cette dictature de l’intérieur. D’être transformée en espèce de pantin téléguidé, de faire des choses enfin c’est maintenant que je peux dire que je voulais où je ne voulais pas. A l’époque la question ne se posait pas. Je faisais ce que mon père avait envie que je fasse. J’étais, assez vite capable de le faire de moi-même il n’avait pas besoin de me demander, de me supplier pendant des heures et le faisait quand je redevenais réticente du coup quand dés fois je disais non, a quel ca lui faisait du bien et que ça ne faisait sûrement pas de mal, du coup je me laissais persuader mais j’ai bien senti enfin, je l’ai pas senti justement parce que la réflexion était assez abolie dans ces moments-là je pensais pas que j’arrêtais de penser heureusement ! Je pense que ce qui m’a permis de revivre après je ne pensais pas pendant ces moments-là quand j’étais dans le tête-à-tête. Ce n’était pas un tête-à-tête malheureusement mon frère cadet était présent tout le temps il y avait bien ce côté dictatorial il fallait pour que personne parle, il fallait que tout le monde soit complice, soit dans la même chose, il ne le touchait pas mon frère mais il était là. Ca lui permettait ça donnait un alibi, c’est-à-dire qu’il jouait avec ses enfants et donc il y avait l’idée que dans ces moments-là je sais que je ne pensais pas j’essaie de me rappeler de ce que je ne pensais pas je me dis est ce que ça ne me choquait pas ? Je ne peux pas me rappeler de rien, je me rappelle des faits, je peux les voir comme sur un écran je peux les voir en effet ce qu’il me faisait mais je n’ai aucun souvenir de ce que je pouvais penser jusque le justement ce que c’était bien je ne posais pas de questions je continuais à avoir une vie intellectuelle à côté mais qui évitait ce sujet-là des sujets intellectuels école

I : J’avais des idées sur des choses mais le mais quand les choses s’approcheraient de sa lors de lecture ou des gens qui me posaient des questions j’évitais, je contournais là, c’était de l’indicible et donc pour moi la dictature il y a cette idée de s’emparer de la volonté on parlait de l’âme de la volonté et d’imposer toute une série de règles qui tiennent dans la famille, ce petit cercle familial et on n’a pas le droit ni de les remettre en cause ni d’aller voir à l’extérieur. J’ai senti la dictature clairement en grandissant quand j’avais 16, 17 ans où j’avais réussi à dire non à mon père qui ne me touchais plus et en même il ne supportait pas. Il y avait des conflits une agressivité énorme de sa part dès que j’allais vers l’extérieur ça veut dire avoir une amie par exemple et vouloir aller chez elle la ramener à la maison est d’aller un autre monde et d’accepter les règles des autres c’était trahir cette espèce de petite entité qui était notre famille. Il y avait une sorte de rage de sa part par rapport à ça. C’était autant pendant qu’il abusait de moi il était plutôt, dans le côté de la préférence et j’étais assez petite pour que ça se passe moins souvent du conflit que vraiment de la manipulation parce que c’était facile de m’empêcher on vivait en cercle fermé, on ne voyait pas beaucoup d’amis. Quand j’ai grandi ça s’est passé sur un mode beaucoup plus agressif, il ne me touchait plus sexuellement parce je ne sais comment que j’ai trouvé la force de dire non c’était plus de l’ordre de l’évasion mais je n’ai pas dit non clairement je me débrouillais pour n’être jamais seule avec lui j’étais tout le temps collée avec mère mes grands-parents je trouvais des endroits et il a visiblement réussi à se faire une raison il avait peur du regard extérieur il faisait attention à ça. Il y avait cette terreur de sa part que je veux que je puisse… et cette colère que je puisse rentrer dans un autre monde comme si j’avais échappé à une dictature et que je voulais passer de l’autre comme si j’étais une dissidente, une dissidente d’aller accepter les règles des autres de revenir d’une autre famille et de dire que c’était sympa. Ma mère participait très clairement à ça et c’est peut-être elle la voix de ça.  Mon père était en colère tout simplement et ma mère disait tu crois toujours que c’est mieux chez les autres. Qu’est-ce que tu t’imagines. Il fallait qu’on dise et ça continue jusqu’à l’âge adulte jusqu’à ce que je dise à mes parents je les verrai plus, c’était insupportable d’avoir l’air de dire que l’on était bien ailleurs, dans d’autres règles, dans d’autres mondes que celui de mes parents. Ils n’y en a d’autres y en a qui se plaignent moins parce que vous avez si, ça toujours de bonnes raisons mais il avait clairement une interdiction d’aller voir ailleurs de désobéir avec, en effet, une figure paternelle dominante sur tout le monde, moi, ma mère, mon frère. Il y avait rien à dire Les heures des repas tout été et puis la question ça ne se discutait pas. L’autorité paternelle était pas appuyée sur un discours et en effet il y avait une y avait une violente colère de la part de mon père si il sentait ça résistait d’un côté ou de l’autre il y eu des affrontements il s’est battu quasiment avec mon frère parce que mon frère lui désobéissait sur des bêtises c’était insupportable c’était pas le fait que mon frère ait quelque chose de dangereux c’est le fait qu’il ait osé lui tenir tête et ma mère sa technique il la traitait d’imbécile pendant des années, elle a pas fait d’études, elle se sentait dévalorisée par rapport à ça et donc il jouait là-dessus il disait qu’elle était stupide quand elle commençait notamment à faire des remarques quand elle le voyait me tripoter devant elle de façon soi-disant bon enfant, je lui mets une claque sur les fesses elle faisait une remarque « laisse tomber ! de quoi tu te mêles et lui disais tu n’y connais rien fait pour donner son avis personne de ton avis n’en a besoin t’es trop conne !, enfin il disait pas conne, il disait pas de gros mots, t’es trop stupide il y avait vraiment une mise en place en effet, d’une dictature des esprits dans la famille c’est ça me fait penser et à cette idée de pantin obéissant, tu as parlé de gentillesse pendant longtemps ce que je n’ai pas aimé mais si je croyais que j’étais gentille, mais en fait je n’étais pas gentille, j’étais obéissante y compris avec des gens à égalité avec mon premier mari c’est ça qui m’a gênée c’était pas la vraie gentillesse à l’intérieur j’étais capable d’être en énervé pensé du mal des gens je me sentais coupable d’être comme ça mais devant c’ était toujours sourire, dire oui, puisqu’on on inculqué une forme d’obéissance.

I : Et pour moi c’est ça la dictature, c’est exiger une obéissance absolue y compris à l’intérieur ce pas juste une obéissance à des règles qui peuvent être dures mais à la limite on peut. C’était une obéissance à l’intérieur non seulement on devait obéir mais on devait d’accord avec tout ce que disait mon père voulait, aurait aimé même connaître mes pensées, il m’a dit une fois qu’il voulait connaître les pensées il m’avait proposé de faire des séances de psy justement il avait lu un bouquin de psychanalyse de groupe avec juste lui mon frère et moi et on aurait tous dit ce qu’on pensait et nous aurait dit quoi on penser et je me rappelle très bien que j’ai éprouvé une terreur totale plus que pour le côté physique c’est ce qui me restait c’était pouvoir me renfermer dans moi-même, bouquiner et quand il m’a dit un jour on pourrait faire ça, j’ai pensé que ce serait bien on se mettrait ensemble et dans son esprit tout ce qui avait un lien avec la sexualité et une attirance pour les autres. On lui aurait tout racontés c’était vraiment vouloir être dans notre cerveau.

S : quand vous disiez que vous ne pensiez pas au moment où votre père vous agressait sexuellement vous pensiez que vous étiez où, A votre avis ?

I : Je suis incapable de le dire, parce que j’étais bien là puisque je me rappelle des images ça C’est très difficile pour moi de savoir ce qui se passait, fait la partie pensante ce n’était pas comme si elle n’était pas là j’avais l’impression qu’elle était habitée par son discours à lui. Il disait à la fois on ne peut pas le dire à l’extérieur mais c’est très bien on se donne le droit entre nous, voilà son discours et j’étais là-dedans c’est comme si j’étais dans sa tête à lui, aspirée dans sa tête à lui dans son système de pensée à lui,

S : une sorte de fusion à deux.  Vous nous n’étiez plus deux mais un?

I : Une forme de fusion sur ce plan là qui faisait que je ne me à rappelle par exemple que je pensais à d’autres chose ce moment là, que je m’évadais là en pensant à d’autres choses n’étant pas là j’étais là souviens pas d’avoir une idée personnelle ce qu’on fait là ce n’est pas bien ou si maman nous voyait c’est-à-dire dit je ne disais rien.

S : c’est comme si vous étiez habitée ?

I : oui en fait par contre je m’en rappelle c’est comme si je savais ce qu’il pensait lui il y a des choses qu’il les a dites et d’autre il n’avait pas besoin de les dire c’est-à-dire que j’entendais sa pensée. On va là je sais que mes enfants et on en train de jouer y a rien à dire et en même temps il y est une fois, j’avais raconté l’épisode c’était dehors dans la montagne et il avait sursauté parce qu’il avait cru que quelqu’un était là et je me rappelle très bien avoir senti en même temps ce sursaut de peur et je pensais la même chose si quelqu’un nous a vus quelle horreur c’était exactement sa pensée à lui ça s’est passé en même temps on a pensé la même chose pendant des années j’ai eu cette sensation d’angoisse sa souche d’arbre parce que finalement c’était une souche d’arbre j’ai réalisé un jour que j’avais intégré ce qu’il avait pensé lui le regard du monde extérieur qui évidemment allait pas accepter son petit discours qui ne marcherait pas et cette angoisse qu’il a eue lui moi je l’ai sentie donc je suppose que tout le temps c’était un peu çà je remplaçais ma pensée par les siennes c’est hypothèse, je ne sais pas, c’est la seule chose que je vois, je n’ai aucun souvenir d’avoir pensé par moi-même.

S : je pensais à l’intromission ?

I : oui c’est un peu ça, cette idée d’être habité ?

N : intromission ?

S : le fait que l’autre soit en nous, Je pense que c’était une partie je pense que ce n’est pas une sorte de personnalité coupée en deux

I : pas tout, c’était un discours qui était à l’intérieur de moi et c’est comme si il avait introduit en effet un discours et ce discours-là.

N : Je voulais revenir sur le fait est ce qu’on pensait pendant les agressions ? Moi je pensais assez fortement c’était toujours cette idée s’il continue comme ça je vais mourir. Enfin c’était vachement accès sur moi je pensais comme tout le temps est enfant même pendant les agressions je me réfugiais dans ma tête, tout à l’heure vous avez prononcé le mot intromission, pour moi ils ont jamais réussi à posséder ma tête même s’ils l’ont beaucoup fracturé mais c’est quelque chose qui n’ont jamais eu en fait dommage pour eux mais si quand même, j’ai entendu tout à l’heure le mot obéissant, je suis quelqu’un d’assez obéissant comme ça mais dans ma tête pas du tout, je suis toujours contre, je voyais vraiment d’un très mauvais œil peut être pas tant que ça ce qui faisait sur moi mais comme j’ai également vu se faire agresser mes sœurs et d’autres enfants ils ont également en face de moi tuer des gens des gamins c’est des choses que je pensais au fur et à mesure que ça se déroulait en face de moi, j’étais complètement contre c’est quelque chose qui ne devait pas faire mais c’était plus par rapport aux autres que par rapport à moi, à la limite moi je pensais c’était normal qu’on me viole tout le temps que c’était une espèce de mission sur terre c’était mon rôle sur terre tout en ne pensant pas à ça dès fois mais j’arrivais quand même finalement assez à penser, et le texte que vous avez lu au départ m’a un peu énervé c’est un gars qui est dans une enveloppe qui n’arrive pas à décider de sa propre vie de ses propres actions ma vie est dicté complètement par rapport par autre chose mon passé veuille me dicte ma vie future c’est moi qui vais en faire quelque chose toute ma vie c’est comme si c’est de renverser les choses à la limite toute mon enfance ou j’ai été abusé c’était de continuer à vivre… , si j’arrive à sortir de là c’est eux qui vont avoir des problèmes. Il fallait survivre c’était quand même très axé sur moi pendant les agressions, c’était que la mort mon corps est ce qu’il a résisté si je n’ai pas de corps, c’est foutu.

