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L’argent (1)

ATELIER : thème sur L’ARGENT le 04/04/2015

L’objectif de cet atelier de réflexion, c’est de permettre de penser, examiner et réfléchir autour de certains thèmes liés de façon plus ou moins évidente à l’inceste.

Soraya : Que représente l’argent dans notre vie , l’image qu’on en a ? …ou une pensée , que vous
avez , par rapport à l’argent …
Soraya : Comme à chaque fois je vais lire tout ce qui a été dit par rapport à l’argent , les différentes
réflexions , les présentations , et après , j’ai préparé aussi un texte , on va reprendre à la lumière de
ce que vous avez dit , on va essayer de comprendre certaines dimensions à travers le texte :

Soraya : ( lecture des petits papiers sur lesquels chacun a noté des réflexions sur le thème )
L’argent représente l’indépendance, l’argent représente l’autonomie , il laisse en ce sens une liberté ,
mais c’est important de vérifier que je peux être le plus libre possible envers lui ; c’est à dire pouvoir
être bien , avec peu d’argent , afin de ne pas dépendre de lui . L’argent , c’est un des moyens pour
être en sécurité dans ma vie quotidienne , par rapport à ma famille , … … compenser des manques
par l’argent , ou des moyens de pression . L’argent , je ne sais pas compter , je trouve simplement
que ma vie de victime m’a coûté trop cher en thérapies diverses , ce n’est pas juste .
L’argent c’est une obligation, un moyen pratique , quelque chose , un lien avec le pouvoir , mon
imagination est assez bloquée par rapport à ce thème .
L’argent est une énergie que je ne maîtrise pas .
On a des thématiques autour de la liberté et de l’indépendance ; moyen de sécurité quotidienne ,
autonomie .Lié au pouvoir . Pas de maîtrise.
Soraya : l’argent est un objet de réflexion multi-disciplinaire : il y a des anthropologues , des
sociologues , des psychanalystes , qui s’ intéressent à la thématique ; plus les personnes qui
travaillent directement avec l’argent , mais je n’ai pas abordé cette question , j’ai abordé l’approche
anthropologique , sociologique , psychanalytique dans ce texte :

L’argent dans tous ces états
Objet pluridisciplinaire en quelque sorte inséparable, en tant que fait anthropologique, sociologique
et psychanalytique.

1 La dimension anthropologique de l’argent
L’argent est un objet culturel.
Sa fonction est symbolique.
L’interface du collectif et de l’individuel, de l’inconscient et du « monde réel ». (Freud)
L’histoire des rapports d’échange et l’histoire des formes monétaires dans les sociétés humaines.
Relation de causalité circulaire entre le recours à la médiation de la monnaie dans les rapports
d’échange et l’évolution des mentalités.
Pour le psychanalyste, l’évolution des mentalités peut être envisagée comme une progression vers
un fonctionnement post-œdipien avec ses caractéristiques d’intégration de la temporalité, de la
capacité à effectuer un travail de deuil, à reconnaître des limites, à relativiser les désirs, à tolérer la
frustration, etc.
Conception psychanalytique de l’argent : symbole formé à partir des vicissitudes des expériences
corporelles précoces dans le rapport avec l’objet.L’histoire de l’échange et l’émergence de la monnaie. L’homme a une aptitude à l’échange mais il
a fallu une lente évolution pendant des millénaires pour la rendre effective.
Pendant des milliers d’années le vol, la rapine, le pillage sont des actes normaux et même
honorables, seules opérations que l’homme est capable de concevoir lorsqu’il s’agit d’acquérir un
bien.
La loi du plus fort régit les modalités de changement de propriété. L’homme primitif s’empare par la
force, hors de toute règle, de ce qu’il convoite dans l’instant.
Les modalités de changement de propriété qui succèdent à cette période sont classées dans la
catégorie don-contre don. Les tribus qui volent et qui se trouvent volées à leur tour finissent par
ritualiser des formes de compensation, à convenir que le voleur sera volé à son tour.
Le vol compensé se transforme en don compensé ; le don doit servir à s’attirer les faveurs de la
divinité, à obtenir sa protection. La divinité réclamant qu’on se sépare de ce qui est le plus
précieux. Période des sacrifices d’enfants, bétail, femmes. « Produits » d’importance vitale.
Les rites et les mythes s’étoffent. Les objets que l’on possède sont plus nombreux. L’homme est
en mesure, de substituer, pour les sacrifices d’autres produits à l’être vivant (métaux, armes,
aliments…).
Le fait de pouvoir remplacer un produit par un autre, de les considérer comme interchangeables,
dénote une certaine capacité à relativiser la valeur.
Dans ce contexte que se dégage le concept d’unité de compte pour calibrer les offrandes. La
première unité de compte était le bœuf, animal sacrificiel primordial de très grande valeur.

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L’unité de compte doit nécessairement être ressentie comme infiniment précieuse, liée au sacré.
La logique d’unité de compte conduit progressivement à l’émergence de la fonction de moyen
d’échange.
On paye le prix du sang et le prix de la fiancée dans le souci d’arrêter la chaîne de vengeances.
Lorsque l’unité de compte, qui était le bœuf, acquiert la fonction de moyen d’échange, les formes
monétaires se diversifient, tout en demeurant des marchandises précieuses. On utilise des
amulettes porte-bonheur, des objets guérisseurs, des armes…
L’évolution de ces pratiques : le métal se dégage comme la forme la plus appropriée à cet usage.
On utilise d’abord des lingots de métal, des bracelets, des clous, des anneaux…
Cette étape dans les rapports d’échange témoigne d’un progrès dans les capacités de
symbolisation. Pour rendre possible la séparation entre l’acte d’achat et l’acte de vente, il faut des
présupposés psychologiques tels que l’intégration de la notion de temporalité, l’assimilation de la
notion de délai, accepter une forme monétaire où la valeur des objets n’a aucune parenté de
contenu avec ce qu’elle représente. Cela exige que l’on dispose de représentations d’objets
internes plutôt stables et positives.
La monnaie-disque, la pièce de monnaie, semble émerger autour de la mer Égée quelques
centaines d’années avant l’ère chrétienne.
Elle surgit comme une réponse à des troubles sociaux engendrés par la voracité de ceux qui sont
les plus forts parce qu’ils peuvent spéculer sur le prix des produits alimentaires, ce qui conduit les
familles pauvres à s’endetter, à vendre les enfants.
Les pièces sont crédibles parce qu’elles sont frappées par le monarque et portent la marque de
l’État. Elles sont en mesure de réguler des rapports qui, jusque-là, étaient régis par la domination
des uns et la soumission des autres.
A cette étape de l’évolution des rapports d’échange : émergence d’une instance qui fonctionne
comme un tiers – médiateur, interdicteur et protecteur à la fois.
À la Renaissance : une nouvelle étape dans les relations d’échange et dans la conception de la
monnaie. On voit apparaître les précurseurs de la monnaie-papier que sont la lettre de change et le transfert de dette.
La lettre de change est un ordre de payer en un lieu distinct de celui où a été émis l’engagement
initial. Le transfert de dette consiste à se servir d’une lettre de créance comme moyen de
paiement. Seule la frappe de monnaie métallique est réservée au monarque.
Il est important de souligner qu’il s’agit de moyens de paiement privés, dématérialisés, de
créations monétaires qui bouleversent les repères antérieurs du sacré et de la souveraineté
monarchique.
La société industrielle conduit à généraliser la monnaie-papier. Du point de vue du travail de
symbolisation, l’apparition de la monnaie-papier représente un saut qualitatif supplémentaire. Non
seulement il n’y a ici aucun rapport direct avec la marchandise, mais la monnaie devient pur signe,
un chiffre imprimé sur un papier qui, en soi, n’a ni utilité ni valeur. Accepter ce que représente le
signe et lui faire confiance suppose que soit acquise une qualité de travail psychique où la
représentation des bons objets internes est fiable.

