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Le consentement (supposé) de l’enfant à l’inceste

Le consentement (supposé) de l’enfant à l’inceste / Parts et conséquences transgénérationnelles dans la problématique incestueuse 

Soraya Minot psychologue s’est appuyée pour introduire cet atelier sur le chapitre 5 de l’ouvrage : Honte, culpabilité et traumatisme – de Ciccone A., Ferrant A. ­ Dunod ­ Paris 2009

De quelle façon l’enfant devenu adulte a-t-il le sentiment de consentir à l’agression sexuelle qu’il a subie ? Ce fantasme de consentement donne lieu chez les adultes que nous sommes devenus à des mots comme :

Ce qui m’est arrivé est normal puisque je l’ai provoqué, j’ai laissé faire, et cela s’est répété. Ce qui m’est arrivé est normal puisque je n’ai pas su dire « non ». Ce qui m’est arrivé est normal puisque je n’ai pas résisté, j’ai eu du plaisir et je n’ai pas parlé. Ce qui m’est arrivé a provoqué honte et culpabilité.

Nous voyons à travers la lecture du texte et la mise en relation avec nos expériences personnelles, que la culpabilité actuelle de la victime d’inceste s’enracine dans des scénarios reconstruits où le sujet se désigne comme coupable du traumatisme subi ; coupable d’être traumatisé ; ce qui semble paradoxal et morbide. Cependant, ce fantasme de culpabilité a une fonction très importante dans le processus de reconstruction, celui de faire passer la personne du statut de victime au statut de sujet ; sujet, c’est-à-dire personne active qui a pu provoquer quelque chose, sujet parce que en étant coupable, je m’approprie ce qui m’est arrivé de l’extérieur, je prends l’ascendant sur une destinée sidérante. « Le fantasme dramatisant la culpabilité visera ainsi à ce que ne soit pas trop accentué l’aspect traumatique du traumatisme » (page 98).

Or la conduite des personnels soignants consiste souvent à déculpabiliser (de force?) les victimes « Vous n’y êtes pour rien… ». Mais « le sujet tient, lui, à y être pour quelque chose » afin de pouvoir s’approprier une histoire qui est traumatisante aussi du fait que les choses se sont déroulées à son insu. Une forme de piège pulsionnel a enfermé la victime dans le silence de la sidération et de l’incompréhension. C’est donc à la victime d’accéder à l’innocentation par un long travail psychique qui consiste d’abord à vivre le sentiment de culpabilité « jusqu’au bout ». On n’innocente pas une victime, elle passe par le processus de culpabilisation qui est la condition d’appropriation de son histoire, phase indispensable pour accéder à l’innocentation, c’est à dire la réhabilitation de soi par soi, la certitude ancrée dans un ressenti très intime de son innocence ; ce sont aussi des retrouvailles avec une virginité volée. En se jugeant coupable, « on s’attrape par le col, on se coltine à soi-même », et on traverse ainsi la perte, le manque et la solitude absolue ; on échappe à la désintégration traumatique. Mais la victime a néanmoins besoin d’un objet bienveillant et empathique (le soignant) pour éviter l’impasse mélancolique d’une culpabilité écrasante dont on ne sort pas seul(e). La honte est, dans cette organisation fantasmatique de la culpabilité, une crypte de jouissances secrètes, un espace mental de jouissances inavouables, dans lequel le sujet va puiser pour donner au traumatisme une forme reconnaissable. C’est à dire qu’il s’agit de trouver du terreau pour alimenter la culpabilité. C’est ainsi que les fantasmes de culpabilité se construisent aussi grâce à un travail de la honte pour aider à sortir de la sidération traumatique. Chaque membre de l’atelier parlera de sa traversée du plaisir, de la honte et de la culpabilité. Coupable d’être jalouse d’une sœur dont le mari est l’agresseur, coupable du plaisir que l’on prend, honte des mots de l’agresseur qui « accuse la victime d’y prendre plaisir », honte d’une mère qui n’a pas protégé, une mère qui se tait, honte d’un père, d’un frère ou d’un beau père obscène et d’une mère qui laisse faire, coupable de n’avoir rien dit, d’avoir aussi « laissé faire », etc. Les cumuls de la honte et de la culpabilité paraissent sans fin et perturbent les fondements de la représentation (humaine) de soi. Ces sentiments, ces élaborations extrêmes sont épuisantes et participent des situations dépressives très invalidantes pour notre vie quotidienne à chacun et chacune, elles font violence au psychisme mais sont selon les auteurs de l’ouvrage en référence, des traversées nécessaires et préférables à la « néantisation » provoquée par le traumatisme. Si « tout enfant se croit phallique », c’est à dire tout puissant, la famille incestueuse ne le contredira pas, elle ira dans le sens de ces pulsions sans barrage symbolique, sans pensée, l’agresseur va entrer dans le psychisme de l’enfant par la voie pulsionnelle ; l’enfant sera pris au piège de ses propres pulsions. L’enfant devient ainsi objet de jouissance et de haine parce que le sentiment, l’amour, suppose une différenciation, une entente, c’est à dire une compréhension de l’autre comme différent de soi. Or, dans les familles incestueuses le travail de séparation ne se fait pas, toutes les parties de la famille sont mêlées dans une sorte de fusion régressive archaïque, où l’enfant sera « avalé » par les siens, remis dans la position du « non être », « non pensant ». Difficile dans ces conditions de se construire une identité sociale.