S : Dans quel régime survit-on ?

N : C’était très, très dictatorial c’était des fachos c’est les gens j’avais aucune vie personnelle dans ma famille.

S : C’était interdit ?

N : il y avait certaines règles, on devait se faire abuser, il fallait être à disposition c’était la règle il ne fallait pas parler à l’extérieur sinon c’était des tortures la règle c’était de ne pas parler, la survie, il ne fallait que ça ne s’échappe à l’extérieur ce qui se passait sinon c’était des grosses tortures mais moi j’ai toujours été résistant moment même si je pouvais obéir dans les actes qui me demandaient dans ma tête et je suis un gros résistant.

N : Je voudrais dire que dans ma famille, qu’il y avait une figure qu’il était très clairement dictatorial est j’ai toujours ressenti comme ça et que cette dictature s’exerçait surtout par rapport ma mère c’est mon père cette figure là, or, ce n’est pas mon agresseur ni mon violeur c’est mon frère mais j’ai l’impression qu’il a eu une influence très grande sur lui dans le sens où mon père figurait je pense pour lui la personne qui justement faisait ce qu’elle avait envie quand elle en avait envie sans faire de compromis par rapport à ma mère ou par rapport à ses enfants c’est-à-dire qu’il menait exactement la vie qu’il avait envie de mener une double vie, triple vie à côté comme il voulait quand j’ai confronté mon frère il y a deux ans je me suis rendue compte effectivement il en parlait un petit peu comme quelqu’un qu’il avait beaucoup admiré et moi j’étais complètement… alors il déteste il a une telle détestation de ma mère que c’est à peine imaginable il a mis 15 ans d’absence avec nous avec la famille parce qu’il détestait ma mère il avait décidé de ne plus lui donner de nouvelles hors, mon père était souvent quelqu’un soit d’absent soit de violent verbalement à la maison et ma mère palliait à jouer le rôle du père et la mère elle devait investir en fait les deux rôles et celui également de mettre des limites et donc je pense que c’est pour ça que mon frère a voué une telle haine à ma mère vis-à-vis de ma mère parce que elle lui fixait des barrières … des heures auxquelles il devait rentrer des choses dont il ne tenait jamais compte. Il a outrepassé pas mal de règles et ma mère disait toujours tel père, tel fils comme s’il y avait quelque chose dans les gènes qui s’était transmis entre mon père et mon frère. J’ai appris bien plus tard que c’était aussi une question de la sexualité précoce, de choses comme ça, qui lui aurait transmis aussi mon père a été mêlé en viol aussi quand il était jeune mais ma mère n’a jamais su en fait, exactement ce qui s’était passé c’est un copain à mon père apparemment et j’ai l’impression qu’elle n’a pas trop voulu en chercher davantage. Pour moi, la dictature c’est le mystère on ne parle pas, on ne dit pas vraiment qui on est ? On est tout le temps dans une espèce d’hypocrisie, de sourire de façade ou de chantage. la dictature telle qu’elle s’est produite par rapport à moi je pense que c’est au niveau mon frère a cherché, le premier viol s’est passé avec violence surprise et j’étais totalement je m’y attendais pas et par contre les suivants qui sont passés des années plus tard étaient plus consentis si on peut dire consentis, mais je pense que c’était mon frère me faisait sentir qu’en faisant ce qui me demandait de faire on allait créer une relation privilégiée nous deux qui allait d’une certaine façon pallier à l’absence d’histoire et d’amour qu’il y avait entre mes parents d’où l’importance en fait je pense de mon histoire d’inceste de ce déséquilibre total familial bancal entre deux parents qui cohabitaient depuis que je suis toute petite et chez qui il avait plus rien finalement plus d’amour uniquement de la haine de l’incommunication du silence et mon frère m’a laissé penser en fait que les relations sexuelles mais ce n’était pas uniquement pour les adultes c’était aussi pour les enfants et qu’on allait créer je pensais j’étais persuadée, que nous allions créer une relation très forte, parce que mon frère était quelqu’un de aussi très parano de très menteur de très mystérieux avec lequel j’ai beaucoup partagé de jeux qui n’avaient rien de sexuels qui étaient tout à fait des jeux des vrais jeux d’enfant et en même temps on avait quand même 5 ans d’écart et on ne se faisait pas de confidences on ne parlait pas justement de la famille qui était bancal des parents qui se disputaient en permanence et il lui m’a fait croire que d’aller dans son lit serait le lieu des confidences.

S : Quand vous dîtes mystère, vous voulez dire silence ?

N : Oui et puis toujours cacher ce qu’on fait mon père n’a jamais parlé de ses activités professionnelles c’est limite s’il disait où il allait quand il partait en déplacement et mon frère c’était pareil et il menait, il y avait souvent un double jeu et la personne qu’il était au sein de la famille était un enfant finalement normal obéissant qui posait pas de problèmes n’était pas un ado qui se réfugiait dans sa chambre qui se renfermait en lui-même pas du tout c’était quelqu’un d’ouvert et par contre quand il était dans une bande avec d’autres personnes d’autres élèves il était intenable parait-il s’était il faisait la foire dans la classe vous ne savait pas du tout avec qui il avait traîné il parlait pas du tout des copains qui voyaient l’extérieur

S : Ne rien dire

N : Toujours cacher

S : Qu’est-ce qui se disait alors ?

N : Pas grand-chose justement c’est-à-dire chacun est emmuré dans ses soucis et dans ses hypothèses sur l’autre et rien ne se dit, rien ne se communique ouvertement.

S : C’est ce qui maintient ?

N : C’est ce qui le maintien d’une certaine façon oui dans le sens où mon père avait décidé que l’éducation ce n’était pas de son ressort c’était à ma mère de faire il l’avait clairement dit au départ je pense poser certaines bases disant au départ, il faisait de belles promesses je faire plein de choses avec mon fils, c’est super je vais avoir un garçon et en premier, puis en fait finalement tout ce qu’il avait promis il n’a rien tenu et puis ensuite de se défaire de son rôle de maintien d’un certain ordre c’est le contraire ce sont des gens mon père c’est quelqu’un qui a mis le désordre c’est le contraire.

L : Il y ait des témoignages assez différents, je me retrouve dans pas mal de trucs mais pas dans un seul et je trouve que c’est assez compliqué parce c’est confus une dictature parce que moi j’ai vécu avec quelqu’un qui était pervers et qui était on va dire plutôt fou et qui n’a pas instauré une dictature dès le début c’est-à-dire que c’était plutôt quelqu’un très manipulateur. Il a représenté tout suite pour moi plutôt le bien que le mal donc il a remplacé mon père parce que mes parents divorcés quand j’avais neuf ans ma mère est partie avec lui et mon père a sombré dans une dépression donc je n’ai plus vu mon père. Son but était réellement de remplacer mon père et il me l’a expliqué dès le démarrage, c’est-à-dire que je suis devenue sa fille il me disait que j’étais sa fille… il me disait que mon père n’était plus mon père donc c’était assez. Moi j’ai vécu avec lui dans un monde très trouble à partir de ce moment là c’est lui qui s’est occupé de ma scolarité de mon éducation .La mère très clairement elle n’était pas apte il avait tout pouvoir et ma mère lui laissait tout pouvoir tout ce qu’il demandait que je fasse même si je n’aimais pas je devais suivre quelque part c’était une dictature mais ce n’était pas une dictature imposée avec violence mais c’était plutôt imposé par séduction. En fait, très rapidement je crois que j’étais plutôt une projection de lui-même tout ce lui il aimait fallait que je le fasse aussi bien dans les activités sportives c’est-à-dire tout, tout. J’ai la pêche de la chasse je la plongée sous-marine, de la chasse sous marine à huit ans. Je devais le suivre.

S : Vous vouliez faire tout ça

L : non, pas tout mais je devais le suivre je n’avais pas le choix à l’école c’est lui qui assistait aux réunions pas ma mère il venait me cherchait il me retirait de l’école il me disait on va passer une journée ensemble de l’école, il me retirait de l’école une journée entière c’était une totale dictature je ne pouvais pas m’opposer à quoi que ce sois et de toute façon je ne cherchais pas m’opposer c’était pour moi, c’était lui, il avait tous les droits ma mère s’opposait et en même temps étant donnée que ma mère ne s’occupait pas de moi depuis ma naissance puisque j’étais un enfant de retour de couches qu’elle n’a pas souhaitée. Je suis née dix mois après mon frère, j’étais rejetée par ma mère, dès le début et mon père n’étant pas présent. Lui, c’était mon seul repère et je passais tout mon temps avec lui. Et en plus, il représentait pour moi celui qui savait tout moi j’étais un enfant précoce intellectuellement j’avais un an d’avance donc il avait réponse à tout il savait tout, il m’apprenait tout et donc c’était le bon D. Donc j’ai vécu pendant un certain temps jusqu’à ce que j’ai l’âge plus au moins de comprendre sans être en capacité de m’opposer je ne disais pas non je ne disais pas oui j’étais dans un monde second et je ne me posais pas je suivais ce qu’on me demande de faire et quand j’ai compris quand je commence à comprendre ce qui n’allait pas je suis fortement opposée et à partir de ce moment là c’est que la dictature et vraiment une violence extrême j’ai eu des menaces de mort, des punitions des tortures des humiliations. J’ai été obligée de faire certaines choses même à la chasse de participer à des jeux de dingues quoi hélas.

S : Que ce que vous êtes les trucs de dingues ?

L n’a pas souhaité répondre.

L : C’est à partir du moment où il a senti qu’il perdait cette emprise qu’il est devenu violent et dictatorial c’est à partir de ce moment là qu’il a eu besoin qu’il sentait que ça allait s’échapper c’est là qu’il est devenu méchant. Perte sur l’emprise. Mais par contre pour en revenir à ce qu’on disait question d’esprit pendant les viols, moi il n’a jamais possédé mon esprit ce truc ça ne parle pas tout c’était plutôt comme si je partais je sortais, mon esprit était à l’extérieur et il restait que mon corps et lui n’avait que mon corps et mon esprit et c’était hors de question qu’il domine mon esprit et pour moi c’était très clair tout ce qui était intellectuel ne lui appartenait pas c’était comme ça. D’ailleurs, maintenant quand je vois en image certaines scènes toutes les scènes je les vois du dessus mais jamais du sol.

S : Comme si vous n’étiez pas là ?

L : Comme si j’avais été au dessus de la scène je vois les faits du dessus et je me souviens très clairement j’étais enfant je il m’arrivait de me voir dans mon propre lit comme si j’étais au-dessus le la scène, je n’ai jamais été dans a tête parce que sa tête, un fou il était fou.

S : Quel côté qu’il a réussi à posséder ?