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Dans une perspective psychanalytique, le fait d’évoluer vers ce système et de pouvoir s’y inscrire
exige une structure du Moi souple et solide à la fois.
Il faut en effet que l’appareil psychique soit en mesure de supporter un système moins sécurisé,
susceptible de provoquer des sentiments de précarité et d’incertitude, où ce qui a été tenu pour
permanent devient aléatoire. La relativité est le seul absolu puisque la valeur de la marchandise ne
se mesure que par rapport à une autre.
Constat : l’émergence du système d’argent est une avancée de la civilisation. Ce système implique
que la séparation entre soi et l’autre, entre l’être et l’avoir soit acceptée ; il implique également de
pouvoir se séparer d’une chose que l’on possède pour en acquérir une autre dont la « valeur » est
objectivée et relativisée.
Tel qu’il est conçu, le système est fait pour pacifier les rapports d’échange, pour se soumettre à la
médiation de la monnaie qui donne à l’argent force de loi.

2 La Psychanalyse et l’argent
Pour la psychanalyse, le travail de symbolisation consiste à transférer le sens des expériences
relationnelles précoces, qui vont devenir inconscientes, à toutes celles qui vont suivre. C’est
pourquoi on ne peut comprendre les variations de la charge symbolique de l’argent sans
s’appuyer sur cette partie de la théorie. La valeur symbolique de l’argent, de même que la
symptomatologie liée aux rapports avec l’argent, sont conçues en termes de régression et de
fixation au stade anal.
Il nous faut donc établir un rapport entre le travail du Moi dans la transposition de pulsions et le
statut du symbole tel qu’il apparaît à travers l’intérêt et les modalités d’investissement de l’argent
dans la clinique.
Freud a qualifié les « stades prégénitaux » :
Stade oral : nourrisson – forme de fusion entre lui et sa mère – toutes les sensations de plaisir-
déplaisir s’appréhendent en termes d’avoir (avoir la mère en soi, avoir faim, soif, chaud,
froid). L’ensemble de l’univers se représente comme un sein qu’on voudrait inépuisable. L’angoisse
du manque conduit à représenter les fantasmes liés à ce stade sous la forme de désirs
d’incorporation, de posséder un avoir sans limites.
Stade anal : permet à l’enfant d’accroître sa capacité d’agir sur le monde. Ici, la relation avec
l’objet s’appréhende en termes de soumission et de domination. Les angoisses liées à ce stade
sont représentées sous la forme d’un danger d’être vidé, d’être asservi, exploité. En même temps
que l’enfant progresse dans sa perception de la différence entre soi et l’autre il forme le désir de
maîtriser cet autre qui lui semble tout-puissant. C’est la période du « non », de la constipation ; le
refus de donner ce que la mère semble désirer ardemment est un moyen d’agir sur elle, de la
frustrer, comme l’inverse est un moyen de la combler, garantie d’être aimé.L’enfant peut trouver des compromis dans un commerce relationnel où les matières fécales, sa
possession la plus précieuse, qu’il considère comme faisant partie de lui, sont données en
échange des soins et de la protection de sa mère. À ce niveau l’enfant désire inverser les rôles
pour devenir la personne toute-puissante à la place de l’objet.

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Freud conçoit l’argent dans son rapport à l’organisation prégénitale, on comprend que
l’investissement du symbole argent est la conséquence d’une gestion de la libido en processus
primaire. Autrement dit : on projette sur l’argent le pouvoir de colmater les angoisses primitives, le
pouvoir de satisfaire les fantasmes générés par les expériences orales et anales pour parvenir à
un sentiment de complétude.
Stade génital : L’argent peut être appréhendé comme un objet partiel, « une petite chose
détachable » qui facilite les relations d’échange. Ici, le fonctionnement psychique s’organise à
partir des expériences liées à la reconnaissance de la différence des sexes et des générations
avec ce qu’elles impliquent dans l’acceptation des limites de soi, la reconnaissance de l’autre
comme semblable et différent à la fois.
L’enfant est appelé à renoncer au fantasme de complétude mais peut concevoir la
complémentarité du pénis et du vagin, où chacun des protagonistes donne et reçoit sans
qu’obligatoirement quelqu’un en soit lésé.
La résolution du conflit œdipien nécessite de gérer un attachement ambivalent à chacun de deux
parents ; on est capable de relativiser ses sentiments et, partant de là, de relativiser la valeur. La
reconnaissance de la fonction du père comme tiers médiateur et l’acceptation de la loi permettent
d’admettre que le signe monétaire a force de loi, qu’il régule la violence acquisitive et les
antagonismes suscités par les désirs d’appropriation.

2.1 L’argent dans son rapport à l’inconscient
L’objet argent, c’est un signe que ne se définit qu’à circuler. L’argent se laisse appréhender comme
un « objet » qui circule, comme l’objet circulant par excellence.
Freud ne cède pas à la tentation d’une « psychologisation » de l’argent : « moyen d’acquisition de
pouvoir » et d’« autoconservation », « symptôme social ».
Comment l’argent surgit dans le devenir de la psyché inconsciente, avec ses enjeux pulsionnels,
au point d’acquérir sa puissance symbolique.
Depuis Freud, l’argent, censé n’avoir point d’odeur, « sent ». Et l’on sait quoi. Grâce à lui, l’argent
est censé évoquer, mieux : incarner, en une rudimentaire incorporation, l’objet le plus
matériellement pulsionnel et scatologique anal.
« Tout cela concorde parfaitement avec la théorie de la puanteur interne. Et surtout l’argent pue. »
(Lettre à Fliess, 1897)
« L’argent n’a pas fait l’objet d’un désir infantile, et auquel nous avions reconnu la portée qu’il
mérite ; sans doute l’argent ne fait pas le bonheur mais surtout il ne touche pas à l’origine du désir.
» (Lettre à Fliess, 1898)
« Le bonheur est la réalisation d’un désir préhistorique. C’est la raison pour laquelle la richesse y
contribue si peu. » (Lettre à Fliess, 1898)
« Mais, peut-on ajouter, cela ne l’empêche pas de toucher au pouvoir et à sa jouissance: l’argent
c’est bien « en premier lieu un moyen d’acquisition de pouvoir ». (Freud)

