Le corps, identité première (septembre 2009)

Atelier animé par Selatana Aballache (S) : Le corps, identité première de la personne (septembre 2009)

S : Aujourd’hui, c’est la thématique du corps… Qu’est-ce que ça évoque la question du corps avec l’inceste ?

I : Moi je parlerai de l’anesthésie du corps, voilà, le fait de ne pas pouvoir en sortir

S : C’est un thème médical

V : oui, c’est un terme médical, Je l’utilise pour évoquer d’être insensibilisée… de ne pas avoir accès au plaisir, de dénier ces propres sensations

C : Moi, ça m’évoque la dissociation ! celle que je mettais en place enfant !deux niveaux : faire un brouhaha dans la tête, pour avoir le sentiment d’un décrochement entre la tête et le corps… d’être extérieure à mon corps, je voyais ce père, mais je n’avais plus aucune émotion , je n’avais plus de sensations physiques ; dans un second cas, abandonner l’écorce morte et …. partir vers un ailleurs, tomber dans les pommes… C’est aussi, reproduire adulte depuis une dizaine d’années, d’avoir franchi le pas dans les clubs échangistes et j’ai franchi le SM

S : Qu’est-ce que c’est sm ?

C : Sadomasochisme…Arriver avec une demande d’être maltraitée et eproduire le mécanisme de la dissociation pour supporter

M : qu’est-ce que vous recherchiez en allant dans ce genre de groupe ? c’était volontaire

C : J’ai été poussée par un homme, mais j’y allais de mon plein gré… je voulais vérifier que ça (mon corps) marchait, trouver ce qu’est le fantasme dans la tête de l’homme … l’échangisme et sm, on m’y a conduite, j’ai maîtrisé certaines chose et je me suis retrouvée, là où je ne maîtrisais plus

S : Vous dites que … on vous y a conduite…

C : Oui je n’ai pas eu de moi-même cette initiative ; le sm je lisais. Essayer de comprendre ce lien de dominant-dominé …la domination, est-ce que c’est mon corps qui induit ? un homme m’a dit : toi tu as un profil… , il faut tenter l’expérience, je me suis laissée guidée … quelle nature du lien, est-ce qu’on existe dans ce lien ?

S : Quelque chose que vous aviez vécu ?

C : J’ai donné mon acquiescement, j’ai décidé, j’ai organisé…

S : Lié à la culpabilité ? d’être acteur agissant séducteur par rapport à l’adulte. Est-ce c’est pas ça que vous recherchez

C : Il y a quelque chose … une plongée dans la folie de cet homme … mon père, j’étais passive pui rendue active … j’étais en état d’inertie … à répondre à des demandes gravissimes de mon père, aller voir d’autres adultes ; par le fait d’être passive, j’ai été plongée … dans une part active.

S : On abordera la thématique de la mère. Dans nos thématiques de cette année, nous n’avons pas parlé de la mère. Où était votre mère ? C’est important la question de la mère ! C’est une idée

M : Il y a eu un atelier « Tout sur ma mère » déjà retranscrit sur le site internet d’Arevi

S : comme sur le film

N : Je veux rebondir là –dessus, sur le fait de vouloir comprendre… par rapport au corps, ce que l’autre… qu’est-ce qui lui arrive dans la tête, moi aussi, j’ai été dissociée par rapport à mon corps, comme une sorte d’inconscience, comme si je n’avais plus de corps ,j’étais incapable de lui donner forme, j’étais chez une amie… je devais avoir 12 ans, j’ai pris un bain chez elle… j’ai pris mon bain, je suis sortie du bain, je me suis levée, j’ai vu mon corps, ça a été un choc, je ne voyais pas mon corps, j’ai eu tellement peur que je ne voyais pas mon corps,… je me suis remise dans le bain,… j’ai une idée de mon visage… à un moment donné, j’ai eu besoin de grossir pour avoir des formes, je réagissais et répondais au désir de l’autre, le mien de désir, je ne ressentais pas, j’étais dissociée !

S : Qu’est-ce qui vous a fait peur dans la salle de bain… le corps  féminin ?