L : Mon corps, mon corps lui appartenait, c’était entièrement à lui. Je m’opposais pas S’opposer avaient des conséquences dramatiques donc je choisissais, c’est-à-dire que pour moi le viol c’était moins douloureux que ce qui allait se passer après. Je ne m’opposais pas. Le corps lui appartenait mais il n’était pas question qu’il possède mon esprit ou quoi que ce soit. Ca je m’y refusais j’ai même refusé d’aller voir dans sa tête je n’aurais pas voulu voir ça et je n’y ai jamais songé d’ailleurs. Ça reste très confus pour moi. Il faut dire que j’ai vécu près de 20, 25 ans dans le déni total.

S : Oubli ou déni ?

L : déni plus oubli, j’ai encore des années qui sont occultées complètements, des scènes, des endroits je commence à me remémorer un certain nombre de choses n’est pas évident et je commence à comprendre certaines choses mais j’ai du mal à me situer par rapport à tout ce qui émotionnel, je me situe difficilement. J’ai du mal à comprendre la responsabilité énorme qu’il a. Je commence à comprendre la responsabilité que ont eue mes propres parents, c’est-à-dire que ma mère était passive elle a reconnu récemment qu’elle était au courant, elle a été passive et complice. Donc, je comprends la responsabilité de ma mère je comprends la responsabilité de mon père mais avec lui c’est le flou artistique et j’ai beaucoup de mal à me situer donc c’est très confus ce qui fait que je reste par rapport aux autres et par rapport à ma vie, par rapport aux sentiments ça reste très difficile pour moi à gérer tout ça. Les relations humaines pendant longtemps été très complexes ce qui fait que j’ai une vie très chaotique.

S : Les relations humaines, vous vous dire en général ?

L : Au niveau humain au niveau travail, au niveau couple, niveau enfant, niveau familial à un niveau travail on m’appelle le pigeon voyageur. J’ai changé 20 fois de société. Dès que ça ne me plait pas, je claque la porte, je vais ailleurs, Je refuse toute autorité je n’accepte pas les ordres. Donc c’est très difficile et au niveau du couple ça a longtemps fonctionnait comme ça « clashait » régulièrement, je commence à comprendre mais j’ai encore des difficultés.

V : Nous on a été élevés par mon beau père, beau-père était ici d’une famille assez bourgeoise mais il avait tranché avec sa famille pour se trouver une nouvelle famille qui était celle du cirque. Il était artiste de cirque et donc au fil des années lui et ma mère ont fait passer pas mal des règles familiales comme des règles qui étaient appliquées dans le monde du cirque. On travaille en famille, on est nomade, les enfants travaillent avec les parents, les enfants portent le même nom que les parents, je porte le même prénom que ma mère, mais ça c’était antérieur au cirque. Quand je me suis posée des questions là-dessus on me l’a expliqué comme ça. Ce n’était pas une incohérence j’étais née avant que ma mère rencontre mon beau-père.

S : une sorte de clonage ?

V : Oui, quand se produisaient les agressions qui se sont faites sans violence physiques mais avec beaucoup de perversion, très, très subtiles mon beau-père me disait que c’était pour faire comme ma mère donc en fait, il était très, très dur, il nous imposait de faire des choses stupides, par exemple, des numéros de cirque il nous demandait mon frère ma sœur et moi de faire des numéros de cirque il se mettait en colère quand on y arrivait pas et c’était des choses qui étaient impossibles à faire que des artistes mettaient des années à faire et qu’il nous demandait de réussir tout de suite physiquement on ne voulait pas. On a beaucoup travaillé avec eux. Ils nous ont beaucoup utilisés pour leur spectacle pendant des années. Ils faisaient travailler aussi nos amis soit- disant c’était amusant et donc pendant dans les agressions il me disait, il était… il n’avait plus le rapport hiérarchique du beau-père et de sa belle-fille on était au même niveau ; moi j’étais ma mère dans ce qu’il disait il me disait ta mère fait ça donc fais la même chose, moi je voulais être comme ma mère je ne savais pas trop qui j’étais non plus et puis par ce jeu-là il a réussi obtenir de moi ce qu’il voulait de moi ce qu’il voulait et du coup dans ces moments-là mes pensées et mon esprit ne m’appartenaient plus. J’étais vraiment ma mère et j’ai pu ressentir à certains moments, de la… comment dire… une forme d’existence, j’existe à travers elle. Mais c’est encore très compliqué je dois me dégager encore de tout ça. Donc par rapport à l’extérieur, ils étaient très agressifs vis à vis de la famille. Ils faisaient des harcèlements téléphoniques à mes oncles et tantes. Ils ont, une fois, déposé des choses immondes chez eux. Vis-à-vis l’extérieur ils étaient très, très, très destructeurs de tous les liens qu’on pouvait avoir à l’extérieur. A l’adolescence lorsqu’on avait des amis, des amis, ils coupaient évidemment toutes les relations. Quand je dis ils, c’est tous les deux, c’est elle et lui, ma mère mon beau-père ils étaient toujours un train de se fortifier l’un l’autre, c’était un pouvoir à deux, on ne pouvait pas se retourner vers l’un pour aller chercher secours. Ils se soutenaient même dans leurs moments de conflit, ils étaient finalement très proches sous des apparences de séparation, ils étaient toujours ensembles en fait. Quand on était adolescent où on aurait pu se construire un peu, une pensée autonome ils continuaient à nous donner là, c’était plutôt ma mère des règles complètement incohérentes des principes incohérents par exemple: Ils se mettaient en colère pour un horaire pas respecté de 10 minutes de retard, 10 minutes de retard c’était une claque, une « engueulade » sans fin. Par contre elle m’emmenait avec elle quand elle avait un amant et elle m’emmenait sécher les cours, elle m’avait emmenée en avion elle m’a fait prendre l’avion le matin elle est allée retrouver son amant un hôtel et le soir nous étions rentrées en fin de journée il fallait rien dire à personne ne m’a elle fait sécher les cours j’étais en terminale elle m’a dit viens, tu viens avec moi je n’ai pas pu dire non et j’ai même pas pensé que j’avais le droit de dire non je ne suis pas d’accord je vais en cours, j’ai mon bac, des choses qu’une adolescente normale aurait pu dire. Et, la perversion c’était de nous faire vivre dans un monde où il y a pas de suite, on est complètement perturbés dans tous nos projets dans notre vie personnelle, ce n’est pas possible… de moi je sais que je me sentais tout le temps dérangée par ma mère dans mes études bien qu’elle dise tout à fait le contraire, elle se présentait comme quelqu’un qui heureusement faisait bien attention pour que j’aie bien mon bac c’était très important. L’histoire d’incohérence totale… Donc pas de repères, alors je ne sais pas si on peut instaurer une dictature disant qu’on peut instaurer un régime ? Ils tiennent les enfants en leur donnant aucun repère clair parce que nous on trouvait ça bien quelque part. On avait une vie… il nous pouvait nous arriver de penser qu’on pouvait avoir une vie amusante pas aux autres que notre mère était un peu folle, oui c’est sûr mais après tout on avait de la chance parce que d’autres voyageaient pas autant il y avait pas les mêmes discussions

S : Qu’est devenu ce régime aujourd’hui, ce régime dictatorial ?

V : Jusqu’à mes 25 ans j’ai habité chez eux ma mère m’avait expulsé a 18 ans et lui m’a récupérée, mon père n’a pas levé le petit doigt. Jusqu’à 25 ans j’ai habité chez eux, et ça s’est élargi, ils avaient acheté une énorme maison où ils ont fait venir des gens de l’extérieur on habitait tous ensemble et tout le monde était mêlé, il y a eu des abus qui ont continué et ils ont commencé à faire des films des photos des spectacles dans des clubs échangistes. C’était de plus en plus important et lui est mort, il est tombé malade et il mort. Ma mère quant à elle, elle a abusé de moi ce moment là, pas quand j’étais enfant, mais plus tard c’était filmé tout ça. C’était comme une sorte de… je ne sais pas si on peut dire une secte, mais bon ce n’était pas une secte parce que en fait ils payaient les gens pour rester donc en fait ce n’était pas l’argent par contre les personnes qui vivaient là tournaient dans les films ça c’est sur mais c’étaient mes parents qui payaient

S : Pour que les gens puissent vivre dans la maison ?

V : Oui, pour que les gens restent vivre dans la maison et pour avoir le droit un droit de vie, droit de vie, enfin non. Ils payaient une femme qui venait travailler, faire le ménage ils la payaient en heures supplémentaires pour qu’elle fasse une soirée, un week-end, elle était mariée et avait son enfant mais qu’elle se libère un week-end pour faire une soirée de partouze … le samedi soir.

S : Les gens qui venaient chez vos parents étaient obéissants ?

V : Oui complètement, ils étaient bien payés, ils étaient bien payés. Je ne comprenais pas pourquoi ils ne refusaient pas, pourquoi ils faisaient ça alors que moi j’étais en plein dedans. Je ne suis pas partie, ma sœur, mon frère et ma sœur n’habitaient pas là mais ils venaient de temps en temps, il a photographié ma sœur, il faisait des projections de vidéo, de Percing avec tous les gens qui étaient là, les rideaux tirés, mon frère, ma sœur, ma mère. Il y avait des posters partout de ma mère, elle organisait, elle aussi, des soirées auquel on participait. Donc, oui à ce moment là, c’était juste impossible d’avoir une vie à l’extérieure.

S : Tout se passait à l’intérieur ?

V : Oui, c’était une maison dans les bois, une maison dans les bois. On a beaucoup déménagé tous les trois ans, on partait et c’est une maison, une maison du même genre que celle qu’on habitait quand les abus avaient commencé, dans les bois aussi, très isolée au bout d’un chemin. Géographiquement fermée des gens.

S : L’espace était clos ?

V : C’est ça, il pouvait se passait n’importe quoi, puisqu’il n’y avait pas de voisin, pas de passage de voitures.

S : L’ailleurs n’était pas possible ?

I : Je voudrais juste poser une question, c’est celle des repères. Je me demandais si le fait de ne pas vouloir qu’on est de repères que ce soit conscient ou inconscient en dehors de nos familles si ce n’était pas une manière pour que être les seuls repères, parce que moi j’ai connu, pas respecter les règles de nous faire respecter certaines règles et puis d’un coup des règles par rapport à l’école par rapport à la société que socialement nous n’étions pas plus du coup plus on était perturbé d’un fonctionnement moral et social qui aurait été collectif. Nous n’avions plus que le fonctionnement familial comme repère et ce qui fait qu’on pouvait pendant plus longtemps considérer pendant plus longtemps que c’était ça la norme que c’était bien notamment quand on est enfant si ça bouge partout si le reste est pas très sûr je me posais la question, je n’y avais pas pensé jusqu’à maintenant mais en entendant plusieurs fois « pas de repères » justement pas de repères l’extérieur le seul repère reste une personne ou un pilier familial pour retarder le plus longtemps possible la mise en cause, la remise en cause de ce système. C’était sous forme de question.

S : Justement, par rapport à ces règles, instaurées : Qu’est-ce que vous en avez fait de ces règles aujourd’hui?

N : Les règles qu’est-ce que j’en fais ? J’essaie de sortir de ces règles, ce n’est franchement pas facile de sortir d’un système dictatorial. Pour moi c’était un peu une mafia, ils ne vendaient pas de la drogue mais leur activité c’était d’abuser des enfants, c’étaient leur fin, c’était leur passion. Pour sortir de là c’est très, très dur pour moi, j’ai quand même envie d’ajouter ce que je voulais dire tout à l’heure moi j’étais dans ce système jusqu’à 20 ans et je croyais qu’à l’extérieure c’était pire parce que je ne connaissais pas trop l’extérieur j’allais l’école bien sûr mais je croyais que c’était pire, quand par exemple c’était vraiment terrible dans mon enfance. A un moment donnée, ils ont séquestré une fille à la maison, chez mes parents et mes grands-parents, donc j’ai bien connu cette fille un petit peu puisqu’on a été séquestrés cette fille voulait s’enfuir mais moi je ne voulais pas un pas, enfin je ne voulais pas enfin, je savais que si on s’enfuyait et si ça marchait pas les conséquences était terrible donc c’était plus facile de rester dans ce système là, comme par exemple : les maîtresses, les institutrices ; là où j’étais l’école en école primaire à un moment donné elles ont alerté les gendarmes, elle était pire ma vie parce que ma famille je suis resté dans ma famille ils m’ont maltraité. C’était finalement le mieux dans cette époque là; c’était de rester comme ça.