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2.2 L’enfant et l’argent
Questions : Comment l’argent peut-il avoir une telle affinité avec la pulsion même et avoir été si
étranger au « désir infantile », avant d’acquérir sa puissance considérable ? Comment peut-il être
si impliqué dans la vie et l’agir inconscients de l’adulte, au point de faire symptôme ?
« Etranger » au désir infantile d’origine, l’argent ne figure pas parmi ces objets électifs originaires
qui constituent le foyer – le focus originaire – du désir humain. L’argent est décidément étranger à la vie pulsionnelle infantile.
L’argent est étranger à l’enfant tant qu’il ne devient pas lui-même un soucis. Freud parle d’un «
intérêt pour l’argent ».
Ce n’est pas que l’enfant soit « désintéressé », il est tout simplement étranger et indifférent à
l’argent en tant que tel, tant que celui-ci n’intervient pas du moins dans ses transactions affectives,
avec ses autres.
Il voit d’abord l’argent entre les mains des parents et comprend très tôt qu’il soutient leur
jouissance à eux.
Cet but que l’enfance ignorait, les années de maturité s’en saisissent. Car l’intérêt pour cette offre
nouvelle relance, en lui assignant un nouveau « but », « la tendance d’origine ». Cette pulsion,
devenue en quelque sorte vacante, sur le point de perdre son but, menacée d’être mise au
chômage en quelque sorte, reprend de la vigueur par ce nouvel aliment.
Ce qui se produit est un « ré aiguillage », sur les rails du lien à l’argent, de ce vieil intérêt pour la
défécation. On dit bien « faire de l’argent ».
C’est ainsi qu’il faut comprendre la puissance de l’argent sur la vie psychique inconsciente de
l’adulte : « L’une des plus importantes expressions de l’érotique transformée à partir de cette
source (l’érotique anale) réside dans le traitement de la matière précieuse de l’argent, qui a dans le
cours de la vie, attirée à soi l’intérêt psychique, qui à l’origine revenait à la crotte. »
L’argent comme valeur économique est donc bien non une pâle copie de l’objet anal, mais
l’élément nouveau, en quelque sorte « historique », dont le surgissement relativement tardif a pour
effet de raviver « la vieille tendance », en lui fournissant un aliment inédit. C’est par là que
s’éclaire, en sa dynamique, l’équivalence argent = objet anal, ce qu’atteste le lien, avéré dans la
vie névrotique.
« Les formes d’expression sous lesquelles la libido refoulée doivent s’exprimer, la complication et
les intérêts d’argent appartiennent aux traits de caractère provenant de l’érotique anale. » (Freud)

2.3 Du cadeau à l’argent
L’usage de l’objet argent fait toujours référence à un circuit : « demande de l’autre » comme le dira
Lacan.
« La crotte est le premier cadeau, le premier sacrifice de tendresse de l’enfant, une partie du corps
propre dont on s’exonère au profit d’une personne aimée. » (Freud) Point de plus beau cadeau
que cela.
En d’autres termes, l’enfant ne ressent aucun dégoût pour sa crotte, il l’estime comme une partie
de son corps dont il ne se sépare pas facilement et l’utilise comme premier « cadeau » pour
distinguer les personnes qu’il « estime particulièrement ».

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Cette estime de cet objet – du corps propre – devient signe de distinction et d’estime pour qui il est
produit et à qui il est donné. Une fois que l’éducation l’a dissuadé de cette valeur, l’évaluation de la
crotte se transmettra au « cadeau » et à l’« argent ».
« L’intérêt pour la crotte est donc perpétué pour une partie comme intérêt pour l’argent, pour une
autre partie dans le désir de l’enfant. »

2.4 L’argent et ses symptômes
Nous avons pris la mesure de la puissance de l’argent dans la vie pulsionnelle. Et c’est par ses
symptômes – ceux auxquels il donne lieu – que l’argent confirme sa puissance dans l’économie
pulsionnelle.

2.4.1 L’argent et l’amour
Là où l’on a coutume d’opposer les questions de sentiment aux affaires d’argent, il s’avère que les
destins de l’argent et de l’amour sont, pour le sujet inconscient, étroitement liés.
Cette irruption de l’argent dans la vie affective de l’enfant peut s’avérer déterminante pour son devenir social. L’argent est, dans la phase de latence, ce que l’enfant, à défaut d’autonomie
financière, reçoit des parents et ce qui se lie aussi étroitement que matériellement à la demande
d’amour.
L’attitude envers l’objet-argent d’un sujet parle déjà en quelque manière de son rapport à l’objet
sexuel. Ce que suggère Freud est de grande portée : « l’on peut s’attendre à trouver dans la
posture envers l’argent un index de la position envers son désir ».
« Les affaires d’argent des hommes de la civilisation sont traitées comme les choses sexuelles,
avec la même duplicité, la même pruderie et la même hypocrisie. » (Freud)
L’argent tient, par sa fonction « vicariante », de l’objet anal qui lui-même est pris dans l’offre et la
demande d’amour. On comprend alors que l’argent, étant bien pris dans cette chaîne, est travaillé
par cette perplexité : que vaut l’argent ? Si « cher » soit-il, il vaut moins que l’objet inestimable qui
en a précédé et préparé l’apparition et qu’il commémore en le « réincarnant». (Freud)

2.4.2 L’argent, l’amour et le père
La « formule générale » de la forme-symptôme de l’argent : « ce qui se joue à l’articulation de
l’objet (d’amour) et de la loi (du père), de la demande d’amour en rapport avec son inestimable «
objet ».
La « folie dépensière » signe de l’accès maniaque, s’éclaire d’une logique de la dilapidation de l’«
avoir paternel ». Mais c’est parce que le sujet fut intimement et originairement frustré et spolié de
l’amour du père – ce dont il témoigne, dans l’identification mélancolique, à l’objet perdu – qu’il se
met alors à « dépenser sans compter », tentant, avec l’énergie du désespoir, de se rembourser,
par une dépense somptuaire, de cette vie affective de misère, de ce débit d’amour, bref du «
mensonge » parental. C’est une logique de réparation mélancolique. C’est parce qu’il se présente
comme moins que rien dans le « syndrome d’indignité », qui se développe inlassablement sur le
thème scabreusement tragique : « je suis une merde ».
L’argent donc touche au symbolique, en tant qu’il permet d’articuler ce qui se trouve assumé de la
transmission paternelle, du « patrimoine » – ce que peut symboliser. Mais l’argent est aussi ce qui
se confronte à cet objet sans prix de l’amour, qui, comme le dit la sagesse populaire, « ne s’achète
pas »…

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3 La dimension Sociologique de l’argent
L’« essence de l’argent », fût-elle « la puissance aliénée de l’humanité », comme le suggère Marx,
est le plus puissant symptôme collectif de la modernité.
« L’argent, en possédant la qualité de tout acheter, en possédant la qualité de s’approprier les
objets, est donc l’objet » Marx.
L’argent c’est bien l’« objet », et on ne peut comprendre la signification inconsciente de l’argent
qu’à comprendre ce que signifie cette équivalence.
Il reste que notre époque assiste plutôt à une forme d’emballement maniaque qui conduit les
individus à se jeter sur l’avoir pour se donner consistance, pour s’imaginer omnipotents. Pour le
psychanalyste, il s’agit d’une régression, l’expression d’un déficit identitaire, lié probablement aux
effets pervers d’une autonomie trop angoissante.
Pour conclure sur la fonction du paiement dans les traitements : le paiement structure la relation
analytique en introduisant un élément qui pousse à rompre avec la compulsion de répétition. Alors
que la relation est organisée pour favoriser la régression vers le processus primaire, pour susciter
le rêve et le transfert, le paiement « corrige » la situation analytique. Il introduit un principe de
réalité. La relation se donne comme contractuelle.