Nous en venons à l’observation que dans leur vie quotidienne, les personnes victimes d’inceste ont souvent une relation compliquée à l’argent, une relation d’échec. Or l’argent est précisément l’élément symbolique marqueur d’identification sociale et de séparation, l’agent de neutralité contractuelle dont l’enfant a manqué pour se désolidariser d’une famille incestueuse et grandir pour lui-même et par lui-même. On peut donc imaginer que l’argent soit pour les victimes d’inceste un graal ambivalent, à la fois symbole d’autonomie mais également fruit défendu comme marqueur de rupture, de coupure d’avec la famille. Le passage par la culpabilité est long et très douloureux, il ne peut se faire seul(e) et tous les soignants ne sont pas compétents pour le mener à bien avec nous. Ce qui est en jeu dans ce travail, c’est la coupure avec une force destructrice qui nous dépasse et qui dépasse largement la seule personne de l’agresseur (qui concerne toute une constellation familiale). Ce qui est en jeu, c’est l’édification de soi par l’appropriation de son pouvoir d’être, sa capacité à devenir sujet de son histoire. Tout le travail consiste donc à produire une coupure, pour provoquer une émancipation des forces morbides qui nous ont aliénées.

Ferenczi parle dans « La confusion des langues » du travail de parentalisation de l’enfant. L’enfant est mis à la place du parent, les rôles sont mélangés, échangés, sortir du traumatisme serait donc devenir enfin adulte, c’est à dire non pas une parentalisation factice et une innocentation forcée de l’extérieur, mais plutôt retrouver un état d’innocence, par un travail psychique d’innocentement, qui permette de retrouver l’enfant en soi et que les adultes que nous sommes devenus puissent enfin protéger et faire grandir cet enfant en nous-même.

 