S : Il ne fallait pas que ça sorte dehors ?

N : Il y avait quelque chose que je comprenais assez bien dans mon enfance, je savais que j’allais grandir, que c’est dans la nature que si je mangeais je serais plus un enfant que je m’en sortirai, enfin je m’en sortirai, je savais que si j’arrive à tenir à vivre si je grandis je sais qu’ils abusent que des enfants, je sais que je m’en sortirai mais en fait, ce qu’ils cherchaient à faire dans mon enfance, c’était de m’inculquer, de faire en sorte que je sois également un agresseur plus tard, ils m’apprenaient, moi je me faisais violer avec ma petite sœur, mon père m’apprenait, me montrait des gestes, je trouvais ça complètement horrible, pour tuer, ils ont tués des gamins quand même en face de moi. Ils m’apprenaient carrément. Moi ça me révulsait j’étais complètement ahuri, donc sortir de ce système après, c’est vraiment dur. Le plus dur pour moi, je travaille dans une entreprise l’entreprise pour moi l’entreprise c’est un petit modèle de société. J’ai encore du mal à m’échapper de ça, la dernière chose que je voulais dire par rapport à la dictature moi, ma famille ce ne sont pas des gens qui manipulent parce qu’ils n’ont pas un système de pensée très élaborée c’est un peu primaire leur truc, c’est la violence et la torture. Ce ne sont pas des choses pour m’amadouer, ce n’est pas ça, ils ne sont pas développés, surtout mon père.

S : C’est tu dois ?

N : Ce n’est pas du tout dans la finesse progressivement d’inculquer des choses, non, non c’est la barbarie.

S : Vous avez le sentiment du devoir ?

N : Oui, c’est les règles et puis c’est tout, enfin c’est tout, sinon tu crèves, Je comprenais, c’est aujourd’hui que je comprends … c’est quand même qu’il y a une justice en fait, j’étais un peu protégé car il y a des plaintes portées, des signalements sur moi, ils ne pouvaient pas trop me faire des choses, qu’ils ont quand même tué des gens des gamins en face de moi, moi, ils ne pouvaient pas trop parce qu’ils savaient qu’il y avait quand même la justice, si je disparaissais, y a un problème, ils vont chercher, il y un gros problème j’ai vu quatre meurtres, je ne sais, ils ont pas été trouvés, les assassins n’ont pas été emprisonnés même si les gendarmes sont venus fouiller quand même une fois toute la ferme parce que mes parents sont agriculteurs. Ca va dans tous les sens mais…

S : Par rapport aux règles, vous avez dit que vous souhaitez y échapper ?

N : Je m’en sors progressivement par la thérapie, la parole par rapport à la parole c’est ça en fait c’est ce qu’on fait ce matin, c’est sortir progressivement de tout ça. Moi, j’ai l’impression d’être encore dans un système de concentration. Je m’en sors progressivement, mais c’est du travail.

S : Comment se manifeste ce système de concentration?

N : … il y a des réunions … je ne parle pas autour de la table si je propose mes sujets parce qu’il faut proposer des sujets mais sinon pour dialoguer, pour échanger je ne parle même pas, je ne suis pas habitué à parler. Des fois, l’été, j’ai des vacances, comme tout le monde, y quand même des petites pensées comme quoi l’été je peux me libérer, je peux sortir de l’entreprise. J’ai trois semaines de vacances l’été dernier, j’étais un peu surpris que je sois libéré, libre c’est un peu surprenant j’ai encore cette sensation d’être en prison dans ma petite équipe … de travail… un chef … des gens assez brutaux, assez bêtes, enfin pas bêtes assez brutaux, ce sont quand même des intellectuels …   mais ce sont des gens, c’est des gens assez directs et donc J’ai du mal avec eux, ce sont comme des tuteurs qui font penser un peu à des pères. Il y a de grosses conséquences c’est considérable mais bon il faut parler, il y a les thérapies il faut parler c’est comme ça que je vais m’en sortir.

S : Je me posais la question comment ces règles dont vous parlez qui sont finalement des non- règles quelque part parce que c’est disproportionné, c’est une façon comme vous l’avez exprimé, une sorte d’emprise ? Comment cette emprise existe encore en vous ? Comment elle peut se manifester ?

I : Sur la question des règles, la difficulté justement d’être issue de milieu qu’on peut appeler enfin dysfonctionnel complètement chaotiques, qui n’ont pas de sens, qui n’ont pas de sens moi je vais parler plutôt des répercussions que ça sur moi aujourd’hui. En dépit de tout le travail, que j’ai fait puisque ça fait à peu près eu une dizaine d’années que je travaille sur cette problématique j’étais dans le déni cela fait que cinq mois que je suis vraiment sorti du déni, en ce sens que j’entendais tout à l’heure d’être gentil dans ma gentillesse s’exprimait dans le fait que pendant 10 ans dans ma gentillesse, j’étais en train de comprendre les motivations des abuseurs, le pourquoi, leurs histoires, en croyant être en train de me soigner mais finalement, en définitif sans aucune ni pitié ni sensibilité, ni attention, ni empathie, pour la petite fille que j’avais été pour l’adulte que je suis pour l’adolescente peu importe, et je m’étais oubliée et bizarrement je commence à sortir petit à petit de cette prison, je vais revenir sur les règles depuis quatre mois, j’ai commencé un travail avec une personne qui a insisté pour me faire parler de moi la deuxième semaine j’allais partir parce que c’était insupportable, intolérable tellement c’était douloureux et c’est seulement à ce moment-là et maintenant j’essaie vraiment d’être très vigilante de ne plus du tout parler des motivations des agresseurs, de comprendre pourquoi ? parce que j’ai essayé de comprendre pourquoi j’ai tourné ça dans tous les sens en fait je n’ai pas de réponse à l’horreur moi, il y a eu de l’abus, il y a eu de graves maltraitances il y a eu de la torture. J’en parle parce que c’est lié au monde de prison j’ai eu les deux attitudes : Les deux attitudes : il y avait des moments où je suis sortie de mon corps, ce n’est pas moi à que ça arrive. J’ai eu des sensations j’étais proche dans un film d’horreur c’était l’horreur parce que j’étais projetée dans un film d’horreur et ce n’était pas possible, c’était trop l’horreur dont il fallait que je sorte de cette horreur. Et, il y avait aussi une partie de moi à celui que j’appelle… … qui disait que j’ai une mission à terminer, j’ai quelque chose à finir mon âme tu ne l’aura pas peut être mon corps physique est là mais mon âme est là et elle va finir son travail et je me suis mise moi-même en danger physique pour échapper à mon abuseur. Un jour par exemple, j’ai sauté d’une voiture qui allait très vite, j’ai plongé dans un escalier je suis allée provoquer la mort et je l’ai tellement provoqué que j’ai été « exaucée » puisque quand ça devenait intolérable à l’âge de 18 ans j’ai un grave accident j’étais percuté par une moto ça m’a fracturé le bassin et une branche pubienne donc on ne peut plus abuser des gens dans ces circonstances là on c’a vraiment été très loin donc aujourd’hui malgré cette conscientisation , je suis venue jusque à Paris, parce que Paris pour moi est un tremplin parce que je ne supporte plus la France je trouve qu’on n’a pas de droits, ça va avec tout ce qu’on a dit ce matin, la dictature, le fait qu’on ait que 20 ans pour porter plainte que des assassins ne soient pas condamnés. Paris, c’était de trouver des gens compétents pour m’aider puisque moi je considère peut être pas tout à fait très justement qu’il n’y a pas forcément des gens compétents pour m’aider. Aux états-Unis, ils sont beaucoup plus avancés en matière de thérapie en matière d’aide. Mais en dépit de tout de ma venue à Paris, de ce que j’étais déterminée à faire par exemple je suis en inertie totale, cette dictature vient là, je vais être très efficace pour les autres, si les gens viennent me voir, je suis d’une efficacité redoutable. J’étais à une époque de ma vie gérante de structure j’ai décroché des contrats j’ai eu des choses mais je suis pour ma vie affective je suis là où les règles sont toujours en vigueur. J’ai une absence totale de vie affective, de liens affectifs même sur le plan amical alors que je suis quelqu’un de sain qui fonctionne bien d’assez généreux d’assez ouvert de compatissant. J’ai de grandes valeurs humanistes, ça a toujours été prégnant chez moi j’ai investi beaucoup d’années de ma vie pour développer ses valeurs, j’ai un spirituel bouddhiste très prononcé, et je fonctionne très bien avec les autres je peux aider les autres et pour moi c’est l’absence c’est l’inertie. D’ailleurs, j’ai ce matin j’avais prévu depuis huit jours de venir à ce rendez-vous et je suis arrivée en retard, et je suis arrivée en retard parce que c’était terrible, c’est quelque chose qui pouvait me faire avancer dans mon cheminement et je crois que comme ça peut me faire avancer il y ait quelque chose qui vient se mettre en moi et qui a fait que j’étais en retard je suis partie à l’opposé, je suis partie à l’opposé, je suis arrivée à la station de métro je suis partie à l’opposé j’ai mis en place des schémas qui font fait que j’ai raté, et systématiquement je le fais inconsciemment.

S : Qu’est que vous ne vouliez pas rencontrer en venant ici ?

I : La possibilité d’avancer, la possibilité d’admettre que c’est mon histoire, moi victime d’inceste ce n’est pas simple. J’ai l’impression que c’est vraiment une tare, je suis victime des fameux 3D. Il y a des matins, je me lève je me trouve hideuse, dégoûtante, je me trouve sale, je me trouve laide.

S : Quand vous avez dit que vous alliez chercher la mort, c’était en présence de votre agresseur quand vous vous êtes jetée de la voiture ?

I : Oui mais, je l’ai fais dans ma vie après, j’ai beaucoup voyagé. Je me baladais dans le Bronx à New York où ça ne fonctionnait pas bien, à des heures tardives … j’ai côtoyé des milieux sans être impliquée … très douteux au niveau drogue, je me suis mise en situation de danger rentrer à des heures tardives, dans des milieux où il faut pas, faire du stop, aller provoquer la mort, je pense que j’aurais pu tomber dans des produits … dans des conduites addictives liées à des produits. Bon, je pense que j’ai un passé artistique où j’utilisais beaucoup mon corps … j’ai une barrière qui m’a empêchée d’être consommatrice de ces produits Quand on travaille beaucoup sur le corps le corps ne veut pas s’anesthésier, mais je suis tout aussi destructrice dans mon psychisme dans ma conception de la vie. J’entendais parler aussi tout à l’heure que le monde … On a l’impression qu’on est en sécurité dans ces milieux pervers et d’horreur et que l’horreur elle est en dehors et moi, j’ai constaté que non, enfin je viens juste de le constater, j’ai 37 ans, et j’ai beau le constater et ça ne fait pas pour autant poser des actes réguliers, quotidiens qui sont bons pour moi. La seule chose que j’étais capable de faire dans ma vie c’est vraiment de couper … parce que forcément les gens trop généreux dans le sens où trop dans le don, on s’attire des gens qui viennent nous pomper notre énergie on ne peut pas leur reprocher, il sentent qu’il y a une source disponible donc ils viennent la chercher. Donc à un moment donné pour me protéger j’ai coupé à tout … j’étais obligée mais j’ai juste été capable de faire du vide et c’est la seule chose que je sois capable de faire et j’ai 37 ans.