4 Pensée archaïque, mythologies et sagesse populaire : de la merde à l’argent
« Partout où le mode de pensée archaïque est ou est demeuré dominant, dans les civilisations
anciennes, dans le mythe, la légende, la superstition, dans la pensée inconsciente, dans le rêve et
dans la névrose, l’argent a été mis dans les plus étroites relations avec la merde. » (Freud)Dans les récits légendaires, l’or se transforme en merde. L’or donné par le diable à ses victimes se
transforme immanquablement en excrément. Dans les histoires de sorcières, l’argent ne fait que
se transformer en la matière dont il était sorti. » Chez les Aztèques, l’or a été baptisé « crotte des
dieux ». Bref, il est « toujours excrémentiel».
Vespasien, l’empereur a soumis à l’impôt l’urine de ses concitoyens. Comme son fils Titus lui
reprochait d’avoir institué un impôt sur l’urine, il lui mit sous le nez de l’argent perçu par le premier
versement de cet impôt et il lui demanda s’il était choqué par l’odeur. Celui-ci disait que non. Et
Vespasien: «Et pourtant, dit-il, il vient de l’urine.» De là, l’expression: «Pecunia non olet». «
L’argent n’a pas d’odeur. »

Références Bibliographiques
ASSOUN P.- L. 2004. « L’argent à l’épreuve de la psychanalyse. Le symptôme social et son
envers inconscient », in La Découverte « Recherches ». FERENCZI, S. 1914. « Sur l’ontogenèse
de l’intérêt pour l’argent »
FREUD, S. 1905. « Trois essais sur la théorie sexuelle », Gallimard FREUD, S. 1908. « Caractère
et érotisme anal » dans Névrose, psychose et perversion, PUF FREUD, S. 1915. « L’inconscient »
dans Métapsychologie, Gallimard FREUD, S. 1917. « Sur la transformation de pulsions,
particulièrement dans l’érotisme anal » dans La vie sexuelle, PUF Lettre à Fliess du 22 décembre
1897, in La Naissance de la psychanalyse, PUF, Paris, 1973 MARX, K. Manuscrits de 1844,
Éditions Sociales, Paris MARX, K .Le Capital, livre I REISS-SCHIMMEL, I. 2008. « La fonction symbolique de l’argent », Dialogue, 2008/3 n° 181

Ce qu’il faut savoir c’est que l’argent est un objet culturel , sa fonction est symbolique ; l’argent a surgit dans l’histoire de l’humanité par rapport aux échanges qui ont été faits au début (…) Avant les rapports d’échange , comment on se procurait un objet dont on avait besoin , que l’on désirait pour survivre , pour manger , pour se couvrir ? pour l’homme préhistorique , l’argent n’existait pas , alors il allait se procurer des peaux de bêtes , ou pour se chauffer , ou pour manger ; il se procurait ça par le vol , le pillage …on a envie , on a besoin , on vient la nuit , le soir , on va se battre , on va avoir ce qu’on veut ;

L’apparition de l’argent dans l’humanité peut être envisagée comme une progression , une évolution des mentalités . Il y a eu forcément une évolution sur le psychisme des êtres humains ;
Comment la monnaie apparaît-elle dans tout ça ? Plusieurs siècles sont passés… Petit à petit les hommes se sont rendu compte que « on vole , en retour on est aussi volés » ils ont trouvé une façon , pour éviter ces vols là : le troc , qui est déjà vu comme une évolution …là on va penser à l’autre …l’autre qui a besoin …nous aussi , alors on va échanger . Cette idée d’échange et de l’autre , qui apparaît comme quelqu’un qui est un égal à soi même et qui a besoin aussi ; le troc , c’est déjà une évolution dans la pensée humaine parce qu’ils n’utilisent plus la force ; et les armes qu’ils utilisaient , c’était les viols , ils tuaient aussi l’ennemi…alors le vol compensé se transforme en don compensé ;

L’idée des divinités apparaît , on va servir une divinité pour obtenir protection , et la divinité va exiger qu’on se sépare de ce qui est le plus précieux …alors en général : enfant , bétail et femmes , qui étaient vus comme des produits d’importance vitale .
On continue dans cette évolution , on voit que le pouvoir de remplacer un produit par un autre , et de le considérer comme interchangeable , dénote d’une certaine capacité à relativiser la valeur.
C’est dans ce contexte là que se dégage le concept d’unité de compte , qui va être à l’origine de l’argent , qui va venir plus tard . Il apparaît pour calibrer les offrandes .

La 1ère unité de compte de l’humanité était le bœuf , animal sacrificiel primordial de très grande valeur. La logique d’unité de compte conduit progressivement à l’émergence de la fonction de moyen d’échanges .

Lorsque la fonction de l’unité de compte qui était le bœuf acquiert la fonction de moyen d’échange,
les formes monétaires se diversifient : on commence à utiliser des objets guérisseurs , des armes ,et ça se complexifie , se diversifie , et les sociétés avancent de plus en plus vers ce qui va arriver à l’origine de la monnaie . Le métal se dégage comme la forme la plus appropriée à cet usage, parce que là du coup on n’utilisait plus les enfants , ni les femmes , ni le bétail . On commence d’abord avec les lingots de métal , des bracelets , des clous , des anneaux , en or , en métaux précieux. Ces métaux sont parfois à l’état brut , et les pièces de monnaie , la forme que l’on connaît , des pièces rondes , vont être encore une évolution . La monnaie-disque semble émerger autour de la Mer Égée quelques centaines d’années avant l’ère chrétienne. Elle surgit comme une
réponse à des troubles sociaux engendrés par la voracité de ceux qui sont les plus forts parce qu’ils peuvent spéculer sur le prix des produits alimentaires, ce qui conduit les familles pauvres à s’endetter, à vendre les enfants.
Les pièces sont crédibles parce qu’elles sont frappées par le monarque et portent la marque de l’État.

A partir de cette idée d’une pièce de monnaie , pour éviter la spéculation ,cet abus de pouvoir du plus fort sur le plus faible , le monarque va mettre sa marque et comme ça la valeur de chaque pièce va être établie . Ce fait là est très important parce que ce Tiers qui est l’État va établir une loi . C’est un Tiers médiateur , « interdicteur » des abus , et protecteur à la fois ; A la Renaissance on voit aussi que les relations de change évoluent encore plus parce qu’apparaît la lettre de change et le transfert de dette ; Ce sont les Italiens qui ont créé ce mode de paiement ; c’est déjà une évolution de plus , parce que les pièces ne sont même pas là , on reçoit les produits venus de l’autre pays dans son pays , et on fait une lettre de change ; les personnes repartent avec cette lettre de change et seront payées dans leur pays d’origine ; c’est une évolution dans la pensée parce que le rapport objet très strict que l’on voyait au début : « tu me donnes un bœuf , je te donne 5 sacs de blé » , ce rapport trop strict d’objet à objet disparaît , et ça dans le psychisme , ça exige une abstraction qui est vue comme une évolution , parce que l’objet n’est pas là , mais on fait confiance à l’autre.

A l’époque de la société industrielle , on voit apparaître la monnaie en papier , et du point de vue du travail de symbolisation , cette apparition représente un saut qualitatif supplémentaire . Non seulement il n’y a aucun rapport direct avec la marchandise , mais la monnaie devient un signe , un chiffre imprimé sur un papier . Avant c’était des pièces de monnaie en métaux précieux , mais là il n’y a même plus ça , c’est une abstraction de plus , ce n’est plus que des chiffres sur un bout de papier .Cela exige au niveau du psychisme humain d’accepter ce que représente le signe sur le papier ; faire confiance suppose une qualité de travail psychique , on n’est pas dans la méfiance.
Dans une perspective psychanalytique, le fait d’évoluer vers ce système et de pouvoir s’inscrire , exige une structure du Moi souple ( parce qu’on ne va pas être payé tout de suite , on va rentrer dans son pays pour être payé là-bas ) et solide à la fois ; il faut une certaine souplesse mais il faut aussi une solidité. Et ça, l’Homme a mis des siècles à l’acquérir .Il faut en effet que l’appareil psychique soit en mesure de supporter un système moins sécurisé susceptible de provoquer des sentiments de précarité et d’incertitude.Où ce qui a été tenu pour permanent devient aléatoire.C’était permanent dans le troc , là ça devient aléatoire .La relativité est le seul absolu , puisque la valeur de la marchandise ne se mesure pas que par rapport à une autre .