Commentaires de Soraya Soraya de Moura au compte rendu de l’atelier

*A la quatrième ligne du dernier paragraphe je propose « position d’innocence » au lieu « d’état d’innocence ». Cf. Ciccone, 2009). Cette position implique un travail psychique d’élaboration.
*Aussi, je rajouterai que l’enfant s’appuie sur certains aspects (ses ressentis) pour construire son « fantasme de culpabilité ». Ses aspects sont surtout liés à ce qu’il peut comprendre de ses propres pulsions sexuelles d’enfant (lorsque sa personne souhaite de la tendresse dans un corps à corps avec un adulte aimé). Le désir incestueux n’est pas interdit (c’est dans sa famille que l’enfant rencontre ses premiers objets d’amour) ce qui est interdit c’est le passage à l’acte incestueux. La culpabilité consciente après un traumatisme sexuel se connecte toujours à d’autres culpabilités anciennes, plus au moins inconscientes, et se référent surtout à des désirs incestueux (banaux) de l’enfant.
*Vis-à-vis de son degré d’implication dans la scène incestueuse (sensation d’avoir participé, d’avoir été actif, d’avoir engagé affectivement, etc.) l’enfant n’a certainement pas initié, malgré toute apparence, une activité sexuelle proprement dite. Sa maturité psychoaffective, son degré de développement d’enfant, ses connaissances, ne le permettent pas d’appréhender aussi précocement, tous les aspects inhérents à la sexualité adulte que l’agresseur propose ou impose. L’enfant peut être séducteur (dans le sens freudien d’enfant pervers polymorphe, dirigé par ses pulsions sexuelles et/ou agressives) mais c’est l’adulte qui interprète son mouvement de séduction comme une invitation à l’activité sexuelle, complète ou pas. (« Oh! C’est peut-être moi qui a cherché…).
*L »enfant aime l’interaction physique, chaleureuse et affectueuse avec les adultes qu’il aime et des facteurs comme son manque de maturité, sa curiosité sexuelle infantile, ses besoins (parfois carences) affectifs, peuvent le conduire à participer (à des degrés variés) à une interaction sexuelle avec un adulte. D’autant plus que « qui ne dit mot consent ! » Cet élément ne doit pas être négligé lorsque l’adulte ancienne victime essaye de comprendre son sentiment d’avoir été consentant.
* Les failles dans le symbolique rentrent aussi en compte : on peut tout à fait concevoir que si l’enfant ne se représente pas ce type de sexualité comme un interdit (il n’a pas encore introjecté les interdits, ou alors de façon bancale) comme un danger ou une agression (contexte de séduction, de douceur, etc.) il sera plus facilement conduit à participer activement aux interactions sexuelles avec l’adulte. (Conduite sexualisée)
*Parfois, le sentiment de culpabilité de l’enfant vise à rendre l’agresseur « moins coupable » et lui attribuer, un tant soit peu, un statut d’humanité face à la déshumanisation des actes incestueux. Ce processus est, la plus part du temps, inconscient, et vise sauvegarder chez l’enfant son sentiment d’appartenance au monde des humains, faute de quoi, la sensation de vide l’anéantirait. L’enfant a besoin « d’être aimé par » et d’aimer sa proche parentèle, cela renforce son sentiment d’affiliation. Cet aspect est mis à mal dans l’inceste.
*Une question se pose:  » L’enfant dans sa quête affective de tendresse réactiverait l’infantile d’un adulte resté affectivement immature? S’exposant ainsi à la confusion des places (enfant/adulte) de la scène incestueuse?
*Le paradigme thérapeutique concernant cette problématique spécifique de la culpabilité vise surtout le dégagement de la relation d’emprise (la fin des agressions ne coïncidant pas avec la fin de l’emprise), la séparation des espaces psychiques (moi/l’autre, dedans/dehors) et la compréhension du mouvement d’appropriation de la culpabilité (pourquoi, comment, quand je me suis senti coupable?).
Définition psychanalytique importante lors de cet atelier: Identification : Assimilation inconsciente, sous l’effet du plaisir libidinal et/ou de l’angoisse d’un aspect, d’une propriété, d’un attribut de l’autre, qui conduit le sujet, par une similitude réelle ou imaginaire, à une transformation totale ou partielle sur le modèle de celui auquel il s’identifie. L’identification est un mode de relation au monde constitutif de l’identité.

Transcription de l’atelier du 29 novembre 2014

Soraya : Aujourd’hui, nous commençons à réfléchir sur la problématique autour de la question du consentement et je voudrais vous donner un texte : avant d’aborder la thématique pour qu’on puisse retrouver à travers votre expérience à vous, retrouver des éléments dans le texte pour une réflexion.

C’est une phrase que vous allez compléter sur le papier que je vous distribue, « là où je me suis senti (e) consentent(e)…

Nelly : Je ne comprends pas ce que tu attends, qu’est-ce qu’il faut faire faire …

Recherche collective de la définition Arevi de l’inceste : « l’inceste existe lorsqu’une conduite à caractère sexuel est imposée à l’enfant à son insu, par une personne de la famille ou proche de la famille avec ou sans contact physique, qu’il soit consentant ou pas, et que cela arrive une ou plusieurs fois. Si votre expérience, ressentie, présumée répond à cette description, vous êtes victime d’inceste. »

Soraya : il y a des situations où l’enfant ne se retrouve pas

Jacques : Une fois que la sidération a eu lieu, l’enfant, il ne peut plus rien faire…

Nelly : C’est compliqué d’accoucher de ça ! c’est douloureux !

Soraya : Je lis à voix haute vos réponses : « Là où je me suis sentie consentante….

  • C’est d’avoir accepté la répétition d’une situation que je provoque
  • c’est quand j’ai été incapable de dire non, alors, j’ai laissé faire !
  • J’ai ressenti une énorme honte mêlée de culpabilité

–          Parce que je n’ai pas résisté, parce que j’ai eu du plaisir alors, je n’ai rien dit

Recueil collectif des mots des participants  : Plaisir, pas résisté, ne rien dire, laisser faire, provoquer, répétition, honte, culpabilité, incapable de dire non,

Jacques : Pour moi, c’est être aimé de l’autre, ne pas risquer le rejet du fait que je dis non, je n’avais pas trop le choix.

Soraya : On passe sur quelque chose de plus théorique pour qu’on place les mots qui ont été dit. Le texte est extrait du chapitre 5 « Traumatisme, travail de la culpabilité et travail de la honte » in « Honte, Culpabilité et traumatisme » Albert Ciccone, Ferrant A., Paris Dunod, 2009.