S : On va faire une pause ? Pour conclure, le lien par rapport à L’autre, la question de l’inertie vis-à-vis de moi-même pour mener à bien des actions et pour les autres vous allez vous démener faire les choses correctement je me suis dit que finalement par rapport à l’autre cette forme d’empathie une partie de lui dans une sorte d’identification bien évidemment et je me disais je me posais la question c’est une hypothèse puisque c’est ça qui est revécu avec l’autre, c’est quelque part finalement à mettre cette sorte de distance avec l’autre qui fait que vous allez faire pour l’autre … et pour vous non … parce que l’autre c’est aussi vous à travers vous. Je pense que vous avez dit : je fais ce qu’il voulait … il n’y a pas de possibilités de séparation, d’individuation, l’autre différent de moi, puisque dans tout ce régime c’est l’identique.

S : Le différent né la différenciation n’est pas présente, c’est une idée … l’empathie extrême au point de tout faire pour l’autre c’est finalement c’est quelque chose qui n’est pas différencié de soi

I : Je pense par rapport à cette question, qu’on ait pas de place, comme on a jamais eu de place dans la vie et on laisse la place à l’autre … comme on n’a pas d’empathie réelle pour la personne qu’on a été l’enfant souffrant qui s’est développé … du coup on n’a pas de capacité d’avoir une empathie pour nous nos problèmes … qui vous semblaient très minimes … alors qu’on ait des problèmes existentiels vrais et c’est le regard aussi la société qui nous renvoie ça. C’est le « oublie ton passé » avec pour conséquence qu’on souffre par procuration de ce qu’on devrait souffrir pour nous.

S : c’est la question du je … problème d’identification … la question du je et je dis à l’autre : tu. Le problème dans l’inceste l’autre est annulé, pas de possibilité de séparation. On a l’impression que c’est un miroir.

N : On n’a pas pu développer.

S : la question de l’inertie, cela me renvoie à ça. Quelque chose déjà entendu lors des rencontres à la protection de l’enfance. Il y a des adolescents qui me disent qu’ils n’arrivent pas à faire leurs devoirs et lorsqu’ils doivent travailler pour le groupe, ils font tout !

S : Des règles, la question de l’empathie et l’autre, qu’est-ce que vous en faites aujourd’hui ?

I : Je voulais revenir sur l’empathie, ce n’était pas assez précis, je ne sais pas si c’est la façon dont on a résumé … mais c’était l’impression … car l’identification, c’est encore trop complexe pour moi pour savoir si c’est ça ou pas j’ai vraiment l’impression que pendant les abus qu’il y avait une histoire de prendre la place. Il y avait une partie de mon cerveau, il y avait de la place qui était prise … l’image de l’implant me plaisait beaucoup comme si ce n’était pas pris par quelque chose que je peux identifier, donc je ne sais pas si je pouvais m’identifier à mon père. C’est comme s’il avait une place à ce qui me reste … assez de place pour penser, je pouvais juste être un corps bizarrement … je ne pensais plus et cette place était prise justement pour moi … les règles, la façon de les contester … ça a été de reprendre une place pensante, un sujet pensant, donc au début je les fais beaucoup tout ce qui était de l’ordre intellectuel, uniquement en lisant beaucoup, en réfléchissant en faisant des études parce que ce côté-là, je pouvais faire quelque chose et là où j’ai compris et j’ai longtemps obéi à des règles, c’était par rapport au corps pendant la pensée, je m’étais construite rapidement une pensée à moi du fait que pour aller un peu loin dans la pensée, pour mettre en branle quelque chose de personnel je ne peux pas faire des études sans me mettre à penser, autant dans le corps, j’étais restée, je ne me posais pas de question c’est-à-dire que j’ai réalisé récemment, j’ai vraiment reproduit les choses que le père ne m’a pas violée, de façon brutale, en me tapant dessus, j’ai jamais eu, je n’ai jamais agressé, dans ma vie de femme par contre il suffisait qu’un homme me dise qu’il voulait avoir des rapports sexuels avec moi, je lui disais oui, je disais même temps je faisais, je n’avais pas de dialogue intime, et j’avais une soirée il fallait que j’évite le commencement si ça commençait, il s’approchait de moi, il m’emmenait dans sa voiture il me sautait puis voilà c’est terminé je ne me posais pas la question de savoir si j’en avais envie ou pas, je ne posais aucune question autour après je crois même que j’ai un peu rationalisé, en disant que c’était moi qui voulais bien que je menais une vie très libérée, il y a eu vraiment des cas … où je me suis sentie instrumentalisée, sauf ce n’était plus par mon père … il n’était plus là … mais par moi-même, c’est-à-dire que j’avais intégré cette contrainte. Voilà un type s’approchait … à partir d’un moment donné, il avait un certain geste … il avait mis la main sur moi à partir du moment où il y avait du contact physique … le reste allait de soi, je n’opposais pas de résistance, je faisais plutôt ça gaiement. Après par contre, je ne voulais pas garder de rapports parce que … souvent finalement … je me retrouvais dans des cas … parce que il n’y pas que des sales types qui faisaient ça … un attachement qui pourrait se créer … et là que je refusais … mais, je ne voulais pas revoir la personne qu’on se rappelle, il n’en était pas question. Ça continuait d’autrefois mais j’ai repris une certaine maîtrise de ça difficilement … disons que moi, les règles j’ai l’impression d’avoir réussi pendant un certain temps à beaucoup les contester en les examinant toutes, et en décidant d’en construire moi-même. C’est ce que j’ai fait à partir du moment où je me suis mariée une première fois et la deuxième fois encore plus car avec mon mari, on a eu des enfants … les choix de règles j’impose aussi … j’ai vraiment, ouvertement, lucidement re-réfléchi à ce qu’on m’apprenait par rapport à tout, à la société, à l’école, à la morale, à la religion, tout ce que j’avais appris régulièrement j’essayais de me rappeler comment on me l’avait appris et de décider par moi-même ce que moi je pensais là- dessus en essayant de ne pas être uniquement dans la contestation de ne faire juste l’inverse de ce qu’avaient fait mes parents … mais de juste choisir, voilà je choisi j’ai l’impression d’arriver à le faire dans un milieu familiale proche intime … je ne sais pas, il y a encore des choses … que ce n’est pas encore moi qui décide. En plus en m’alliant avec quelqu’un d’autre, notamment mon mari avec une conscience extérieure qu’est-ce qu’on décide pour nos enfants ? qu’est-ce qu’on décide pour nous ? de verbaliser énormément pour dire : « Voilà c’est nous qui prenons cette décision bonne ou mauvaise, on la réexamine. Là où j’ai plus de mal et j’ai l’impression que les règles continuent exister c’est dans le milieu professionnel où j’ai plus cette tendance, j’ai l’impression que ça va je ne m’en sors pas mal … je suis plus comme j’étais dans ma famille dans l’esquive , je ne vais jamais désobéir frontalement … si je me sens mise en cause j’aurais un mal fou à les discuter avec un supérieur de dire je ne suis pas d’accord, je vais me contenter d’arranger les choses je vais trouver un moyen m’en sortir qu’il essaie de faire des choses bien. J’ai beaucoup de mal à imposer une présence je me sens très mal, très très mal, vis-à-vis de vis-à-vis de l’autorité. Je ne vois pas du tout comment être en face sans la défier ouvertement mais sans non plus m’écraser complètement … du coup, j’ai des comportements un peu enfantins que j’ai moins maintenant … Pendant longtemps, quand ça n’allait pas trop je me faisais arrêter, je prenais un congé de maladie et je prenais la fuite, j’en ai marre, je ne disais rien, je ne disais pas que ça n’allait pas tel fonctionnement, mais en fait je continuais à faire comme je pensais faire, donc du coup, ça me donne une certaine liberté mais qui n’est pas assumée. J’ai beaucoup de mal à voir un professionnel, je commence à y arriver cette année … je souhaite faire comme ça c’était dur.

S : Qu’est-ce qui reste à l’intérieur niveau des règles ? Qu’est que vous vous interdisez ? Q’est-ce qui vous a été interdit, que vous continuez à vous interdire ? Par exemple, vous avez tous évoqué la question de l’ l’extérieur qu’était dangereux … de l’extérieur au sein de familles était impossible … Finalement, qu’est-ce qui s’est instauré ?

I : Je n’ai pas l’impression que c’est au niveau de l’interdit, je me freine énormément pour aller vers des choses inconnues, ne serait ce que même voyager loin … ce n’est pas formulé … mais je mets des craintes de faire des choses comme ça, ou de changer complètement … de déménager ça m’angoisse tout ce qui est bouger en effet tout ce qui est bouger hors de mes limites comme chez moi … on n’avait pas droit de sortir c’était très mal vu de vouloir sortir … je continue à me sentir angoissée et je pense que cette règle là elle se transforme… .

S : Je pensais au mouvement ? Mouvement de la pensée ? Tout ce qui est plasticité, par exemple lire…

I : Ce qui me pose problème, je suis libre par rapport à la lecture pouvoir avoir des jugements les rejeter, les accepter, les moduler. Par contre sur la création, moi j’ai du mal à produire, à écrire notamment quelque chose de personnel … ça s’est très dur. Je me rends compte que c’est une angoisse … ce n’est pas que je n’ai pas envie … il y a quelque chose de l’ordre … écrire quelque chose de personnel, c’est très très très dur il y a une limite. Je ne parle pas d’interdit … plus le niveau de l’interdit … c’est là quelque chose d’un frein très puissant il faut pousser quelque chose de très fort … une interdiction de s’exprimer de façon libre écrire ca serait de m’exprimer de façon libre donc du coup je me le refuse en trouvant pas le temps … en arrêtant quand je commence … je lance quelque chose et surtout quand ça marche bien que ça m’intéresse … je m’arrête et je laisse tomber pendant des années.

S : « Il ne faut pas que ça marche ! ». Mais vous avez tous dit que l’agresseur n’avait pas réussi à prendre votre pensée, mais que c’était votre corps … et en même temps c’est cette pensée qui vit sous cette forme de nom mouvement figée c’est paradoxal comment cela s’expliquerait-il ?

L : J’ai envie de repartir un peu en avant, c’est-à-dire j’ai saisi que j’étais dans un monde où je n’étais plus moi-même et que j’étais privée de liberté etc … et que je risquais d’en mourir … même fait d’être dans la folie, Par contre mon beau-père faisait en sorte de me limiter dans le fait de penser de réfléchir par moi-même.

S : Comment cela pouvait se traduire ?