Le constat de cette approche anthropologique est que l’émergence du système d’argent est une avancée de la civilisation .Ce système implique que la séparation entre soi et l’autre , entre l’être et l’avoir soit acceptée , et implique également de pouvoir se séparer d’une chose que l’on possède pour acquérir une autre dont la valeur est objectivée et relativisée.Tel qu’il est conçu le système est fait pour pacifier les rapports d’échange , pour se soumettre à la médiation de la monnaie qui donne à l’argent une force de loi. C’est pour ça qu’on parle de la force symbolique de l’argent. Il va instaurer une limite à un désir ; avant , l’homme avait besoin de quelque chose, il allait se le procurer, il allait voler, et là, avec l’argent, il faut savoir attendre, ne pas se procurer quelque chose dont on a envie si on n’a pas les moyens. L’argent est bien pour pacifier les rapports entre les sociétés.Pour nous ce qui va être important ici, c’est le rapport de l’argent au symbolique, et c’était important de voir cette dimension anthropologique.

La psychanalyse se base beaucoup sur les études , les recherches anthropologiques. Pour la psychanalyse le travail de symbolisation consiste à transférer le sens des expériences relationnelles précoces, qui vont devenir inconscientes, à toutes celles qui vont suivre. Le bébé, le nourrisson, n’a pas conscience de Soi, parce que son Moi n’est pas encore construit.
Freud , pour parler de l’Argent, reprend les phases de développement de l’enfant:stade oral, stade anal, stade génital.
Le bébé , au début, quand il est par exemple au sein, a cette sensation, cette idée, d’une complétude, il n’est pas séparé de cet objet (pas dans le sens péjoratif), de cet autre qui est important pour lui ; ça va se faire progressivement, et pour que ça se fasse, il va avoir besoin de cet autre qui l’aide à se séparer. Quand il découvre la sensation de faim, il sent ça comme une agression interne, et il va pousser le cri, il n’est pas encore dans la parole. Sa maman va venir et subvenir à ses besoins, le mettre au chaud, lui donner à manger, le changer pour que tout aille bien, parce que les sensations désagréables sont vécues comme une attaque contre lui. Ce n’est que progressivement qu’il va comprendre : « là j’ai faim, j’ai pleuré et ma mère n’est pas venue tout de suite » ; il va commencer à comprendre que cet apaisement intérieur, ce n’est pas lui même qui se le procure, c’est cet autre. Il a besoin de quelqu’un, c’est l’origine du désir chez l’enfant. Il se rend compte aussi qu’il est très dépendant de cet autre.

Psychiquement pour l’enfant, ça exige un travail très important .Mais il va comprendre progressivement que s’il dit « Maman » (ou « Papa »), il nomme celle qu’il appelle, c’est la rentrée dans le symbolique, le langage : ce qui était cri devant la frustration va devenir appel à l’autre. Au niveau psychisme c’est très important car il va commencer à avoir conscience qu’il est un Moi, séparé de cet autre….ça, c’est pour la période orale.

Un petit peu plus grand , l’enfant rentre dans la période qu’on appelle stade anal, qui permet à l’enfant encore d’agrandir sa capacité à agir sur le mot.Ici la relation avec l’objet s’appréhende en termes de soumission ou domination.L’enfant commence à percevoir qu’il peut agir aussi, lui qui était soumis à ce pouvoir de cet autre qui était là pour garantir son bien-être, l’enfant va voir aussi qu’il peut jouer , par exemple ne pas faire ce que Maman a demandé , et faire encore dans sa couche. Et d’après la réaction des parents , qui n’est pas pareille d’un foyer à l’autre, l’enfant va se sentir menacé, frustré, parce que le rapport des parents avec la propreté est trop stricte, exigeant ; là c’est lui qui contrôle, quand même, s’il va être propre ou pas. En clinique, on voit des enfants qui mettent très longtemps à vouloir devenir propres ; au niveau du développement psychique, un enfant, s’il est capable de marcher, et de monter et descendre des marches sans
se tenir, c’est parce qu’il peut. Toute la musculature sphinctérienne est déjà prête à retenir les selles ou l’urine ; on voit des mamans qui disent « j’ai l’impression qu’il ne veut pas, qu’il joue là dessus ».

Le stade anal est un stade très important pour comprendre le lien , le rapport à l’argent.Le stade oral aura moins d’influence sur le rapport de l’adulte avec l’argent. Au stade anal , il y a un produit qui est important , désiré. La crotte pour l’enfant , au départ , est appréhendée comme un produit précieux , puisqu’on lui demande de donner…parfois c’est renforcé dans certaines familles , où quand l’enfant fait son premier caca dans le pot , on va applaudir l’enfant , lui dire « c’est magnifique , tu auras ton cadeau » , on fait une fête….vous imaginez comment l’enfant comprend ça , il se dit « mais c’est magnifique le produit que j’ai en moi »Parfois il y a des périodes de constipation , ou des accidents , parfois il ne fait plus à la maison mais à la crèche , parce qu’il va comprendre qu’il peut jouer …Cette idée de produit précieux,c’est une idée importante à retenir pour la psychanalyse.L’enfant peut trouver des compromis dans un commerce relationnel où les matières fécales, sa possession la plus précieuse,qu’il considère comme faisant partie de lui , sont données en échange de soins et de protection de sa mère , de ses parents.L’enfant va commencer à jouer :là je veux bien plaire aux parents , je donne ce produit et en échange j’ai de l’admiration, de la protection , de l’amour , des soins.L’enfant comprend , peut-être pas consciemment, mais psychiquement , que c’est un produit précieux.
On n’est pas encore dans le stade génital qui va durer environ de 5 à 8 ans et qui est la phase où l’enfant découvre les différences sexuelles.Freud conçoit l’argent dans son rapport à l’organisation pré-génitale ; On comprend que l’investissement du symbole Argent est la conséquence d’une gestion de la libido lors de ce processus qu’il appelle primaire.Autrement dit , on projette sur l’argent le pouvoir de colmater des angoisses primitives, le pouvoir de satisfaire des fantasmes générés par des expériences orales et anales pour parvenir à un sentiment de complétude .
L’enfant va comprendre comment pouvoir colmater les angoisses qu’il doit ressentir au moment où il se dit « et bien si je ne donne pas cette crotte tant désirée, est ce qu’on va m’enlever cet amour ? » Il y a des foyers où l’enfant est puni quand il ne fait pas dans son pot mais dans sa couche. Cette menace là de perdre l’amour , ça génère des angoisses.Freud va comprendre ce passage de la crotte à l’argent comme quelque chose qui va calmer certaines angoisses que l’enfant vit au moment où il va faire ce « commerce »entre sa crotte qu’il donne et l’amour qu’il reçoit.