N : J’étais surprise parce j’ai vu qu’il était bien, joli ! … de l’aimer, de l’apprécier, c’était angoissant, je ne savais pas ce que c’était…. je ne savais pas ce que c’était ; ma sensation m’a fait peur, c’était féminin, à 12 ans j’étais déjà formée, mon corps était fait j’étais super- contente d’avoir des seins … je me suis coupée  de son contentement parce que mon beau-père s’y intéressait. Je ne savais pas ce qu’était le désir

S : Ce n’est pas du désir dans l’inceste

I : Un désir contre nature ! Un désir mal placé, désir sexuel, c’est comme s’il me possédait… un désir trop grand pour un enfant, ça le bouffe

S : Le désir est une construction… ça a une connotation positive, alors que dans l’inceste,

I :l’adulte le vit comme le désir.l’adulte pense faire du bien à l’enfant

N : Je l’appelais une « Toute puissance destructrice », je devais répondre – mode automatique- à ce qu’il voulait, j’ai eu besoin d’expérimenter, j’ai fait du « téléphone rose » pour comprendre, je voulais faite tomber cette peur… dès qu’un homme ressentait du désir pour moi, ne plus avoir peur de l’homme, de lui. J’étais attirée par ça, quand j’ai fait ce travail, je ne voulais plus avoir peur de la sexualité d’un homme ; pou me réapproprier moi, mon désir à moi. A un moment donné, j’ai pu rencontrer des personnes au téléphone et j’ai pu exprimer ce que moi, je désirais et ainsi me réapproprier mon corps sexué. Je ne savais pas de quel genre j’étais ! J’avais perdu cette notion que j’étais une fille, j’étais horrible, quand j’ai fait le travail personnel, j’avais 38 ans…, il y a 7

S : La question du regard et du corps ? Comment associez-vous le regard et le corps ?

M : oui, ça m’interpelle, j’aurais tellement voulu être asexuée, je ne me suis jamais vécu belle et séduisante, si j’étais séduisante, j’aurais attiré tous les hommes !alors, il ne fallait ! en voyant des photos de moi, jeune fille je me dis que je n’étais pas mal ! … Ce n’était pas la joie d’avoir de seins, je me disais que c’était une expérience de vie et qu’ils allaient disparaître, …c’est un moyen de séduire l’homme violeur… mon mari, je n’ai connu que lui, il m’apporte la sécurité… je suis handicapée du toucher ; je suis froide, distante… mon mari, je rebondis… mon mari pense à l’échangisme, … moi, je ne veux, je ne sais pas si je suis capable de séduire, d’aller avec un autre homme… J epense que j’en ai pas de capacité ? Si j’ai pu sentir des choes face à un homme, je me sentais tellement mal parmi des amis que je les ai perdus de vue ! J’ai pris conscience que je confondais désir et douleur… je me suis arrangée pour ne plus les inviter, je ne voulais surtout pas, je me suis retrouve, avec mon mari, on travaille ! Handicap du toucher… de ne pas reconnaître … je lis les témoignages d’intersexués, hermaphrodite. Je suis gênée… mon corps me dépasse, ça m’est très difficile dans ma vie… je suis toujours en conflit interne, pour des relations sexuelles avec mon mari, « j’ai un corps… j’ai pas de corps », il faut du temps,de la relaxation. A d’autres moments je me sentais anesthésiée, ce terme convient bien ! cela oscille… c’est pas confortable : le corps touché

I : mon père était peintre et sculpteur ma mère était sa muse. Il travaillait sur le corps, ma mère était danseuse. Quand j’étais petite, j‘étais très regardée, quand j’ai poussé, j’ai été soumise à beaucoup de regard à m’a beaucoup gênée ; mon père m’a fait cadeau de sculpture, quand ce n’est pas transgressé jusqu’à l’inceste, … il y avait beaucoup de pornographie. Puis il y avait eu passage à l’acte de sa part sur lequel j’avais passé un voile, je supporte mal quand on me regarde encore aujourd’hui ; je ne supporte pas le regard des hommes… ça vient de là ! Je travaille en ce moment sur la proximité anthropophage, en faisant des sculptures quelque chose d’animé qui devient inanimé. Le fait d’être pétrifiée par le regard

C : par rapport au regard, quand j’étais enfant, quand on cherchait un terme pour définir ; j’étais l’objet de fantasmes de ce père ;

S : désir ?