L : Dès qu’il me voyait chercher d’autres contacts à l’extérieur de la maison, il a fait en sorte d’introduire chez moi des pensées par exemple : d’arrêter mon évolution, de pouvoir me projeter dans l’avenir, dans la projection, c’est-à-dire que par exemple il a voulu avoir une mainmise sur le fait que je puisse me marier et avoir des enfants, de mettre au monde des enfants. Il a quand même introduit une image très dure, très forte très destructrice, je ne sais pas si je peux me permettre de le dire là, je trouve ça tellement dur au niveau de la pensée … c’était par exemple de me donner des coups de pieds dans le ventre, si j’étais enceinte et de me faire bouffer … .l’enfant. A partir de là c’était tellement traumatisant comme image … et du coup, d’avoir un envie c’est la peur d’avoir un enfant c’est-à-dire que partir du moment où il avait la mainmise sur le fait que je puisse grandir … c’est vraiment un grandir dans tous les sens … eh bien partir de là je n’avais plus ni passé, ni présent, ni futur. Il faisait tout pour que, au fur et à mesure que j’atteignais une taille adulte, de limiter de plus en plus ma capacité de mouvement vers l’extérieur, de pouvoir accéder à plus … ce n’est même plus de liberté à ce niveau là … je n’avais plus la liberté de pouvoir, en fait, m’échapper du lieu parce que j’étais complètement emprisonnée. C’était une vérité, j’étais emprisonnée dans ce lieu-là. Plus tard j’ai réalisé, quand je faisais des rêves … dans mes rêves, je me voyais toujours dans la maison de mon beau-père … donc les pièces, la maison, ma maison c’était encore cet endroit-là. Ce lieu du passé, donc par la suite quand j’ai réalisé que j’étais à ce point là prisonnière … même si je n’étais plus la même, si l’inceste était arrêté, même si j’étais à vingt deux mille kilomètres du lieu. La distance est importante pour pouvoir commencer à penser, à retrouver … à être moins dans la peur parce que c’était ça qui m’empêchait de penser, qui m’empêchait d’être moins dans l’emprise de mon beau-père. J’ai mis de la distance et la distance a permis … que je puisse me dire que je n’étais pas en danger … que j’étais assez éloigné du danger quel qu’il soit … . le danger et donc à partir de là, j’ai commencé à me stabiliser c’est-à-dire que j’étais moins une personne qui était nomade. J’ai commencé du coup, à me fixer, et donc à habiter dans un lieu de façon continuelle et commencer à avoir… à créer un espace, la sécurité que je n’avais pas … et en créant cette sécurité-là de pouvoir me sentir en sécurité … à l’intérieur de moi … du coup, en commençant à créer une sécurité dans l’espace, c’est-à-dire extérieure, de pouvoir comme ça être dans un cocon, dans un lieu où … je me sente en cocon … ce que je ne pouvais pas, je savais pertinemment que je ne pouvais plus me retrouver en situation d’enfant … et d’avoir un parent, un père et une mère de manière à ce que je puisse grandir. Je savais qu’il fallait que je reprenne tout ça en main à partir de zéro. à partir de moi je n’ai plus que cette possibilité-là, sachant qu’il fallait que je me mette en situation de manière à ce que je puisse me sentir donc en sécurité pour pouvoir le faire … mais pour que je puisse le faire, il fallait je me sente en sécurité à l’intérieur de moi Donc j’ai créé, j’ai pu retrouver ça … mais pour pouvoir affronter ça … il fallait que j’affronte aussi mon sentiment d’insécurité, ce que je ressentais en étant en insécurité … toutes les peurs, les angoisses liées, les souvenirs, ça été long dans le sens où pour pouvoir faire ça c’est une attention, avoir une attention pour soi une écoute c’est vraiment un travail qui demande en fait, une présence permanente avec soi-même.

S : Les processus de pensées, c’est que quand on sent que ça va marcher on arrête ? Comment s’exprime ce manifeste, ce non mouvement de la pensée ? (ou refus ?)

N : Moi ça était le niveau ça paralyse le mouvement … les actions à faire, les décisions à prendre, et j’ai beaucoup de mal à choisir ce que je veux, ce que je ne veux pas. J’ai beaucoup de mal à m’autoriser à aimer et être aimée par une personne autre que la famille. Je me suis longtemps vécue comme asexuée parce que je voyais en fait que les relations amoureuses sexuelles, ça ne marchait pas entre mes parents, donc ce n’était pas un repère, après je voyais que ça ne marchait pas… et que ce n’était pas non plus bien … et qu’on n’était pas dans la norme avec mon frère donc c’est pareil. Je me suis dis : c’est bancal donc pour moi c’était plus pratique de vivre toute mon adolescence en me pensant asexuée, dénuée de sexualité.

S : Les deux à la fois, quand vous dites dé- sexué ? Garçon, fille, sans pouvoir choisir?

N : Le fait avoir du désir de … surtout quand j’étais attirée … surtout fuir, quand quelqu’un s’intéressait à moi de fuir également … de ne pas supporter de m’attacher à quelqu’un … d’être attachée c’est un peu ça. J’avais l’impression que je serais emprisonnée, que je serai obligée de faire ce que la personne voudrait … si je décidais de m’attacher effectivement à quelqu’un.

S : il y avait une certaine loyauté vis-à-vis de votre famille ?

N : oui, c’est une peu ça … du coup, on vivait en cercle fermé dans le sens où il y a très peu de gens qui venaient chez nous. On avait peu d’amis, mes parents n’en avaient pas … mon père en avait mais qu’il voyait uniquement à l’extérieur. Ma mère n’avait pas d’ami(e)s véritablement, elle avait des connaissances, des parents d’autres enfants mais c’est tout … qu’elle voyait quand j’étais petite … mais après qu’elle voyait plus parce que les parcours divergeaient. Je pense que c’est plutôt ça, des paralysies, des angoisses … Les conséquences, ça reste encore un peu maintenant, soit de l’inertie, soient des moments où je ne vais pas bien … ce sont des angoisses paralysantes … des choses qui font que j’ai l’esprit tellement pris … mais d’une façon inconsciente par le passé … que je n’arrive plus à vivre le présent normalement… j’ai souvent une impression de surmenage. Je suis en recherche d’emploi … j’ai un ou deux entretiens, qui vont tomber et j’ai l’impression qu’en ce moment d’être surmenée, alors que ce n’est pas du tout le cas … et tout de suite l’impression que je n’aurais pu le temps de rien … et qu’il faut que je fasse tout ce que j’avais prévu à long terme que je le fasse en un temps très court, comme si le travail était un emprisonnement, un nouvel emprisonnement.

S : Par rapport à la pensée, que vous ne pouvez pas vivre le présent ce que vous avez le sentiment que vous vous surveillez ou que c’est quelqu’un qui vous surveille à l’intérieur ?

N : Ce n’est pas quelqu’un. D’ailleurs, je me dis souvent : Ne te laisse pas aller ! surmonte cette inertie parce que c’est encore ton frère qui gagne ! qui remporte quelque chose de toi ! Donc mais c’est un vrai combat intérieur, mais ce n’est pas lui qui est physiquement là, à ce moment-là qui est présent physiquement dans mon esprit.

S : Est-ce que l’agresseur, est ce que les règles se rejouent à l’intérieur. ? Est-ce que ça, c’est quelque chose qui vous parle ?

N : C’est à cause de cette histoire d’inceste du passé que ça joue alors Parfois il est des psys qui m’aident à penser que c’était uniquement dû à ça que paraît-il … que j’ai toujours été une enfant super réservée, super timide, et que je l’étais déjà avant de subir l’inceste, mais j’ai quand même une certitude même si j’avais ce caractère-là, ça l’a amplifiée démesurément cette idée … de ne pas parler … de ne pas dévoiler … de pas dire vraiment qui on est et que ça c’est débloqué en 2006 parce que j’ai pu parler, prendre la parole dans un groupe, participer, je ne le faisais jamais avant … j’attendais qu’on m’interroge pour parler.

S : Votre inertie elle se manifeste comment ?

N : C’est la confusion mentale, j’ai l’impression d’être dans une sorte de glue de bouillabaisse « engluante » où j’ai plein d’envies, de désir, d’envie de créer … et je sais que ça va me faire du bien … je sais que ça va être un moment sympa, et je me l’interdis et je me donne des prétextes pour ne pas faire.

S : Qu’est ce qu’il adviendrait si ça marchait ?

N : Ca serait bien pourtant (rires), c’est une peur terrible de l’inconnu tout ce qui peut être bancal à double tranchant, les gens qui montrent un double visage je m’en méfie énormément. J’ai peur des gens qui sont ivres parce que ils n’offrent plus le même visage.

S : C’est comme découvrir quelqu’un derrière la personne que vous rencontrez ?

N : J’ai beaucoup de mal à faire confiance à une personne j’ai toujours l’impression qu’il y a un dictateur qui sommeil derrière la personne.

S : Vous avez peur d’une d’être agressée et de ne pas vous défendre ? Par rapport au processus de pensée … la lecture etc. tout ce qui suscite, j’ai envie de dire excite, la pensée, la lecture, comment cette partie-là est touchée, s’inhibée ?

V : Moi j’ai l’impression d’avoir une pensée très étroite c’est-à-dire que je me remets justement pour contrer cette espèce de folie dans laquelle j’ai grandi avec des gens qui se permettent tout, sans se remettre en question. C’étaient toujours les autres qui avaient tort à l’ extérieur … ils avaient vraiment des cibles très déterminées comme je l’ai dit tout à l’heure la famille proche, les oncles et tantes, ma famille paternelle, ils étaient contre les profs, ils étaient contre tout. Le monde extérieur était toujours la cible de critiques et maintenant… et donc j’étais toujours très blessée par le fait que les deux dictateurs ne se remettent pas jamais en question … ils n’avaient jamais tort … ne pouvaient jamais admettre avoir tort … alors que c’est l’inverse pour moi, je pars du principe qu’on doit être … tout doit être réfléchi … analysé… il faut se remettre en question. Quand j’ai un conflit avec quelqu’un, je pars toujours du principe que j’ai tort que je dois essayer de réparer, d’essayer de comprendre, je suis toujours comme ça dans des choses assez compliquées. Par contre, j’ai du mal, l’étape de création est difficile dans ma profession c’est plutôt artistique mais j’ai un mal fou à travailler. Ce qui me bloque, j’ai l’impression que je m’inspire de ce qu’il y a autour mais que je vais tout réduire à quelque chose de très fermé, très étroit finalement j’ai du mal à m’imprégner de l’extérieur, je reste finalement en dépit de ma volonté, très hermétique à tout ce qu’il y a autour à admettre qu’on puisse confronter les points de vue, parce que moi on m’a pas appris… Ma mère c’est vrai, nous emmenait beaucoup au cinéma, mais on ne discutait pas après du film … et quand on pouvait être nourris par quelque chose d’extérieur, ils ramenaient à une confirmation … que ça confirmait bien qu’eux-mêmes avaient raison.

S : Est-ce que c’est une pensée unique ?

V : Une pensée toujours unique, Il n’y avait jamais de réelles discussions. Eux, ils appelaient ça des discussions mais c’était une sorte de monologue incessant de ma mère ou de lui épuisant … parce qu’ils étaient capables de parler des heures et à table on était comme ça (montre un signe où la tête accoudée sur la main) pour revenir tout le temps la même chose et bien sûr que ça pouvait sembler animé, joyeux et gai. On ne dînait pas devant la télé, bien sûr, c’était le moment où on pouvait partager et ce n’était absolument pas ça puisque nous, on écoutait sagement.

S: Ce non-mouvement de la pensée s’exprime pour vous par le fait l’échange professionnel est difficile puisque que la parole difficile de l’autre est difficile à accepter ? Ou bien il ne faut pas que ça marche c’est comme quand on lit un livre, on commence mais on ne peut pas le finir ?

V : Il y a une forme de stérilisation de soi de se rendre stérile pour ne pas créer, première étape qui est difficile.

S : La lecture par exemple ?

V : la lecture…

S : ça mobilise, ça demande une énergie.

N : Moi je sais que je peux lire 10 livres différents en même temps ça m’est arrivée dans mes études littéraires, très fréquemment … mais je n’allais jamais au bout d’aucun, jamais parce que je ne sais pas, parce que ça se finit après, parce qu’il y a un retour sur le livre à faire … peut être en fin … je ne sais pas, mais comment dire ces états de pensées de non-mouvement, c’est également pour moi je vais juste rajouter c’est une façon d’être atemporel tout d’un coup, de tout remettre en question ma vie mes projets mes envies, ce que je suis

S : en lisant ?