Le stade génital : l’argent peut être appréhendé comme un objet partiel( parce que l’objet vraiment total , c’est la mère , le père ) …objet partiel comme une petite chose détachable qui facilite les relations d’échange.Ici le fonctionnement psychique s’organise à partir des expériences liées à la reconnaissance de la différence des sexes, et la différence des générations .L’enfant , dans cette phase , est appelé à renoncer au fantasme de complétude qu’il vivait dans la période orale. Il peut concevoir la complémentarité entre les protagonistes d’une relation : soi et l’autre. La résolution du conflit œdipien nécessite de gérer un attachement ambivalent à chacun des 2 parents , à sa mère parce qu’il a voulu la garder ( c’est important de dire ici que le 1er objet d’amour étant la mère , dans les 2 cas , pour le garçon et pour la fille , le 1er objet de l’amour pour la fille est donc homosexuel .Il va falloir tout un pas de remaniement psychique pour pouvoir se détacher , ne plus vouloir cette mère pour soi et pour désirer l’amour du père. L’œdipe soit disant est plus simple dans ce sens là, où c’est la mère qu’il aime depuis le début ; mais pour la fille ça exige encore un changement d’objet.Après tout un tas de remaniements psychiques , par exemple parce qu’elle voit que la mère s’intéresse au père , le père s’intéresse à la mère , elle va vouloir aussi attirer son regard.La reconnaissance de la fonction de père comme tiers médiateur et l’acceptation de la loi ( cette loi comme quoi : « non , tu ne peux pas avoir tes parents pour toi , avec Maman on ne peut pas , avec Papa on ne peut pas » ) cette action là , au niveau du psychisme, favorise encore plus l’accès à la symbolisation, la rentrée dans la loi , la rentrée dans les processus culturels de l’Humanité. Et permet d’admettre que le signe monétaire a force de loi qui régule la violence suscitée par le désir d’appropriation.

Voilà que l’argent apparaît dans la vie de l’enfant ; il n’y a pas accès de lui même . Il y aura accès sous la forme d’une petite pièce de monnaie pour quelque chose qu’il aura bien fait , sous la forme d’argent de poche .Il va comprendre cet argent comme un cadeau .Et ça ne sera pas sans lien avec cette représentation de cadeau qu’il a donné aussi à ses parents (la crotte ). Il y a ce lien entre ce produit qui était le sien , du corps propre ,et maintenant cette idée d’un cadeau ; parce que l’argent qui est donné est souvent entendu , compris par l’enfant comme une preuve d’amour . « On m’aime , on me donne un peu d’argent , ce cadeau là »

Sauf que les problématiques liées à l’argent commencent à apparaître , parce que l’argent n’a pas fait partie des désirs primordiaux , les premiers désirs de l’enfant, qui sont le désir d’amour, les désirs basiques , d’être alimenté , d’être au chaud , d’être aimé , de recevoir cette chaleur humaine des bras de sa mère : c’est tout ce que le petit enfant désire , il n’a pas la dimension d’argent. Alors toute la problématique de l’argent , c’est que l’argent ne fait pas partie des désirs inconscients de l’enfant pendant de longues années , mais il va rentrer dans son inconscient par rapport à cette idée de cadeau , qui va le relier à cette histoire de produit qu’il a donné. Mais en aucun cas l’argent n’a fait l’objet d’un désir infantile .Sans doute l’argent ne fait pas le bonheur ,c’est le dicton , mais surtout , d’après Freud , il ne touche pas à l’origine du désir .Le bébé ne désire pas d’argent , il désire l’amour , les soins … « Le bonheur est la réalisation d’un désir préhistorique . C’est la raison pour laquelle la richesse y contribue si peu »dit Freud ; et il rajoute « cela n’empêche pas de toucher au pouvoir et à sa jouissance ; l’argent , c’est bien en premier lieu un moyen d’acquisition de pouvoir » Ce pouvoir que l’enfant avait sur ses parents , qu’il a découvert à ce moment là , de la propreté surtout parce qu’avant il se sentait plutôt dépendant , cette idée de pouvoir qu’il a sur l’adulte , sur l’autre , c’est là que l’on va pouvoir lier l’idée de l’argent.
Comment l’argent peut avoir une telle affinité avec la pulsion désirante et avoir été si étranger au désir infantile avant d’acquérir sa puissance considérable ?

Comment peut-il être si impliqué dans la vie et l’agir inconscient de l’adulte, au point de faire symptôme ? « Etranger » au désir infantile d’origine, l’argent ne figure pas parmi ces objets électifs originaires qui constituent le foyer – le focus originaire – du désir humain. L’argent est décidément étranger à la vie pulsionnelle infantile. Il va commencer à faire sens à partir de ce que l’enfant a pu vivre pendant son enfance où l’argent est apparu .Mais ce n’est pas ça qui va faire le bonheur d’un être humain , parce qu’il ne fait pas partie d’objet de désir d’un petit enfant .On sait que l’on a besoin d’argent pour vivre , survivre .Freud va parler plutôt d’un intérêt pour l’argent . Il faut retenir que l’équivalence pour la psychanalyse entre l’argent et l’objet anal ; l’idée que la crotte est un produit , le premier produit ; l’idée d’un certain pouvoir sur l’autre qui n’existait pas avant.

Freud va parler d’un cas clinique très intéressant d’une petite fille qu’il a reçue , elle a été amenée par ses parents suite à un événement : elle avait volé de l’argent à son père ;
ça s’est passé de la façon suivante : cette petite fille était en train de faire un œuf de Pâques , qu’elle voulait colorier ; elle se rend compte qu’elle n’a plus la couleur marron ; alors elle demande à son père un peu d’argent ; et son père faisait beaucoup d’économie …il avait fait faire des décorations sur une tombe pour une personne de la famille , il s’était un peu endetté là dessus , donc il a dit à la fille « non, je n’ai pas d’argent »
Comme la petite fille voulait absolument finir son coloriage avec la couleur marron, elle vole de l’argent…mais son frère l’a dit …les parents vont lui poser des questions , punir aussi la petite ; ils se sont posés des questions aussi , par rapport à la Nounou , à l’éducation …et la petite fille va révéler que les après midi , quand elle sortait avec la Nounou , la Nounou allait chez le Docteur et en fait ils avaient des rapports sexuels dans le cabinet ; la petite était aussi dans la cabinet et voyait que le médecin payait ; elle voyait cette transaction d’argent.Il payait la Nounou, et par la suite en rentrant à la maison la Nounou payait à la petite fille son silence , elle donnait toujours un petit billet pour qu’elle ne dise rien de cette situation.Voilà déjà comment pour cette petite fille âgée de 6 ans qui vient de rentrer dans cette période génitale où il y a la différence des sexes où la symbolisation par rapport à la loi « je ne peux pas avoir l’objet incestueux si désiré » Dolto dit que le désir incestueux est constitutif de l’être humain , il faut pouvoir aimer sa mère , la vouloir pour soi , ou son père , mais après c’est le passage à l’acte qui est un dégât énorme , le symbolique et tous les autres dégâts qui s’ensuivent pour la victime .Cette petite fille qui a 6 ans et qui a ce premier rapport d’argent ( c’est de l’argent par rapport à son silence et par rapport à des pratiques pour lesquelles elle se pose des questions , la sexualité de cette femme qui reçoit de l’argent pour avoir des rapports avec le médecin ) La Nounou a été virée et ils emmènent la petite voir Freud.