C : non dans son fantasme, il y avait le mettre en scène le corps , me pénétrer avec des objets, des aliments, et immortaliser par des photos, j’ai pu prendre mes enfants en photos qui sont ados aujourd’hui, jusque vers l’âge de 4 ans ; après je ne peux plus les prendre en photo, hormis les photos de classe. Moi, à 5 ans, les abus ont commencé avant la primaire, avant les 6 ans. Si je vois une photo, je n’arrive pas à me visualiser l’image me paraît erronée… ça me fait de plonger dans le milieu échangiste, qu’est-ce que ce corps nu au milieu des hommes confronter au regard des autres… ça m’a renvoyé une image de moi.

S : par rapport à l’échangisme … Immortaliser par les photos passif et actif ? en rapport mortel immortel ? le fait d’être immobilisé par l’autre. Les hommes par leur regard …

C : Moi, la sexualité est reliée totalement à la mort ; approcher ces hommes qui vous racontent leur fantasme, essayer de ne plus avoir peur, notion de plaisir, apprendre que ce corps n’était pas basculement dans le sm… Orgasme ordre de la mort… c’est terrible ce que je vais dire : un appel au père, le plaisir au père … je sais que la notion de plaisir n’existe pas… dans certains cas, cela apu développer du plasir, alors, c’est une culpabilité en plus. Je « cohabite trois personnages » : moi que vous voyez en face de vous, l’animale très demandeuse, coupée du réel et la petite fille qui ressurgit … l’envie de cette part d’enfant d’être reconnue par mon père … qu’il puisse me prendre dans ses bras, j’attends qu’il soit aussi doux qu’il a pu être violent ? Dans une écorce physique, il y a mon père qui m’a protégé et celui qui basculait dans la folie. regard, … ce corps renferme tellement de honte, d’avilissement, des choses tellement monstrueuses, alors que je n’ai rien demandé.

S : lien entre sexualité, mort et appel au père ? père double : père aimant et père qui bascule dans la folie. Où vous situez la mort par rapport au sexe ?

C : au moment de l’orgasme, il y a cet appel à la tendresse … d’un père. Je ne peux pas dire : je recherche d’être reconnue en demandant d’être maltraitée, je ne peux pas formuler cette demande, appel au père qui pourrait me bercer, je recherche la sexualité dans le plus violent, le plus brutal… c’est retrouver la mort… on retrouve le chaos mis en place quand on était enfant.

I : je dirai que c’est dans l’accession au plaisir qu’on … signe l’arrêt de mort…le plaisir, c’est jamais de la vie ! je refuse de m’abandonner, je refuse de donner mes orgasmes aux hommes, la plupart du temps, car je ne veux pas mourir ; crainte de l’abandon, de petite mort, le désintérêt, la douleur, le fait d’avoir à recommencer le chemin, c’est super- difficile

S : l’acte de l’inceste vient signifier la mort : le plaisir dans la vue globale ? si vous deviez donner un synonyme au mot plaisir ?

N : Aucune connaissance de ce que c’est … à partir de la demande mon beau-père : pas de plaisir, je ressens de la violence … je vais faire en sorte d’avoir le moins mal possible… Que ça se termine ! vouloir que ça s’arrête ! Pourquoi cette violence ? j’ai peur être fait quelque chose de mal. Je traduisais : avoir mal, c’est être punie… j’associais à la punition, comme des fois où on m’a foutu la fessée, j’avais fait une bêtise ; incapable de relier son acte à ma vie d’enfant ; je ne voyais pas ce que ça venait faire là dans ma vie d’enfant ! la seule façon se saisir qu’il y ait un sens… j’associais son acte à une punition, j’ai sur-culpabilisé, violence répétitive, j’avais fait une sacrée connerie. … Mon père m’a fait faire des fellations … la mort, je l’ai sentie là ! je me suis sentie étouffée, j’ai failli mourir, un objet dans la bouche, qui bougeait et qui grossissait, je ne savais pas quoi faire… j’essayais de respirer, j’ai cru mourir… que j’allais étouffer, ne plus respirer, j’ai dû réussir … à faire les fellations pour survive, je pouvais éviter de mourir d’étouffement sur l’instant et … lui me regardait en train de mourir, je ne pouvais pas appeler au secours, puisque … je devais m’adapter, que je sache déglutir, garder la bouche ouverte pour ne pas la fermer … peut-être que je pouvais faire mal … je devais m’adapter pour ne pas mourir… j’avais tellement peur… j’étais complètement tétanisée, mon coeur aurait pu rompre, tellement j’étais angoissée ; cet instant- là … je vais le comprendre en grandissant. Et associer ça à la sexualité… Sur l’instant, j’étais incapable de dire

S : vous avez tendance à insister … vous revenez dessus, comme si vous pensiez que ce n’était pas entendu… vous avez mis en place des stratégies d’ordre mécanique.