Soraya : A partir du texte lu et des éléments récoltés en début de séance, qu’est-ce qu’on peut trouver comme élément da ns ce texte… qu’est ce que vous avez trouvé ?

Jacques : dans le texte, j’ai retrouvé ce qui m’est arrivé, cette honte, cette culpabilité, ces pulsions inavouables et j’ai découvert un mot jamais entendu : « l’innocentation »

Soraya : Quand on reçoit quelqu’un qui va parler d’un inceste subi, le psy va essayer d’aller vite en essayer d’innocenter la personne ; alors le sujet ne pense plus, ne dit rien, c’est une répétition de ce qu’il a vécu. Le travail psychologique consiste à ce que le sujet s’approprie son propre traumatisme. Le consentement, il faut qu’on en discute, après une période d’abus, elle (la victime) cherchait là où elle s’est sentie consentante. Quand on veut imposer à quelqu’un qu’il soit innocent… c’est une forme d’’emprise. Ceci est à la base de notre réflexion, une fois que l’enfant a vécu ça, il y a une identification projective à l’abuseur.

Nelly : extrajection ? c’est ça ?

Soraya : identification projective à l’abuseur, l’enfant introjecte l’abuseur en lui.

Mireille : moi, ça me gêne les mots «  fantasme de culpabilité » pour moi c’est une réalité de ce que je ressens.

Soraya : le fantasme est une construction psychique. L’enfant se pose des questions : qu’est-ce qui se passe dans le lit des parents ? Pourquoi, ferment-ils la porte ? Freud a dit que la pulsion de savoir existe chez tous les enfants. Tout enfant a besoin de savoir. Le fantasme est la réponse que l’enfant se construit. Il devient coupable lui-même.

Nelly : un tournant dans mon analyse à 32 ans, j’ai pris conscience du plaisir que j’avais ressenti avec mon père. Le plaisir est devenu « pensable pour moi, » donc, j’étais active ; c’était paradoxal. La honte et la culpabilité étouffaient totalement le plaisir. La conséquence : j’étais active. Je devenais le sujet actif, j’ai compris ! ça a été un ressenti presque physique

Soraya : Notion de plaisir ? la prise de conscience est venue après le travail d’analyse ? le plaisir était resté inconscient jusqu’à 32 ans ?

Nelly : je ne l’avais jamais dit, jamais formulé, j’étais écrasée par le plaisir ; quand j’ai pu le dire, j’ai pu le ressentir, le plaisir faisait un amalgame avec des sensations de honte, de peur, de culpabilité.. J’ai pu commencer à organiser quelque chose, ça veut dire que mon corps était actif, de quoi ai-je souffert ? Les sensations ont défusionné.

Soraya : la position d’innocence… , si on t’avait innoncenté, tu n’aurais pas pu en parler

Nelly :le problème avec ma psy actuelle, c’est qu’elle est très maternante, montrant une compassion permanente, on a besoin de ne pas subir, d’avoir, cette solitude avec quelqu’un qui me renvoie à moi-même, quelqu’un qui est toujours dans l’innocentation forcée. Celui qui écoute ne supporte pas du tout ce qui est de l’inceste et du domaine de la sexualité… Souvent le groupe de parole me permet de mieux parler qu’avec le psy.

Soraya : le travails d’analyse devient intéressant quand on commence à travailler aussi avec l’inconscient de l’analyste.

Nelly : oui, elle est capable d’entendre !

Soraya lit : ( 1er para 1ère page) on observe d’abord une culpabilité actuelle, post-traumatique : culpabilité de ne pas avoir pu éviter le traumatisme, d’en être à l’origine. Cette culpabilité est consciente. Elle se connecte à d’autres culpabilités plus anciennes, plus ou moins inconsciente ». La clinique d’un traumatisme sexuel est vraiment un moment … autres culpabilités de l’enfant commencent très jeune… dès le stade de bébé. La maman qui change la couche, qui met de la pommade, Il faut donc aller plus loin dans : l’enfant existe avant l’inceste ; il faut se connecter avec cette culpabilité d’avant l’inceste ; la plupart des victimes ont besoin de ce travail qui a fait des dégâts partout, en famille, chez les amis, dans le monde familial, social et professionnel.

Soraya : Nelly avait dit : je préfère que nous, on parle nous-mêmes.