Au bout de quelques temps d’analyse , ce qui va être construit c’est que quand la petite demande de l’argent au papa qui lui répond qu’il n’en a pas , elle a bien vu que dans son porte monnaie il y avait un peu d’argent , c’est pour ça qu’elle a volé ; elle a vu que c’était un mensonge .Freud comprend que l’argent donné , c’est comme de l’amour que les parents donnent .La petite fille a compris que son papa n’a pas voulu lui donner cet amour. Freud revoit encore cette enfant à l’âge adulte , cette jeune femme qui avait beaucoup de soucis pour se mettre en couple avec des jeunes hommes parce que toujours intéressée par ces histoires d’argent , de séparation d’argent , toujours à séparer tout ce qui touchait à l’argent au niveau de ses couples .
J’ai raconté ce cas clinique pour revenir à ce que nous pouvons échanger ici , en tant que vos expériences personnelles par rapport à l’argent , si vous avez des souvenirs du stade anal et génital , et vos approches . Que pensez vous , aujourd’hui , de ce que vous avez vécu , est ce qu’il y a des choses dans votre histoire qui sont importantes avec cet éclairage là , sur la construction de l’enfant , son développement ? Que voyez vous sur votre façon de traiter l’argent ?

-A- : « Un souvenir d’enfance qui me vient , j’ai volé de l’argent dans le porte monnaie de ma mère, j’avais 7 ou 8 ans, je volais de l’argent parce que je voulais acheter des chewing-gum , ma mère ne voulait pas que j’en achète , j’ai vu qu’elle en avait beaucoup , je me suis dit :elle ne s’en rendra pas compte , et elle s’en est rendu compte .Elle m’a engueulée et m’a dit « t’as qu’à aller te confesser » J’allais au catéchisme et je me suis confessée , mais au curé , je n’ai pas pu dire que j’avais pris de l’argent , j’ai dit que j’avais volé .Il m’a demandé quoi , m’a dit « c’est pas de l’argent » , j’ai dit « non, j’ai volé une petite boîte ». J’ai fait un double mensonge , j’ai eu à dire 3 Notre Père et 2 Je vous salue Marie pour ma pénitence. »
-« Pourquoi ne pas avoir dit que tu avais volé de l’argent ? »
-« Parce qu’elle ne voulait pas m’en donner pour acheter des chewing-gum .Je m’autorisais à voler un petit objet mais je ne m’autorisais pas à voler de l’argent.On n’en avait pas beaucoup à la maison, c’était doublement précieux , on n’était pas riches, c’était du gaspillage d’acheter des chewing-gum.Et le vol si je l’associe avec l’inceste parce que c’est un peu la même période , je ne situe pas bien les dates , les années …le vol pour moi ça a été un péché mortel mais en fait ça masquait mon autre péché mortel qui était d’avoir vécu l’acte sexuel avec mon beau-frère , et pour moi j’étais en état de péché mortel à cause de lui …mais c’est moi qui étais la victime et c’est moi qui étais en état de péché mortel, donc j’étais persuadée que j’étais excommuniée parce que j’allais au catéchisme et quand j’ai fait ma communion, bien sûr je n’ai jamais rien dit, c’était terrible parce que j’ai vraiment fait ma communion en état de péché mortel et c’est le pire des sacrilèges, j’aurai pu aller en enfer »

Soraya : – « et pendant la cérémonie tu avais ça ? »
– « oh oui , je ne l’ai pas quitté , j’ai des photos , je suis triste , mais personne ne peut comprendre ma tristesse , personne, parce que je n’avais rien dit »

Soraya : – «la façon dont les parents vont réagir à un événement comme ça , c’est très important pour l’enfant, ça va peut-être soit le culpabiliser , soit le mettre dans une situation encore plus difficile, déjà pour arriver à un vol c’est qu’il y a certainement quelque chose qui a manqué, quelque chose ,de l’amour peut-être… »

-B- : « moi j’ai volé …le fait de voler de l’argent c’est comme si je donnais une matérialité , une existence au péché mortel , la transgression absolue sur laquelle on ne peut pas mettre de mots et sur laquelle on ne peut pas agir, mais au moins , voler de l’argent c’est comprendre …oui c’est ça c’est donner une matérialité à la transgression absolue que je suis en train de connaître. C’est aussi une façon de récupérer ce qu’on m’avait volé, c’est à dire la virginité, l’innocence, l’enfance.Et il y avait une rage,c’était presque un vol militant pour moi, c’était une jubilation, une rage , une joie.C’était devenu presque compulsif de voler dans les magasins ,c’était une dette , il fallait qu’on me rembourse (…..) C’était le bien suprême , il fallait que je me procure ce bien suprême ; je me remboursais mais en fait c’était un remboursement sans fin , c’est comme un puits sans fond , tu mets de l’argent dans un puits symbolique , il ne se bouchera jamais , donc au bout d’un moment il faut arrêter le processus »

Soraya : -« Aujourd’hui on vit dans un monde où on fait tout pour un imaginaire où c’est l’argent qui va nous donner ces choses là mais ce n’est pas du tout ça , ce puits , là, tu n’aurais pas pu le remplir. Mais comment as tu pu découvrir ça , que tu étais capable d’arrêter ? »

-B- : « C’est la police…c’est impressionnant …ça sert à quelque chose la police , ils m’ont dit : tu vois , tu as 2 choix , soit tu arrêtes et tu rentres dans une vie normale ,soit tu continues et ta vie va être très abîmée …(…..) après ça a été difficile de m’arrêter mais c’était la peur de me faire avoir….comment je me suis débrouillée avec l’argent ? Je vivais avec un homme qui en gagnait beaucoup …la question a commencé à se poser quand je l’ai quitté , là il y a eu un vrai travail par rapport à l’argent personnel , il a fallu que je construise grâce à l’analyse , sinon je n’aurai pas pu construire seule mon autonomie financière .J’étais devenue complément dépendante financièrement de cet homme , j’avais un sentiment de très grande impuissance et de dévalorisation »

Soraya : -«par rapport à cette idée de dévalorisation, je voulais lire un dernier paragraphe qui est très important par rapport à ce que tu as dit :
– La folie dépensière signe l’accès maniaque , elle s’éclaire d’une logique de la dilapidation de l’avoir paternel .Mais c’est parce que le sujet fût intimement et originairement frustré (…..) Le sujet s’identifie à l’objet perdu, c’est une identification mélancolique.Il se met alors à dépenser sans compter tentant , avec l’énergie du désespoir , de se rembourser par une dépense somptuaire de cette vie affective de misère , ce débris d’amour , ce mensonge parental.Pour se rembourser de cette misère là .C’est une logique de réparation mélancolique. C’est parce qu’il se représente comme un moins que rien dans le « syndrome d’indignité », qui se développe inlassablement sur le thème scabreusement tragique : « je suis une merde ». C’est par rapport au sentiment interne « on ne vaut pas grand ‘chose », parfois le symptôme apparaît et viendrait combler cette vie affective assez triste , il y a l’idée de dépenser sans compter , essayer de combler ce vide. »