S : ce que vous dites du corps mécanique, le corps est ramené au biologique : agir, manger, déglutiner … le corps n’a plus de peau.

N : aucune régression, acte de survie, instinctif

S : l’instinct, la mort serait liée à un retour à l’organique

I : c’est symbolique alors

S : autoconservation, le biologique !

M : base biologique de survie

N : L’acte de viol répétitif … mon beau-père l’aurait fait qu’une fois… c’est la répétition va devenir mécanique… j’avais maîtrisé une attitude, par la situation… alors mon beau-père est devenu dépendant de moi il n’avais plus besoin de me faire encore plus peur… je n’étais pas i soumise, je me suis adaptée… il était que violent à partir du moment où j’émettais un refus, il allait rétablir une violence…qui allait me soumettre.

S : lien avec symbolique ?

I : quand vous parlez de régression… vous avez associé mort et régression ; je pense qu’on est plus dans le symbolique que dans … il ya une sorte … de … diamétralement opposé le fait de raconter et de le vivre ! d’avoir ce parallèle quasi- littéraire et symbolique

M : ce n’est pas symbolique, c’est réel

S : une régression du corps anesthésié

I : pourquoi la mort

M : Moi, quand je fais l’amour, j’ai toujours peur de mourir : la peur réelle de mourir, … ça doit rejouer quelque chose que j’ai vécu. le corps est mémoire ; les fellations je n’ai aucun souvenir ; mais, je suis incapable de pratiquer… j’ai peur d’étouffer ; Moi, j’ouvre toujours les fenêtres, mon mari lui les ferme. Ça me fait penser à un stage, j’avais parlé d’étouffement en m’entendant, une personne a imaginé que je vivais à Paris  dans un espace confiné, alors elle m’a proposé de venir chez elle au bord de la mer ; je manque d’air… alors que je vis en banlieue dans un pavillon spacieux entouré de verdure… ce n’est pas objectif ! je manque d’air ! Une fellation, je ne sais pas faire car j’étouffe ! le corps-mémoire…, peut-être que ça m’est arrivée, je me souviens que …Je fais l’hypothèse que ça a pu se faire … je ne sais pas.

I : mon corps me dit des choses dont je ne me souviens pas, je ne comprends pas ce que mon corps dit ; moi, j’ai demandé des positions sexuelles à mon ami,… qui m’étonnent moi-même, je ne sais pas ce que je répète, beaucoup de fellations, de sodomies, je ne sais pas beaucoup… J’en arrive à me faire mal. Pourquoi, j’ai fait telle demande, j’ai demandé beaucoup de sodomies, je ne me souviens pas j’ai dû voir un gastro- entérologue … parce que je me détruisais l’intestin. Le jour où mon frère m’a dit avoir été sodomisé par mon père,

S : amnésie corporelle, le lien n’est pas possible avec la pensée

I si on m’a cachée le visage, je ne me souviens de rien …

V : j’ai beaucoup de mal à parler, les émotions, le corps, la mort, le fait de partir, relier la tête au corps, la mort, la douleur physique , la pensée que j’avais … lors des agressions, je n’ai pas ressenti de douleurs physiques, j’ai pu éviter de faire des fellations, il ne m’a pas violée, mais il m’a rendue active. Dans mon histoire, il y a eu la peur d’entendre les rapports sexuels sado-masochisme, entre ma mère et mon beau-père, ils parlaient très fort et ils criaient ; j’ai cru qu’ils se tuaient ! j’avais le sentiment d’être enfermée… je voulais entrer dans la chambre pour les empêcher de se tuer ! , puis mon beau-père m’a agressée de façon répétitive, en me rendant active, toujours en incluant ma mère ; en disant : « ta mère fait ça »… alors je devais le faire aussi ; ça a duré un certain nombre d’années… jusqu’à un moment il y a eu mon père, ma mère, moi, d’autre hommes, des photos, des films , des spectacles … dans des clubs échangistes…l’anesthésie… je ne sais plus …