Mireille : je veux bien rebondir. Dans première étape, la psy m’a vraiment « fait sortir les vers du nez », tellement j’étais incapable de mettre en mots, ce qui m’était arrivé. Mille fois, elle m’a répété : Non, Mireille tu n’es pas coupable » puis quand l’analyse s’est arrêtée, pour cause de déménagement, elle m’a dit  ; on en a assez parlé ! vous pouvez vivre votre vie ! Puis une seconde tranche d’analyse, avec une femme qui me touchait tellement elle était respectueuse, m’a parlé du plaisir ressenti avec mon abuseur. Alors je suis sortie de la souffrance… Après 5 ou 6 ans du travail précédent où j’ai vécu une innocentation imposée. Ma question : qu’est-ce qui fait que ça m’est arrivée ? Pour moi, ce texte est rassurant. J’ai fait une thérapie de couple avec un psychanalyste homme ; mon mari a été vu comme un héros… de vivre avec moi. Un jour, le psy a dit « mais vous en êtes en encore là ? » Il n’a rien compris ! j’ai envie de lui écrire ; dans l’association je suis la séniore, il n’y a pas tellement d’autres personnes de mon âge

Jacques : qui est persisté dans le travail de l’association ?

Mireille : j’entends : ce n’est plus à mon âge que je vais faire ce travail … le fruit du travail psychanalytique qui nécessite de vivre sa culpabilité jusqu’au bout

Soraya : vivre avec moins de souffrance possible,

Mireille : la culpabilité, c’est le propre du vivant humain

Jacques : c’est tellement fort, cette idée qu’il faut arrêter d’être coupable … Le névrosé se sent coupable, le psychotique, le pervers ne ressentent pas de culpabilité. Ils n’ont pas une structure psychologique leur permettant de se remettre en question.

Soraya : vivre jusqu’au bout…

Mireille : c’est libérateur…

Soraya : Si on te dit que tu en as assez parlé, que tu n’y étais pour rien…

Nelly : avec ce genre de simplification, on fausse la réalité ; mon père entrait dans ma chambre, il me caressait, je jouissais j’étais terrassée … mes propres jouissances me terrassaient, la vraie nature de mon drame. Ce n’est pas un père fasciste ! si ! de façon invisible ! … le rôle de la mère … rendre la victime sujet de son traumatisme, alors on n’est plus enfermée dans uns crypte, on élabore et on construit. Si la mère… ne rien voir… ne rien dire, si l’enfant suppose que la mère va prendre des mesures, elle va divorcer, chercher une thérapie familiale, aller à un poste de police … rien !

Nicole : cette notion de plaisir, je l’ai eu longtemps en moi, sans le dire. Quand je l’ai entendu pour la première en Groupe de parole, ce fut un soulagement. Mon abuseur m’a dit : tu t’es bien déjà caressée. .., la masturbation…. j’ai mis longtemps d’aborder en psy ; courage fuyons ! la psy changeait de conversation : vous travaillez en ce moment ? L’inceste entre frère et sœur, âgée de 5 ans de moins ; cette forme d‘inceste met encore plus mal à l’aise les psy … C’était compliqué, mon frère est un être de que j’ai aimé, nous sommes issus du même père et de la même mère.

Soraya : l’inceste fraternel est peu « raconté ». Au niveau de ma recherche biblio, lors de ma thèse, j’ai trouvé très peu d’articles ; Philippe Gutton a écrit « le pubertaire » Il considère l’inceste fraternel comme quelque chose qui va donner à l’âge adulte des créations artistiques… il considère que ce sont des jeux sexuels ;

Nicole : par rapport à l’entourage, j’ai entendu : c’est son frère, c’est moins grave !

Nelly : c’est ne rien comprendre de l’inceste, des violences familiales, qui se reporte sur le plus faible ou le plus jeune, par ex Ph de Villiers qui raconte comment dans sa structure familiale, il a été victime d’un frère aîné. Ça questionne la place de chacun dans la famille ; c’est scandaleux !

Jacques : pour les protagonistes, ils ne vivent pas ça comme inceste !

Soraya : Ph Gutton, je l’ai trouvé très machiste. Il cite des auteurs et des peintre hommes avec leur sœur… la sœur la petite fille se construit, arrive à l’adolescence, avec ce travail de passivation, pour découvrir ses orifices, sa jouissance, entraînant plus tard un rapport égal avec son amoureux. L’écrivain n’aborde pas son récit sous l’angle de la femme abusée. Il n’aborde que des hommes créateurs. Pour Ph Gutton, l’inceste fraternel loin d’être traumatique, donne lieu a des sublimations sous forme de créations.

Nicole : dans de nombreux textes littéraires on y trouve des incestes fraternels ! et aussi les mythes fondateurs …

Jacques : j’ai rencontre une psychanalyste qui a contesté l’idée du délit de l’inceste. A la dernière séance (la 3ème), j’ai rapporté le texte pénal, elle a dit « oui dans votre cas, oui effectivement ! «

Jacques : en fait, c’est moi qui la psychanalysait !