N : Oui également, c’est-à-dire de ne pas réussir véritablement à m’intéresser à l’histoire que je suis en train de lire … d’être tout le temps d’une certaine façon ramenée à moi-même et re-projetée sur moi-même et c’est un état que … en même temps, j’ai envie de fuir en m’intéressant à autre chose en me distrayant avec autre chose et qui me ramenait sans cesse à moi J’ai commencé à écrire une thèse qui était censée être littéraire et cinématographique sur un film et un livre. Je me suis rendue compte au bout de plusieurs mois que je ne parlais que de moi finalement, que c’était mon histoire que je traitais et depuis ce temps là j’ai beaucoup de mal à écrire, je ne peux plus rien écrire, dès que j’ai l’impression d’écrire … j’ai l’impression d’écrire personnellement sur moi.

S : Et vous n’avez pas fini votre thèse ?

Na : Non, et c’est la première chose que je n’ai pas fini dans ma vie et que je ne finirai jamais sans avoir finalement aucun regret, aucun remords, en assumant totalement le fait que c’était une autre vie aussi dans mon existence.

S : de quoi ? la thèse ?

N : Oui, une autre partie de moi, je suis revenue à quelque chose de plus manuel parce que les études littéraires, le travail intellectuel était pour moi un refuge, c’était un prétexte aussi pour me dire que je devais travailler … et que je n’avais pas de place pour autre chose à côté, c’était une occupation, une façon de meubler l’esprit.

I : Moi aussi, j’ai commencé une thèse, j’avais l’impression qu’elle parlait à ma place, cette idée que je n’ai pas fini … je me suis apaisée, je ne la ferai jamais … et je ne me culpabilise plus avec ça. Je ne la finirai pas. Est-ce que c’est de l’ordre de l’acceptation ou c’est un interdit ?

S : un interdit de finir

I : Lire je peux lire jusqu’au bout tout ça ne pose pas problème pour lire. Ecrire quelque chose… je me pose la question ?

I : Moi j’ai tendance à faire … je croyais que c’était terminé mais je le refais en ce moment, je me mets sous une couette et je ne bouge plus … ou je reste assise et je ne bouge plus… ça peut durer quatre, cinq heures comme ça, mais je suis complètement immobile. Il y a plein de choses à faire … je sais qu’il faut les faire. Mais quand je dis je me mets sous une couette ce n’est pas forcément dans un confort, parce que là je suis dans un squat de sept mètres quarré et mes bras touchent le plafond je peux être à un même le sol et sous la couette, je suis dans l’immobilité la plus totale, l’inertie la plus totale et je reste assise.

S : Vous pensez à quoi à ce moment là ?

I : Je n’ai pas de réponse là-dessus ça me pose vraiment un gros problème, ça me renvoie à hier … on travaillait … en cours le prof m’a demandé : « qu’est-ce que tu ressens ? » et tout le monde répondait … c’était évident pour tout le monde. Moi, il m’a demandé trois fois qu’est-ce que tu ressens est un moment donné j’avais envie de lui crier « Je ne peux pas te le dire je ne sais pas » que je ne pouvais pas répondre que je ne savais pas puisque tout le monde avait l’air de tellement savoir et que ça aurait remis en cause c’est un cursus de travail … donc je ne pouvais pas me permettre ça. C’est vraiment pour moi, ça reste un point très nébuleux je n’ai pas de réponse, je ne sais pas, c’est le vide, ce n’est même pas le vide je sais juste … que tout à l’heure … quand vous posiez la question c’est l’autre qui ? C’est moi qui parle, moi c’est une voix qui m’interdit ce n’est pas moi … je ne pense pas que ça soit moi.

S : vous voyez bien que ce n’est pas sous forme de délire !

I : je peux même l’expliquer psychologiquement. Les voix de parents introjectées à l’intérieur, je connais ce concept mais je ne l’ai pas intégré, je ne sais pas, je suis comme ça, je suis immobile.

N : L’écriture, moi ça n’a pas été simple du tout, l’écriture je suis journaliste quand même, j’ écris et je n’ai pas du tout la formation de journaliste je suis ingénieur a. mais quand j’ai commencé ce travail il y a trois ans je n’arrivais pas du tout à aligner deux phrases. J’arrivais à écrire une phrase mais pour faire un lien avec la seconde j’avais des gros blocages de pensées, c’est à dire à chaque fois que je butais sur des scènes de mon passé comme la règle dans ma famille : cette interdiction de parler absolument … c’est clair et net, c’est interdit donc je buttais sur plein de chose sur des choses du passé je me suis fait violer et j’ai vu pleins de choses, des meurtres donc je bloquais sur plein de choses. Progressivement, j’ai réussi à lever tout ça et donc ma pensée, ça va beaucoup mieux pour le moment … même si j’ai encore des petits soucis … mais quand même ma pensée elle bloquait … c’est des traumatismes de pensées considérables franchement.

S : Penser est un traumatisme ? Réfléchir ?

N : oui, ma pensée butte sur des flashs du passé … même la lecture maintenant c’est un peu moins quand même, la lecture c’est une fenêtre ouverte sur le monde extérieur, que ce que c’est l’extérieur ? J’ai un peu peur j’ai peur de découvrir ma vie dans un livre je ne sais pas quoi

S : La dimension du plaisir dans la notion de lire et d’écrire ?

N : J’ai fait un atelier d’écriture. L’animatrice demande si j’avais pris du plaisir, surtout le dernier texte ça a fait rire tout le monde et je n’ai pas du tout répondu.

L : L’écriture, la lecture c’est super simple, c’est juste un rapport intellectuel, il n’y a absolument pas la dimension du plaisir.

N : Si en fait idée du plaisir, il y a eu du plaisir dans l’écriture … dans ce que j’ai écrit récemment … j’ai simplement inventé l’histoire d’un gars qui tue ses parents j’ai vraiment pensé à mes parents dans leur chambre et la franchement je me suis éclaté … je me suis demandé : « qu’est-ce que c’est que ce truc-là et si je n’étais pas devenu pervers ou je ne sais pas quoi donc » … mais franchement je me suis lâché. Faut bien les tuer par un autre chemin ? … C’est juste l’écriture je me demande si je commence à être pervers ce n’est pas possible c’était génial. Je me suis un peu restreint … mais ce n’est pas terrible quand même de tuer je ne suis pas du tout pour la peine de mort. Mes parents, je voudrais qu’ils aillent en prison, mais en fait la règle dans ma famille, c’est de ne pas parler du tout et toute ma vie … c’est d’aller contre cette règle … je vais parler c’est clair je mets tout en place … puis moi par rapport à cette histoire de pas finir ou de pas réussir, moi je suis quelqu’un qui réussit … c’est un peu bizarre de dire ça. J’ai été maltraité d’une façon considérable mais je suis quelqu’un qui gagne … je gagnerai c’est sûr, il n’y aucun doute ça prendra du temps je gagnerai.

S : La notion du bien et du mal ?

L : c’est très confus, même si j’ai fait une démarche, j’ai taché de comprendre Depuis deux, trois ans j’ai vécu dans le déni depuis de longues années j’ai vécu de la manière dont il m’a élevé c’est-à-dire que il a fait un long travail de manière … d’endoctrinement qu’il a fait avec moi … il m’a transformée en ce qu’il voulait que je sois et en fait j’ai grandi comme ça. C’était dire qu’il avait déjà préparé mon avenir est un jour ça explosé j’avais 38 ans … ça complètement explosé, et toutes mes convictions se sont envolées. La personne que j’ai été pendant 38 ans je la reconnaissais plus du tout … personne ne me reconnaissait et à partir de ce moment là j’ai essayé de comprendre les schémas … tous les schémas qui s’étaient mis en place et comment sortir… je me suis rendue compte que lui, il a été le bien, je le maintiens … il était le bien au-dessus de n’importe qui mais il a été le mal au-dessus de n’importe qui aussi … et c’est difficile de sortir, de faire la différence entre le bien et le mal, très difficile … il était aussi le bien et le mal … J’ai dû beaucoup l’intérioriser … on disait toujours de moi qu’elle fait aussi bien dans le noir que dans le blanc … donc en fait, quand je veux faire très mal, je mets toute mes forces et quand je veux faire très bien, je suis très doué aussi à 100 %. Dans les deux ça me pose aucun souci autant je fais très bien dans le mauvais que dans le bon. J’ai des difficultés à reconnaître tout ce qui est bien de ce qui est mal énormément. Problèmes de repères avec les choses d’ambiguïté de repères entre ce qui est masculin ce qui est féminin c’est très compliqué. Ce qui bien ce qui est mal, ce qui est beau, ce qui est moche. Il y a des choses que les gens trouvent très beau, moi je trouve ça très laid. Je suis souvent un peu perdue et c’est complexe un peu pour moi … parfois je remets en question ma propre façon de voir les choses. Ce n’est pas évident … que ça soit la mienne qui soit erronée mais je la remets constamment en question en me disant : « on ne t’a pas appris ce qui était bien et ce qui était mal, donc tu ne sais pas » Il m’est difficile de me positionner sur le bien et le mal. Et encore maintenant, j’ai du mal à savoir si ce qu’il a fait c’était bien ou mal. Je sais que il y a des choses très très mal que … je l’ai quand même dénoncé. J’ai porté plainte à 15 ans, j’ai quitté le domicile, j’ai porté plainte. Si je l’ai dénoncé à cette époque-là c’est que j’avais déjà conscience que c’était mal, mais sans que les choses comme elles se sont passées… après m’ont plongée dans un tel déni que maintenant c’était très compliqué pour moi … parce que je n’ai pas été reconnue par la justice j’ai été maltraitée par la justice, j’ai été abandonnée par mon père et ma mère. J’ai vécu seule à partir de l’âge de 15 ans, mon père payait mon loyer mais je vivais à l’extérieur de la famille, de tout le temps où j’étais agressée il me répétait constamment quand je sortirai du domicile je serai seule … et donc quelque part pendant des années j’ai pensé qu’il avait raison et que moi j’avais mal agi en dénonçant les faits … Quelque part la société m’avait dit que j’avais mal agi et que lui, il avait raison. J’essaie de faire un schéma contraire actuellement, d’essayer de comprendre mais j’ai du mal à rectifier tout ce qui a été. C’est comme si on m’avait lobotomisé le cerveau et que maintenant il y a une toute petite voix qui me dit « Allez cherche bien, réfléchi, tu vois bien que c’est pas comme ça » mais c’est vraiment très lointain, c’est très difficile de casser les schémas.

V : Juste par rapport à la justice, j’ai porté plainte contre ma mère et mon beau-père étant décédé moi j’étais bien reçue, bien entendu les faits étaient prescrits parce que j’ai porté plainte en 1999. A l’époque, ce que je dénonçais étais prescrit, mais j’ai quand même été entendue il y a eu quand même une confrontation à la brigade des mineurs qui a duré 3 à 4 heures, c’était il y a dix ans, et ces 3 à 4 heures, Tout ce qui s’est dit et l’intervention du commissaire qui contrait les arguments de ma mère qui inversait toujours évidemment le bien et le mal. C’est évidemment toujours inversé pour elle. Les rôles, elle croyait elle, avoir l’autorité dans la pièce car elle était en face à ses trois en enfants, elle croyait avoir le pouvoir, elle essayait de prendre le pouvoir. Cela a été une confrontation épuisante. Je me réfère toujours à ces moments-là justement pour me rappeler le bien et il y a eu ou moins une fois quelqu’un.