C : c’est tellement impensable et impossible à s’approprier … violence … on est plongé dans la mort, le chaos, temps différent, temps élastique… Ce qui se passe dans ma sexualité : moi, je suis trois ! la femme, l’animal et la petite fille qui est là au moment de l’orgasme… être déconnectée du réel et être dans l’animal, au moment de l’orgasme, je redeviens la petite fille avec la demande par rapport au père. Dans chaque personnage masculin, ne serait-ce que la masculinité, il y a une part de mon père, celui qui aurait dû me protéger ; ce père m’a tellement marquée au fer rouge que je suis la petite fille.

S : sur la mort ?

N : la petite fille apparaît de la même manière ! l’enfant en moi, justement quand j’étais morte, dans un acte sexuel … je suis incapable de … je suis incapable de pouvoir répondre au temps présent, tout mon corps revient dans le passé jusqu’au moment où je redeviens une enfant,… mes besoins d’enfant à ce moment-là, dans la détresse et le désespoir… au moment de l’orgasme, c’est un instant d’abandon, je retrouve mes émotions d’enfants abandonnée au plaisir de l’autre. Emotionnellement, je n’ai pas grandi … Mon plaisir de femme, j’ai appris … la première fois un homme, après mon beau-père, que j’ai eu à faire une fellation, je me suis dit : « est-ce que je la fais un non ? » … et si je ne le fais pas, je vais me couper de moi… j’ai fait une fellation… dans le plaisir, il

C : dans l’orgasme il y a quelque chose de très archaïque

I : instinct de survie

M : Sur terre, survivre chaque jour et de génération en génération…

I : on dort aussi !

S mais pourquoi, on mange trop

M : le bébé et son besoin de satiété.

S : intéressant la question de l’image et du regard. Une chose qui m’interpelle : le fait de voir le corps ou non ; si on ne voit pas le corps et comment on lui donne forme

I : comment on voit le corps quotidien ?

M : Moi, je peux dire, je fais preuve de négligence vis-à-vis de moi-même… je ne peux pas prendre soin de soin. Je suis paresseuse, j’ai la flemme… de me laver les dents, de me démaquiller amis, je ne me maquille pas beaucoup… sauf : j’ai dépensé beaucoup d’argent chez une esthéticienne –mon seul luxe-… il y a des jours, je n’ai pas envie de me laver, je n’aime pas faire le marché … j’ai envie de manger ! mais j’ai flemme de faire à manger … j’ai pas de courage… sauf pour les autres ! si je reçois des amis… mon mari est comme moi ! on ne prend pas assez soin de nous… Il serait temps de si je m’écoutais vraiment, je n’aurai envie de rien,… pas me laver, je n’aime pas prendre de douche, les douches ça m’agresse, je préfère prendre des bains ! je ne prends pas soin de mon corps, cela a des conséquences sur ma santé… des négligences que j’aurais pu éviter par rapport à l’alimentation ; il me semble que je ne ferais rien, rester au lit à lire jusqu’à midi !

I : pas envie d’être belle ?

M : trier, jeter, acheter des vêtements quand c’est nécessaire … je ne sais jamais comment m’habiller trop grand trop petit. Je ne sais pas acheter, les vendeuses me guident mal ! il ya un rapport avec l’inceste de ne pas me reconnaître moi, les autres ont toujours raison, je ne sais pas ce qui est bon pour moi ! Une sorte de dictature de l’autre qui sait mieux que moi

S : je me suis demandé qui c’était ? comme si il avait pris une identité différente de vous. C’est comme si c’était un Autre, cette forme de négligence ? ce corps oublié …qui c’est ?

N : Celui a subi toutes les agressions, c’est enfermé… la tête n’a rien vécu la coupure entre la tête et le corps ; personnellement, il ‘est arrivée de me faire du mal, de me gratter jusqu’au sang, de ne pas sentir la douleur… le corps est un peu le bouc émissaire . Le corps coupable d’avoir provoqué … le dysfonctionnement de l’autre.