Clémence : les première fois, j’ai pensé que c’était normal, l’approche sexuelle avec des cousins, des frères ; je n’ai pas eu de honte ! le premier frère avait 20 ans et moi 12. Puis mon beau-frère. Mon frère disait que tout était normal. J’étais plus jeune, or, il était plus âgé, mais alcoolique. Je lisais ! de Huguenin une histoire d’amour. Je disais : « C’est un amour que j’ai pour toi, l’acte sexuel, c’est une forme d’amour. Il ya plein d’histoires dans la littérature. Aussi, au début dans mon histoire, je n’ai pas ressenti de la honte.

Soraya : A quel moment as-tu pensé que ce n’était as normal ?

Clémence : quand je suis sortie de la famille à 25 ans, j’ai effacé tous mes souvenirs. Mon frère aîné m’a dit avec ton frère « c’était pas grave ». Position pas claire dans la famille. J’étais avant mon âge ! Une enfant adultisée ! et pourtant encore enfant !

Soraya : quand j’ai vu votre association, « association de recherche, ça m’a attirée et j’ai vu que vous recherchiez des bénévoles. Je vais sans doute vous choquer… comment vous entendez cela : dans le cas d’inceste fraternel, les deux protagonistes sont tous les deux victimes ; il y a quelque chose qui ne va pas dans le symbolique. Comment vous entendez ça ? ça fait mal ?

Nicole : oui, ça fait mal ! ce n’est pas l’être tout noir, pervers, j’ai eu comme abuseur. Quans j’a entendu : « votre frère est coupable aux yeux de la loi, ça m’a m’a fait du bien »  ; oui, nous sommes victimes, peut-être, est-ce pour cela que je n’ai pas engagé de procès ?

Jacques : il n’y a pas une forme d’inéluctibité ; l’affectif qui a besoin de s’exprimer. Qu’est-ce qui d fait que dans une famille ça arrive ou pas ? des enfants ensemble, dans le huis clos de la famille, des amours frustrées, des manques, s’il n’y a pas de cadre… on se laisse glisser, c’est pas très grave, si la personne victime ne dit rien, c’est que tout va bien ! j’ai fait de la thérapie pour transcender ce problème… s’il manque des éléments fondamentaux…

Soraya : ces éléments fondamentaux sont le rapport à la castration… le sujet peut se concevoir comme ayant de limites à la réalisation de ses pulsion ? l’enfant est pervers polymorphe (cf. Freud), En effet, l’enfant, à la naissance crie et on vient combler ses désirs. Le rapport à la castration change vers 3 ans, quand l’enfant commence à comprendre l’idée du NON. L’enfant ne veut pas entendre non, cela le met dans un état de colère. Par exemple : il veut tirer les cheveux à un autre enfant, le maître dit non, c’est une frustration mais en compensation sociale, il deviendra ami avec l’enfant. Jusqu’à la fin de notre vie, on a des pulsions agressives compensés par des gains sociaux. Rapport au symbolique ; le NON est déjà dans le langage ; l’enfant n’a pas tout a fait compris, mais le pervers, sait qu’il y a non ! Le psychotique est collé à l’objet, mère, père… il faut que quelqu’un « barre » la jouissance, c’est que dans cette famille incestuelle, ça n’a pas été barré : il se permet toute jouissance. Il reconnaît comme un objet lié à lui-même. Haine envers cet objet non séparé de l’autre

Jacques : comprensation sociale ?

Soraya : il aura un copain pour jouer, toute personne est en quête d’amour.

Jacques : l’éducateur doit assumer d’imposer la limite et de compenser par une récompense.

Soraya : psychotique frustration trop brutale. La maman psychotique peut tourner le dos à son enfant, c’est choquant pour le soignant qui observe. Elles passent du tout au rien. De grands moments de tendresse… où elle embrasse son enfant sur la bouche.
Jacques : l’enfant qui en fait une stratégie et maintient sa pulsion peut-il devenir un incesteur potentiel ?

Soraya : Les pervers fonctionnent Ils sont plutôt brillants en société.

Nelly : la compensation à la perte de jouissance de la toute-puissance, c’est : tu défusionnes : tu vas devenir quelqu’un d’autre ; l’enfant à la sensation d’une construction des soi.