-B- : «Moi , dans mon expérience,j’avais des parents qui gagnaient de l’argent , on peut dire que ce sont des gens qui ont réussi financièrement , et moi je vivais dans un contexte familial affectivement très pauvre mais très confortable ; c’était très desséché comme atmosphère. Et quand l’inceste a eu lieu ça a été pour moi une espèce de …..je pouvais encore , jusqu’à l’inceste, donner du sens à tout ça , l’argent , la religion, tout ça marchait de paire dans ma famille. Bon, on pouvait à la limite donner du sens, il y avait une famille qui était là , il y avait des réunions, une espèce de structure familiale qui tenait la route , avec ses limites.Mais quand l’inceste a eu lieu , tout a explosé, c’est à dire que toute cette architecture plus ou moins cohérente a complètement explosé , comme si le mensonge apparaissait au grand jour. La construction familiale basée sur l’argent, la soumission à Dieu , à une hiérarchie, l’absence de culture qui sert à s’ouvrir ,tout ce côté totalement desséché de cette vie familiale apparaissait au grand jour par l’inceste qui a complètement fait exploser…(…..) de là est née en moi une révolte très profonde , une espèce de nihilisme , quelque chose qui me faisait peur , j’avais plus rien pour me raccrocher. J’avais en moi une rage , une déception, et voler , c’était une jubilation incroyable, un acte immédiat , une performance , d’aller voler . Le rapport à l’argent pour moi c’était compliqué parce que à la fois j’avais l’incapacité à en gagner , donc le sentiment d’être une merde , de ne rien valoir, de ne jamais savoir quelle était ma valeur sur le plan social , et donc totalement en fusion avec cet homme qui gagnait de l’argent pour moi ; je me suis retrouvée avec cet homme dans un rapport très matérialiste , et la relation s’est peu à peu vidée de sa substance. »

Soraya : -«Mais dans toute relation, l’argent a un rôle ; dans tous les couples il y a cette façon de faire avec l’argent.Là,d’après ce que tu nous dis ,l’argent ne manquait pas, ça a pu pendant quelques années colmater tes manques ,et tu n’as pas eu beaucoup à réfléchir à ça. C’est au moment du divorce que tu as dû affronter cette question pour toi.Et devenir adulte,c’est ça aussi , affronter cette question là ; c’est une avancée énorme de se poser la question du rapport qu’on a à l’argent. »

-C- : «Mes souvenirs qui me viennent, par association, sont 2 souvenirs par rapport à ma mère ; elle a un peu travaillé mais tardivement ; et je n’ai aucun souvenir d’événements liés à l’argent par rapport à mon beau-père qui était celui qui travaillait dans la famille ; le 1er souvenir qui me vient, c’est celui d’un vol que j’ai commis au marché;j’ai volé une noix. Et il n’y a pas très longtemps j’ai surpris une scène sur le marché d’un enfant qui volait aussi , et je me dit que c’est très fréquent, les étales sont à hauteur de la main d’un enfant et c’est très facile de voler.Je crois que j’ai mis dans la poche cette noix,et je l’ai oubliée.Et quand on a quitté le vendeur, j’ai du avancer et hop ! La noix est tombée et j’ai été trahi de mon vol.Ma mère s’est servie de cette situation pour me faire un peu de pédagogie, je ne crois pas que c’était très culpabilisant et très violent mais je pense que le message est passé, c’était « tu rends ta noix » . Et le 2ème événement , c’est beaucoup plus tard, j’étais adolescent, elle a dû me confier son porte monnaie pour aller faire des courses, et j’ai perdu le porte monnaie.C’était le scandale , j’ai été culpabilisé comme c’est pas permis d’avoir perdu son porte monnaie.Et je pense que ça a laissé des traces, d’avoir perdu ce porte monnaie. Voilà , ce sont les 2 événements que j’ai en tête par rapport à l’argent. Mais je me dis « qu’est ce qui a dû se construire ? » parce que ma mère n’était pas quelqu’un d’autonome, qui ne devait pas avoir un rapport à l’argent très simple. Et en plus dans mon histoire , et ça c’est quelque chose qui n’est d’ailleurs pas terminé, réglé,ma sœur et moi on a reçu une pension comme pupilles de la Nation pour la mort de notre père .Et cette pension qui nous a été versée jusqu’à 21 ans a été utilisée par ma mère pour nous élever , sauf qu’elle a reconnu il n’y a pas très longtemps que l’argent a servi en partie pour l’achat de notre pavillon, et pas uniquement pour nous élever.Dans mon conscient, ça pose un gros problème aujourd’hui par rapport à l’héritage, ils sont en communauté de biens avec mon beau-père et c’est mon frère qui vient de décéder, il devait hériter de la part de son père et d’un tiers de la part de sa mère, et ma sœur et moi on n’avait qu’un tiers de la part de notre mère, alors que la pension qui correspond à la mort de mon père a participé en grande partie à l’héritage. Moi dans les lettres que j’ai écrites il y a 2 ans , je demandais une reconnaissance de dettes à ma mère qui correspondait aux versements des pensions. Pour que dans l’héritage soit considéré qu’effectivement il y a une partie qui revient de droit à ma sœur et à moi, et pas en division normale par rapport à mon frère.Qu’est ce que cette histoire d’argent a construit en moi ? (…..) Ma sœur est mariée aujourd’hui. Au départ elle était complètement révoltée, elle a senti tout ça .Et puis elle a fait une thérapie, elle a renoncé à sa révolte, qu’elle gérait très mal parce qu’elle est plutôt « rentre -dedans », elle se faisait humilier , moi je suis parti, elle elle est restée et elle a attaqué, mais elle s’est fait tellement écrabouillée ,qu’elle a arrêté de se révolter, et aujourd’hui elle est encore avec eux, elle les défend , elle me dit « tu sais ils ont beaucoup vieilli, tu es toujours dans le passé , maintenant il faut penser à l ‘avenir etc… » Là elle est sous anti-dépresseurs et elle voit un psychiatre (…..) Par rapport à cette histoire d’argent, je me dis que je suis loin d’avoir compris ma relation à l’argent(…..) Si on me prive de cette reconnaissance, y compris symboliquement, parce que ce beau-père n’aurait pas été ce qu’il est, je n’aurai jamais soulevé tout ça .Et le fait que ma mère avait dit qu’au moment de l’héritage ce serait divisé par 3, ben non, vue la configuration de la famille, ce type ne nous ayant pas adoptés ma sœur et moi, on n’est pas ses enfants , ce n’est pas sa filiation »(…..)

-D- : «Tu as réussi à parler de ça avec ta mère , qu’est ce qu’elle te répond par rapport à ça ? »

-C- : « Elle a reconnu que le pavillon qu’ils ont acheté dans une résidence (…..) où c’était un niveau
social qui n’était pas le nôtre , on était les pauvres du quartier, ils ont acheté une maison avec un
standing qui était largement supérieur à leur niveau social, et s’il n’y avait pas eu la pension, ils
auraient peut-être acheté un pavillon mais pas celui là . »

-D- : «Tu peux essayer de faire en sorte , dans un testament, qu’il y ait une répartition qui rattrape, qui compense ? »

-C- : « Oui , c’était ma proposition.Pour ma mère c’était une remise en question de ce qu’elle considère avoir fait comme étant la normalité, dans sa tête c’est : on n’a pas de reproches à nous faire. Faire ça ça veut dire qu’elle reconnaît qu’elle a défailli en tant que mère, et pour ma mère c’est impensable. »

Soraya : -«il y a aussi la relation d’emprise de ce beau-père , c’est assez pervers quand même »

-C- : « Moi je pensais que ma mère était quelqu’un de très soumise ,mais là où j’en suis aujourd’hui je ne suis plus du tout là dessus, parce qu’elle est aussi perverse .Elle se sert de sa position de soumission pour piloter…ma mère n’est pas une pauvre femme que la vie a … ma mère est perverse .Pour moi c’est ce que la mort de mon frère a enseigné.(…..)Ma mère s’est cachée derrière son image de soumission(…..)