C : cette écorce qui est la mienne … je peux me regarder nue, mais je pense que je ne peux pas m’approprier cette image. Moi, contrairement à vous, c’est important de me doucher, de me maquiller …. une dépression en 2006 …j’ai découvert l’hyperphagie et gagner 15 kg en 9 mois, durant 2007 , puis 17 kg en 5 mois en 2008…. En lien avec des blessures et avec un mal-être. Par rapport à la dépression : je me suis découpée des autres, je suis dans ma bulle, inatteignable, la seule chose nécessaire : est d’aller voir l’esthéticienne et me faire masser ;et sentir ce corps, demander à l’autre de me faire du bien, c’était une femme… dans un acte de bien-être, une demande bienveillante ; par exemple, cette écorce, j’essaie le représenter physiquement, j’ai trouvé un personnage très ronde Hilda, une pin-up …mes enfants me disent : « ça va pas ! » ils ne supportent pas ! ils me disent : « Tu ne ressembles pas à ça ! » ils trouvent que je ne ressemble pas Hilda. Un personnage, une femme très pulpeuse d’un dessinateur américain ? Duane Bryers, c’est l’image … ce que je crois que me renvoient les autres. Mes enfants sont choqués de mon choix. Je ne me trouve que dans le regard des autres.

Pause………………………………………………………………………………………………………..

S : l’identité première de la personne, c’est le corps … le regard. On arrive, on est bébé, on répond aux besoins du corps. Si on ne se regarde pas, le corps, est-ce que ce ne pourrait être un autre

C : ce corps représente la honte, des choses abjectes dans lesquelles on m’a plongée… avilissement, abjecte, on m’a rendue active, c’est douloureux, ce corps,

S : cette tentative de maîtrise que ce soit pas la négligence ou l’excès… Vous en parlez comme si c’était quelqu’un. Quelle est en la conséquence ?

C : c’est difficile de le relier à la compréhension de tout ce qui c’est passé, c’est tellement douloureux de relier… sa tête et son corps. La tête est dans l’ailleurs. J’abandonnais cette écorce morte … est-il possible par un travail, lequel ? de retrouver des bribes de ce vers quoi s’orientait vers le psychisme ; une psy dans ces moments-là, on se coupe du « je » et on est dans autre chose !

S : vous êtes dans un espace-temps différent qui appartient à la question du mythe. On verra cette hHypothèse par rapport à un ailleurs

C : est-ce qu’on est mort à ce moment-là ? pourrais-je le retrouver par hypnose ? une thérapie quelconque, mon esprit était dans le refoulement. Je me voyais, je voyais ce père, ses gestes sur moi ;

S : vous aviez les yeux ouverts ?

C : je n’étais plus là ! coupée de tout !

S : ça me faisait penser à des pratiques magiques … chamanisme… désir de se détacher du corps … relier avec l’inceste.

C : je ne peux pas y mettre un instinct de survie… je le voyais physiquement : il me regardait comme un père, puis quelques chose que j’ai appris à identifier, ça basculait et son regard n’était plus le même !je savais que c’était foutu

M : cette capacité de s’extraire de soi qui est très facile pour moi. C’est même une faculté ! Par exemple, lors d’un décès, un enterrement, je me sens hors de moi, plutôt à côté de moi ! Je ne supporte les pleurs, je ne pleure pas, c’est pas mieux non plus ! je me sens suis de marbre, on parlait de sculpture… Je me déshumanise… c’est très facile pour moi, je zappe ; c’est un handicap Le corps je ne sais pas où il est !

S : vous voyez quoi du corps ?

C : moi, je le vois, mais ça ne correspond pas à ce que s’approprient les autres… mes enfants !