L : Oui mais il y a dix ans, il y a vingt sept ans, ça n’existait pas, un enfant ça ne porte pas plainte n’existait pas dire que ça n’existait pas du tout, on disait que c’était quasiment lui qui agressait. Il y a toute une partie ou j’ai vécu une semaine d’enquête terrible je ne me rappelle plus tellement c’était occulté tellement cette semaine a été plus traumatisante que ces 5 ans de viol

S : La question du bien, vous l’associez à la question de la justice ? Il y a une différence entre ceux qui avaient accès à la loi et ceux qui n’y avait pas accès.

L : A la loi, cette période-là j’étais plongée dans le déni, déni total. Quand je suis sortie de cette semaine de justice, je me suis dit il faut que tu te taises … on te demande de te taire, tu n’as rien vécu. Tu es seule … et ma mère me l’avait dit :  « tu as fait tellement de mal autour de toi, tu écopes, tu as ce que tu mérites donc tu es seule. » Pendant deux ans j’ai écrit à ma mère elle me renvoyait les courriers et elle m’a répondu : « tu n’as que ce que tu mérites, tu a détruit la famille, tu as fait honte dans le village. » Les gens savaient qu’il y avait eu un procès.

S : La loi est en référence avec le bien ?

I : Je dois ma sortie du déni à Alice Miller, j’ai une gratitude éternelle, Susan Forward avait fait des choses intéressantes mais pas assez complète, Alice Miller est la seule qui, d’un point de vue universel international, a osé, ose encore parler des dictateurs et prend une parole juste pour l’enfant et va jusqu’au bout et quand elle choisit ses mots elle épargne personne, elle parle franchement et c’est la seule, qui nous permet de récupérer notre dignité et la France moi je suis navrée et en matière d’abus… c’est un pays abominable … machiste. Moi, j’ai côtoyé d’autres cultures, on a des années de retard … on a vingt ans de retard… alors qu’il ne devrait pas y avoir de prescription … et les auteurs des faits ne paient pas … Moi j’ai discuté avec un magistrat, il a longtemps je vais devoir instruire mon dossier auprès du procureur. C’est en juillet que je vais instruire mon affaire mais elle m’a dit clairement : ne t’attends pas … à ce qu’il y ait une suite … c’est quelque chose que tu vas faire pour toi.

S : C’est bien de le faire pour vous, la notion du bien est associée à la question de la justice par rapport à la loi, je voulais vous poser une question : « vous avez tout de suite intégré le mot dictature, tout de suite cela vous a parlé, ce n’est pas du tout un concept en psychologie mais en géopolitique, tout de suite que vous en avez parlé spontanément.»

L : J’ai demandé quel lien, on pouvait faire avec la dictature et l’inceste, nous avons compris après la lecture du texte, la dictature psychique me parlait plus que la dictature tout court.

S : Le mot dictature vous semble-t-il approprié par rapport à l’inceste ?

L : Cela me paraît très évident, parce que la dictature c’est le meurtre de l’âme, c’est le meurtre psychologique … parce qu’on soumet tout le monde a une seule règle, l’explication la plus simple que j’ai trouvé du mot dictature. C’est quand on parle de Fidel Castro à la chasse … il y avait 40 à 50 personnes qui se mettaient en mouvement pour que les canards puissent passer au bon endroit … et que quelqu’un va faire en sorte que son fusil va tirer au moment … ou il fallait et que quelqu’un d’autre puisse le gérer psychologiquement qu’il ait l’impression d’avoir fait un effort… . La dictature en fait qu’il n’y a aucune place à l’autre on est complètement écrasée on est complètement anéantie … pour moi c’est vraiment où le meurtre du psychisme, la dictature ne laisse de place à rien c’est la toute-puissance.

S : la toute-puissance de l’agresseur ?

L : c’est ça, la dictature, il n’y a pas d’espace pour autre chose. Il n’y a rien, il n’y a aucune liberté, on croit, elles donnent l’illusion de… et vraiment Castro, c’est extraordinaire… . cet exemple sous prétexte d’une égalité etc. et on disait qu’il n’avait pas beaucoup d’argent … voilà peut-être, il n’avait pas beaucoup pas d’argent, mais voilà ce qui se passait concrètement et … que tout le monde dans son rapport à lui prenait une attitude pour ne pas le blesser ou pour ne pas le vexer et c’est ça la dictature.

S : l’inceste et la dictature ça vous parle ?

I : Oui c’est évident.

M : C’est un pouvoir sournois.

I : Quand V… . disait une pensée unique

N : Si la dictature, c’est devenir une personne comme celui du texte ?

S : je lui réponds en reprenant les éléments de la dictature à savoir l’inceste, régime dictatorial et le texte ne s’adresse pas uniquement aux personnes victimes d’inceste.

Conversation entre plusieurs personnes… difficilement audible.

L : On peut avoir la conviction qu’on a toute sa libre pensée, alors qu’on est enfermé dans un schéma, pendant des années je réussissais, j’ai réussi ma carrière, j’étais quelqu’un qui allait de l’avant, j’étais quelqu’un qui menait les autres, j’étais vraiment persuadée d’avoir ma libre pensée sur les choses et tous les schémas que je reproduisais perpétuellement … je ne m’en rendais pas compte j’ai eu des signes d’alerte par certaines personnes par des gens qui vivaient avec moi … j’étais enfermée dans ma pensée … dans la pensée unique, de cette famille de… comment on m’avait endoctrinée, on peut être persuadée qu’on a à sa libre pensée … mais on ne l’a pas … en fait, on ne l’a pas et finalement … quand on se rend compte que ça se révèle … c’est là qu’on se dit je ne suis pas comme ça, il y a du boulot pour reprendre son identité.

S : je suis…

I : C’est la difficultés à remettre les gens et les choses à leur juste place, moi quand je suis sortie du déni, depuis que je suis en conscience … depuis quatre mois et que je fais ce travail, je regarde l’autre … et ce qu’il m’a fait regarder mon entourage … et c’était des gens que je considérais comme des amis et j’étais entourée des gens comme ça, … d’admettre et d’accepter mais c’est encore dur je suis obligée encore de le conscientiser et de me dire … que cette personne ne veut pas du bien elle n’est pas bienveillante et qu’elle est en train de m’utiliser … et je me laisse utiliser sans en faire une paranoïa … mais vraiment les autres le voient … pour eux ça leur paraît évident et nous on est déjà, on est déjà en train d’expliquer que l’autre a souffert mais les autres n’ont aucune bienveillance … mais cela nous ré-enferme encore … plus on est asphyxiée, ça nous épuise moi j’ai vraiment besoin de le dire, un problème de survie physique alimentaire parce que … un employeur ne m’a pas payé que je ne passe pas au tribunal … parce que la justice n’est pas faite alors que je suis dans mon droit et que c’est l’autre personne qui est malhonnête, je n’ai plus rien, mes ressources sont très limitées, j’en ai pas, j’en ai quasiment plus pour moi … et je négocie encore avec des gens cette difficulté à voir le juste, le vrai alors que je suis persuadée que nôtre âme sait qu’au fond de nous … on sait mais qu’on a toujours besoin d’aller vérifier oui.

L : il y a comme un flou permanent, un doute, le doute, la difficulté de discerner l’autre. A un moment donné, qu’est-ce que j’ai eu peur, j’avais 25 ans, j’étais en face de quelqu’un, je le regardais, Mais qui c’est ? j’ai fui ce moment-là … et c’est là que j’ai réalisé que j’étais complètement perdue… je pouvais suivre n’importe qui et me retrouver dans n’importe quelle situation … avec une incapacité totale de pouvoir dire avec qui j’étais et d’être complètement dépossédée, possédée par l’autre et dépossédé, une horreur… j’ai vu ça et j’ai eu peur Pour moi, la seule chose qui m’a maintenue sur terre encore… et le fait d’avoir pied … bien les pieds sur terre et de ne pas être complètement déconnectée de la réalité, c’est d’avoir eu peur. Ce sont des signalements comme ça qui m’ont fait saisir que là j’étais en danger total … et j’ai fait un retour en arrière rapide et je suis revenue, auprès de mon agresseur. Je l’ai même carrément aidé, je suis allé au bout, j’ai rétabli une situation d’avoir les parents, j’ai fait quelque chose qui est assez étrange, j’ai réalisé mon rêve d’enfant, c’est-à-dire d’avoir des parents, j’ai fait en sorte que mon beau père apprenne ce que c’est que d’être un père… je lui ai donné des leçons … mais tout en aidant … ce que j’ai fait, je l’ai fait parce qu’il fallait que je recontacte mon passé… que je l’affronte … que je recommence à zéro … que je contacte mon passé … que je l’affronte … que j’affronte mon agresseur … que je vois qu’il est, … que je sache qui il est, … de faire tomber aussi, une idée d’enfant c’est-à-dire que c’était un monstre et … de voir cette personne non pas comme un monstre, mais comme un humain … comme une personne … une personne pour pouvoir le ramener à une réalité à laquelle je pouvais donc avoir accès … et du coup à partir de ce moment-là, je l’ai entendu me dire, il me l’a dit : « J’avais besoin de toi j’avais besoin de ton aide,… quand tu étais petite ». J’ai saisi qu’à partir de ce terme-là … que ce n’était pas un monstre… c’est ça qu’il a rendu, à partir de ce moment-là, j’ai fait comme ça … des actes d’affronter. A ce moment-là, je n’avais fait aucune psychothérapie, rien, je l’ai aidé à arrêter de boire pendant un an, j’allais le voir tous les jours … tous les midis … je restais avec lui tous les jours … j’ai passé du temps comme ça pour pouvoir communiquer avec lui … échanger avec lui … nous avons eu des échanges je lui ai montré psychologiquement comment il pouvait faire … . Pour mettre en place certaines choses et du coup je suis repartie. Je suis née en Nouvelle-Calédonie et je suis partie une première fois pour fuir … et là c’était une fuite mettre de la distance, vis-à-vis de mon agresseur et … . en même temps pour voir ailleurs si d’autres mondes existaient … si les sentiments existaient … si l’amour existait parce que j’étais complètement… .. Je suis revenue puis je suis repartie avec mon beau-père et ma mère qui m’ont accompagnée à l’aéroport. C’étaient des parents qui me laissaient m’envoler. J’ai quelque part créé, recréé une situation … c’est moi qui l’ai créée de manière à avoir les parents que j’ai eue quand j’étais petite … réalisée un rêve … mon rêve d’enfant … ce n’était pas du tout réaliser de manière … j’ai fait comme je pouvais … avec ce que je pouvais … comme je pouvais et à partir de là j’ai commencé une vie nouvelle en France qui était complètement chaotique. Je me suis reprise en main par rapport à des rêves.

S : excusez-moi d’écourter parce que nous devons rendre la salle à l’heure.

Pour conclure, si j’ai bien suivi ce que vous m’avez dit : L’inceste est un régime dictatorial dans lequel vous avez vécu … vous avez été contraint… Dans votre discours, je retrouve le point de vue de personnes torturées par des régimes dictatoriaux, mais qui n’ont pas été victime d’inceste… torturés pendant les colonisations… disons que c’était une dictature à la maison.

Prochain atelier le 4 juillet à 14 h à 17h. … Pour les horaires, essayez de venir à l’heure, car ça trouble le bon fonctionnement de l’atelier et même par rapport à la bibliothèque. En septembre le premier samedi de septembre

… et pour ceux qui sont intéressés, il y aura un retour de tout le travail qui est fait … on va s’organiser, parce qu’il y a eu plusieurs thématiques.