Jacques : dans la famille de mon père : pauvreté, famille nombreuse, guerre et traumatisme ; malchance. Ma grand-mère a travaillé dur…

Nelly : crypte  … la honte produit une crypte dans l’espace mental

Soraya : les mères qui n’ont pas pu être protégées durant leur enfance sont très dépendantes de l’homme

Jacques : ma mère pour pouvoir exister a déifié sa propre mère et elle a attendu que ses enfants la déifie. Mais ils ont refusé la puissance de la mère. La mère, elle se soumet à tout ce que le mari veut.

Soraya : les enfants ne sont pas des sujets

Jacques : ma mère a construit du matériel…

Soraya : l’anthropologue Dorothée Dussy a dit que «  c’est trop exiger des mères qu’elles protègent leur enfant ?

Soraya : par rapport à ce qu’a dit Clémence, il y a beaucoup d’enfermement dans la famille.

Clémence : j’ai toujours cru que c’était mon père  le responsable; ce que j’ai su après, en se mariant ses parents l’ont rejeté de leur famille.  les parents, je pense que c’était une famille enfermée, cela a dégénéré à l’adolescence quand j’ai voulu sortir du cercle familial. Vers 11-12 ans

Soraya : « le pubertaire » livre sur l’adolescence renvoie au pubertaire des parents, c’est-à-dire le rapport à la castration

Nelly : une mère soumise à un homme, quel désir à-t-elle ? La femelle était « barrée », elle surinvestissait le matériel. Quand on est dans une espèce de compensation, on garde ce qui est fonctionnel et sensuel. Si une fille arrive à la puberté, elle est donnée au père. Ma mère est dans ce don de sa fille, à son mari, elle avait son fils. Mon frère aujourd’hui a 42 ans, et il vit seul. Il ya toujours eu une rivalité avec ma mère, elle m’attaquait sur mon physique, quand j’étais jeune.

Mireille : a quel moment as-tu dit à ta mère ?

Nelly : à 20 ans, je lui ai dit, mon frère avait 12 ans. Ce qui correspondait à l’âge des abus par mon père. Elle m’a dit : à cet âge-là…. N’oublie pas que tu étais presque adulte quand c’est arrivé ! iln’y a pas eu de suite… Elle m’a chassé ce jour-là, quelques temps après ! Elle a reconstruit la réalité. Mon père avait une maîtresse et j’ai quitté la maison, dans son fantasme, trop violent… après elle a essayé de reconstruire, j’ai été prise dans un attentat à la bombe, … elle a entendu mon nom. Elle est venue chez moi, on a renoué sur un fait violent ! c’est une femme qui est dans la maîtrise !

Soraya : «  on ne naît pas femme, on le devient » S de Beauvoir. A la naissance, l’enfant ne reconnaît pas la différence de sexe. Tout enfant se croit porteur d’un phanllus, c’est-à-dire un pouvoir, une puissance. La petite fille peut d’identifier à une mère féminine bien dans sons corps, dans sa sexualité à qui le mari dit «  cette petite robe te va bien ! » Si les mères n’ont pas été aimées par leur propre mère… la féminité se construit sur un déni. Importance du transgénérationnel

Mireille : Je me sens très bancale ; je suis victime d’un inceste fraternel, le mari de ma sœur. Je suis dans la confusion… Ma sœur s’est beaucoup de moi, car ma mère était déprimée. Ma sœur, j’étais contente qu’elle se marie. A un atelier organisé par arevi sur le thème « tout sut sur ma mère », je n’ai parlé que de ma sœur. Je n’ai jamais parlé de ma mère, on aurait dit que c’était moi, la séductrice ; je me souviens d’un amoureux, je disais à ma sœur : « Il n’est pas à toi, mais à moi ». Ma sœur a construit un famille, c’est la catastrophe… sœur décédée aujourd’hui… a eu un fils préféré qui ne se remet pas de la mort de sa mère … cet inceste va perdurer et il se trouve que la mère de mon mari est enterrée avec son fils, le frère de mon mari. Les tombes, ça va rester ! comme preuve inceste « mère-fils »familial.

Soraya : sauf si on en parle. Comme se fait-il qu’ils sont ensemble ? … pour l’éternité

Mireille : quand j’ai dévoilé mon traumatisme à ma sœur, elle m’a dit « je m’en doutais ! »c’était une famille fermée, sans amis, dans laquelle il ne fallait rien dire, il fallait e taire… il y a un des fils qui a sombré dans l’alcoolisme. C’est tordu ! Qu’est-ce qui fait que ça s’est développé comme ça… c’est ma sœur ? c’est ma mère ?

Jacques : est-ce que deux frères qui se marient avec deux sœurs, est-ce incestuel ?