N : mon corps, j’ai eu du mal… je vivais dans certaines situations, je le vivais Autre. Je ne comprenais pas pourquoi je disais oui… j’acceptais alors que je n’étais pas en accord … j’ai associé par rapport à mon enfance… je me sentais désaccordée … relier certains vécus avec mon enfance, besoin de rejouer, d’exorciser des événements de l’enfance où je n’ai pu repousser, je n’ai pas pu interrompre, je me sentais impuissante, je ne contrôlais pas, je ne comprenais pas, je ne voyais pas le sens, tant que je n’ai pu réaccorder des vécus d’adulte à mon enfance, je me sentais double à ce moment-là avec l’impression d’être une autre . J’étais un jour dans un caisson sensoriel avec de l’eau de mer à l’intérieur, comme si on se retrouvait dans le ventre de sa mère, des images se sont retrouvées : Une brune sur un cheval noir et une blonde sur un cheval blanc : j’étais 4. Une autre image la jeune fille blonde morte sur la plage et la brune qui regarde la morte, je me revoyais dans une forêt, toute seule, la petite fille brune à côté de son cheval, et ensuite … je vois que je suis dans une cabane, un homme sur moi. Je pleure devant se corps et je me réunifie. Je me réunifie au niveau énergétique

M : dans quel cadre ? quel groupe ? quelle association ?

N :C’est un homéopathe m’a parlé de ce caisson et j’ai vu toutes les images ont défilé

S : le fait de rassembler les morceaux

N : Imagination, rêve, pensée, j’ai toujours un travail de rassemblement à faire … l’inceste demande un effort de concentration très intense, je sais que l’éclatement se produit de façon répétitive. Une façon de diviser en petits morceaux et ne pas aborder de front ! Voir un petit aspect des choses à la fois. Lorsque tout part en morceau, lorsqu’il y a un choc

S : On peut prendre une poupée cassée

N : Elle est … cassée parce qu’elle a été heurtée. Une énergie qui va la rassembler, accepter qu’elle a été cassé… il faut réparer morceau par morceau, un psy m’a dit que c’est une schizophrénie provoquée par un choc. (un aspect de schizophrénie) Processus d’éclatement pour ne pas être là, se sauver et éviter la souffrance.

S : je me demande si ce n’était pas pour recommencer

I : moi, ça me choque ce que vous dites : recommencer ?

S : dans le sens de réparer, dans l’identification à l’agresseur … vous avez dit « qui j’aurais été si je n’avais pas vécu ça ? » On répare quand on reconstruit. On ne peut pas reconstruire une identité complètement, tout d’un coup ; j’ai en tête l’image de la poupée

N : Chez nous, c’est quelque chose de vivant qui a éclaté, ce n’est pas un objet !

S : je pensais aux processus de pulsion… que vous désirez remettre en place. Je trouve que dans le roman familial, il manquait cet aspecte dans « le roman familial » (1er atelier), c’est comme si il n’y avait pas d’histoire

M : j’ai écrit mon histoire : première version : « l’écrit de ma vie », la seconde version « les cris de ma vie », jusqu’au jour j’ai rassemblé les deux : « la petite fille réconciliée »… l’aspect de la petite fille multiple… je partage l’idée de se rassembler. Sinon, on reste toujours clivée !

V : Patchwork de couleurs différents

C : la mosaïque qui me compose … que j’aurais voulu si je n’avais pas vécu cela ? Comment serait-elle si je n’avais pas vécu l’inceste ; je l’aurais voulu douce, sans arêtes tranchantes… dans le travail thérapeutique, reconstruire cette mosaïque avec des blancs, cet ailleurs qui fait partie de ce qui me compose, mais je ne sais pas relier.

S : chaque voix de rassemblement est possible … il existe plusieurs chemins… artistiques….

N : Mon corps, je ne peux pas le voir, car il est éclaté … mon corps blessé… je me suis sentie éclatée, je me sens morcelé… processus de guérison… rencontrer la violence de quelqu’un… émotions qui m’ont choquée, trop fortes à vivre…

S : éclatement… qui ne donne pas de forme ? C’est ça qui fait qu’on ne le regarde pas ?

C : Pièce manquante

I : déplacé à l’intérieur de nous-mêmes, on ne peut passe voir dans une entité globale

S : retour à la réunification

V : Sensation de boite vide ; rassemble, c’est tout mettre dans une boite. Il n’y a rien à mettre ! Envie de disparaître pour que l’autre ne me voie plus, et que je sois plus l‘objet de convoitise… qu’est-ce que je peux faire disparaître ? le corps

S : la mort ?

N : L’homme invisible… il venait dans ma chambre…  je m’imaginais une grosse bulle de protection ; un belle bulle bleue, je me racontais une histoire pour pouvoir survivre. C’est très complexe, j’ai eu besoin de fuir la réalité, mon corps, mes désirs, mes besoins, l’interruption … du fait de grandir pour un enfant !