Soraya  : Françoise Héritier a écrit : « les deux sœur et leur mère » : inceste du 2ème type ; les humeurs corporelles, dans ce mélanges des humeurs, c’est ça l’horreur ! l’interdit, des humeurs des deux sœurs via le même homme

Nelly : rapport à l’argent ? compliqué, douloureux marque une coupure entre deux personnes casse la fusion. Rapport toujours douloureux, à l’argent chez les victimes .

Soraya : par rapport au symbolique. Si on dit à un enfant je n’ai pas d’argent ! l’enfant répond : oui mais tu as ta carte bleue ! Les victimes peuvent être des personnes qui vont dépenser, qui ne savent pas tenir avec ce qu’elles gagnent. C’est le rapport au symbolique qui ne fonctionne pas !

Jacques : c’est un thème important !

Nicole : chaque fois que je rendais un service mon père me donnait de donnait de l’argent. Tout s’achète.  « Qu’est-ce que ce tu veux que je t’achète ?  ». J’ai répondu un chien. J’ai eu un chien.

Mireille : acheter l’affectif.

Soraya : des pères ont donné de l’argent pour que l’enfant ne dise rien.

Jacques : ma mère m’a rendu visite. Elle m’a amené un chèque : 500 € avec une bouteille de champagne. J’en ai déduit la valeur de mon traumatisme

Soraya : on approche de la fin… On essaie de retenir les idées qui peuvent être aidantes autour du consentement. Différencier « innocentation » et la « position d’innoncence », C’est une construction du sujet ; ce n’est pas un autre qui innocente.

P 98. En Conclusion « Ces fantasmes ont une double fonction : d’une part, atténuer l’impact traumatique du traumatisme (le sujet devenant actif là où il subit passivement) et, d’autre part rendre possible et rendre compte d’un mouvement d’appropriation (le sujet devenant sujet d’une histoire étrangère qui s’impose à lui)

Ces mouvements sont importants, l’identification projective , s’identifier à l’abuseur. On aimerait que l’abuseur se sente coupable

Mireille : Pourquoi faut-il sauver l’humain dans l’abuseur ? Garder l’idée que l’abuseur est humain mais si ce qu’il a fait répréhensible

Jacques : Il était inenvisageable de quitter la pièce, impossible de fuir. Cet acte avait un caractère pédagogique ; j’avais dit à ma mère que j’avais des « écoulements » , elle l’a répété à son mari qui s’est mis en devoir de m’apprendre la masturbation. C’était pour mon bien, parce qu’il m’aimait. Je n’allais pas lui dire que je ne voulais pas cela !

Nelly : on a besoin de restaurer l’humain

Jacques : en face d’un inhuman, je me sens inhumain

Nelly : il faut passer par-dessus l’humain

Mireille : c’est ce qu’on appelle le pardon ? Niki de saint Phalle, a écrit qu’elle avait dû pardonner à son père pour se sentir mieux. Comment reconnaître l’humain dans la personne qui m’a fait mal … je voudrais le tuer.

Soraya : trois interdits fondamentaux : interdit de l’inceste, de meurtre et de cannibalisme

Jacques : Si on introjecte trop, on devient abuseur. Si on vient au GP, c’est pour se libérer

Nelly : dans « la confusion des langues », Ferenczi écrit : Devenir le parent de son parent, pour réintégrer sa place d’adulte. « Don et pardon » de Mauss ; ce qui permet d’être dans la société des humains. Dons et dettes ; on peut le faire que s’il y a eu une conscience … J’aurais voulu que mon père reconnaisse ses actes. C’est à lui de se réintégrer, pas à nous !

Soraya  : Au dernier groupe de Parole où ont été évoqué les souvenirs de Noël. J’ai parlé de s’appuyer sur l’enfant avant l’inceste ….sinon, on ne tient pas debout !

Jacques : le pardon est encore un autre thème

Mireille : pour revenir à l’argent, il ya eu un atelier avec Dorothée Dussy, sur le thème du rapport à l’argent (voir le site)

Soraya : c’est dommage de ne rien faire de ce corpus.

Nelly : à propos de micro-don je n’ai as encore eu le temps ni l’énergie pour écrire un texte

Soraya : j’ai rencontré trois femmes qui ont dit : l’inceste, ça a été quelque chose que j’ai vécu, sans tout ça , je n’aurais pas construit tout ce que je j’ai fait. Ce sont des femmes extraordinaires. Quelque chose de très dur à vivre, participe à une construction personnelle très belle.

« Nous fermons dans 5 minutes »

Nicole : je ne suis pas d’accord avec ça. On ne sait pas, on n’a pas le choix

Jacques : C’est quand j’ai des problèmes, que j’avance. Quand tout va bien, je me laisse vivre ! en général quand il y des pb, ça bouge !