C : il y a des pièces manquantes de la mosaïque, qui sont vers cet ailleurs ! l’image qu’on a de nous on apprends à vivre avec…

S : Un autre thème à aborder : la colère est sous-jascente !

M : la colère est un thème en lui-même… colère atténuée… ça paraît oublié !

S : dans tous les ateliers, j’ai senti comme une absence de colère. Crime de l‘identité

M : colère impossible

C : pour être en colère, il faut avoir suffisamment de force. A aucun moment je ne pouvais imaginer que ce soit autrement… j’avais acté que pour moi, enfant, ça se passait … je n’étais pas dans un climat sécurisant qui m’aurait permis l’accès à la colère ; passivité totale… la colère, elle a pas grand-chose à faire ! apprendre au quotidien avec ce chaos-là. On est tellement terrorisé que la colère n’a pas sa place . Il faut déjà tenter de vivre et il faut faire comme si « ça » n’existait pas

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S : pour rebondir on va faire le tour par rapport aux ateliers. C’est le dernier atelier.

Dans ces ateliers thématiques, moi je suis la seule adhérente non victime d’inceste, je me demandais en quoi ça avait contribué à la compréhension de cette problématique.

M : je trouve que ces ateliers a complété les précédents avec des approches différentes ; ça m’a apporté une meilleure connaissance de moi, de donner corps à des choses qui me manquent Négatif dans l’équilibre du temps de parole. Ce serait bien que les ateliers de réflexion continuent.

C entendre les autres, ça ouvre des pistes de travail entre soi et soi ; ah oui, j’avais cette vision-là ! et cette parole me fait voir autrement, basculer le prisme et agrandir les choses.

S : Le fait que ce soit une femme ? si ça avait été mené par un homme ?

M : c’est comme un psy ; un homme, une femme ?

S dans le transfert c’est différent ? celui qui a été agressé par une femme

S : choix : inceste père-fille par rapport à la question de la partie anthropologique, la question du mythe : dans la horde, il est impossible de tuer symboliquement l’agresseur. L’inceste à cause du lien créé

S : Le traumatisme n’est pas seulement lié au corps. Lié à l’histoire humaine, dans le désir oedipien adorer son père : dans l’inceste agi, ce n’est plus ni le désir, ni le plaisir. Ce sont des luttes de pouvoir. L’inceste touche au fondement de la civilisation. Aspect anthropologique et politique dans l’inceste qu’on oublie souvent en psychologie

M : on ne peut pas construire une société sans règles

S : le film allemand « la vie des autres

C : s’approprier une nouvelle lecture de sa propre histoire… avoir une lecture de sa propre histoire

V : être compris tout à fait : avoir miroir important le fait que vous ne soyez pas victime, un miroir différent. Le fait que vous ne soyez pas victime, nous oblige à mieux nous exprimer et explique r et traduire au plus juste. Une certaine solidarité s’est manifestée par des paroles. Aide mutuelle des participants

S : j’ai dû faire cet effort, j’ai dû avoir une attitude flottante, car je ne suis pas victime, mais je suis dans le groupe. Cela a-t-il été porteur ?

I : Vase clos de victimes d’inceste, c’est stérile. Ça a été évoqué.

M : Dans ce domaine, il n’y a pas de bonnes solutions, la pluralité a des limites, il faut que les gens extérieurs, sensibilisés à l’écoute.

C : Transmettre que ce vécu ne soit pas vain : que l’autre puisse se

S : Comment se traduit le don de moi ?. Mon intérêt est lié au meurtre, la torture, il touche à la culture, comme tout interdit fondateur. Quand des interdits fondateurs sont touchés cela conduit à des états limites, les déportations, l’oubli du corps, la torture, la sexualité, la mort, on n’est plus dans le traumatisme personnel mais dan un traumatisme de l’espèce en milieu dictatorial.

Ça crée une forme « d’espèces différentes » ! Cela joue en la défaveur des victimes. Attention ! les victimes d’inceste font partie de l’humanité et en même temps s’en détachent ! c’est l’opposé de la continuité de l’espèce.

Il y aura un retour en entretien oral. Les ateliers retranscrits seront mis sur le site après la soutenance de ma thèse.