↑ Revenir à Ateliers Dorothée Dussy

Atelier du 06 janvier 2007

« Mon corps dans mes rapports avec le monde au quotidien »
– atelier du 06 janvier 2007

1) Préambule et fonctionnement d’atelier
2) 1er sous-thème : mon apparence à travers les vêtements
3) le deuxième sous-thème : « ma réalité corporelle au quotidien et en public, après l’inceste
3- Mes limites et empêchements corporels dans les contacts et positions au quotidien

1) Préambule et fonctionnement d’atelier

Psychologue : On commence, comme à chaque début d’atelier, on relit le texte concernant, effectivement, la logique et la conduite de ces ateliers, donc :
1. La logique des ateliers : les ateliers sont une opportunité pour les acteurs, victimes d’inceste, et leur entourage impacté par les pratiques incestueuses de partager, sur leur expériences dans un contexte d’écoute, libéré de toute contraintes morales
2. La périodicité des ateliers : les ateliers sont proposés sur une périodicité trimestrielle avec une proposition thématique, la durée de deux heures et demie, doit permettre la participation active au niveau de la parole, comme de l’écoute des acteurs.
3. L’utilité des ateliers : Il s’agit de l’accueil non restrictif de l’ensemble des paroles des victimes de pratiques d’inceste dans leur dimension de connaissance psychologique et émotionnelle, sociale, socio-professionnelle …
4. La parole dans les ateliers : la parole ainsi que les silences sont offerts aux acteurs sur la base de leur désir avec une régulation du temps liée au nombre de participants et aux thèmes de l’atelier. Le recueil de la parole, l’ensemble du discours pendant les ateliers est enregistré afin d’en permettre une retranscription fidèle qui permettra la réalisation de synthèses thématiques.
4. La synthèse de la parole : Dans un premier temps, ces synthèses ont pour objectif, pour chaque membre de l’atelier pour pouvoir, s’ils le souhaitent retrouver sa parole, de garder sa parole, de trouver – peut-être d’une nouvelle manière, par une nouvelle écoute de l’autre- de positionner sa parole et son expérience au sein de la parole des autres. Dans un deuxième temps, elles ont aussi pour objectif de permettre une lecture plus large, mais aussi plus complète des connaissances, expériences, ressenties par l’ensemble des acteurs concernés par la problématique des conduites incestueuses. Il s’agit de communiquer l’expertise, et de communiquer sur l’expertise du discours non programmé, des acteurs victimes. Dans un troisième temps, elles permettront dans le cadre d’une démarche scientifique au plus proche de la parole des acteurs, une analyse des discours sur le vécu des victimes en vue de publication.
Je tiens à préciser, qu’effectivement, lors des retranscriptions, l’ensemble de la parole des acteurs est anonymisé, on change les prénoms, les lieux, les dates, de manière à ce qu’il n’y ait pas, je veux dire, de traces nominatives. La deuxième chose, c’est qu’effectivement, un des éléments auquel, nous devons être attentif, c’est de bien laisser chaque acteur aller jusqu’au bout de sa parole. Souvent on a, effectivement, des questions ou des remarques qui sont importantes pour les interactions dans ces ateliers. Simplement, il faut qu’on soit tous vigilants, que l’acteur ait bien été jusqu’au bout de sa parole, dans un premier temps, avant qu’on interagisse avec lui.

On a un thème avec trois sous-thèmes sur lequel on va s’accorder un temps d’à peu près trente-cinq minutes, par sous-thème. On fera une pause. En général, on fait une pause à la fin du deuxième sous-thème, mais je vous poserai la question à la fin du premier sous-thème. Voilà. Dernière petite remarque : effectivement, c’est enregistré. Par contre, on demande à l’ensemble des acteurs de ne pas prendre de notes personnelles pendant ces ateliers. Je vais vous donner le thème d’aujourd’hui, qui a été un peu modifié tout en restant exactement dans la même logique par rapport à ce qui a été sur le site.
Donc le thème général, c’est « mon corps dans mes rapports avec le monde au quotidien »
Le premier sous-thème, c’est : « mon apparence à travers mes vêtements », le deuxième sous-thème sera : « ma réalité corporelle au quotidien et en public », je veux dire après l’inceste et le troisième sous-thème sera : « mes limites et empêchement corporels dans les contacts et positions au quotidien », Je vous propose qu’on commence.

1er sous-thème : mon apparence à travers les vêtements

Psychologue : En sachant, juste une petite précision, que mes vêtements, je veux dire, au sens large du terme, ça correspond aussi, effectivement l’apparence,ça peut être, effectivement, le maquillage, la coiffure, vraiment la vision au sens large.
… Qui a envie de …. ?

Mireille : Moi, je veux bien commencer, moi, j’ai envie de dire mes vêtements… enfin, inaudible… ben, bon, ce qui m’inspire de ça, c’est que je me cache dans mes vêtements, donc j’ai toujours porté des pantalons, je suis toujours en pantalon, je ne mets plus de jupes, des tuniques, enfin, là, comme j’ai une veste… enfin, donc il faut que je me cache dans mes vêtements. Voilà… par rapport au maquillage, bon, c’est pas quelque chose que je me suis autorisée, peut-être pour pas séduire, pour être… ou pour ne pas me faire remarquer, donc je me maquille peu ou rarement ou pas du tout…je me dis souvent : je devrais faire des efforts, je devrais mieux me soigner…. Inaudible…Autrement, ben, les vêtements pour moi, ben, j’achète toujours…, j’aime pas acheter de vêtements, j’achète toujours quand je n’ai plus le choix et que je suis obligée d’acheter, mais j’achète toujours des tuniques, des trucs comme ça, large, pour pas qu’on me voit.

Psychologue : Merci

Irène : Mes vêtements, c’est une question que je me suis posée récemment car j’ai, l’impression, depuis quelque temps, fait un lien avec le travail sur l’inceste, le personnage que je suis maintenant. J’avais onze douze ans – justement pour revenir à des vêtements très neutres- alors … j’avais , en ce qui me concerne, un rapport avec les vêtements…très sexualisé, depuis assez jeune. C’est clairement mon père qui m’a mise sur cette voie-là, d’une façon très ambivalente, puisque j’étais habillée… mon père me regardait le plus possible, évidemment, … et par contre, il m’interdisait de m’exhiber à l’extérieur. J’ai eu très vite des interdits, enfin, très vite… quand j’ai voulu m’habiller autrement, enfin m’habiller … puis surtout quand j’avais un corps …de jeune femme. Quand j’étais petite, justement, j’étais assez… justement, on se moquait de moi, en sixième parce que je portais de jupes courtes et que c’était plus la mode à cette époque-là. Mes parents, tant que j’avais encore un corps, un petit peu de petite fille, puisque j’étais assez maigre et pas du tout formée à onze ans, donc ils me laissaient, au contraire sortir, habillée comme une sauvageonne…inaudible… et à partir du moment, à la puberté, quand j’ai commencé à ressembler à une jeune femme, ça a été très clairement efficient, c’est-à-dire que mon père faisait, nettement des remarques sur mon aspect physique, des compliments, des choses comme ça. Il a pris des photos de moi dénudée, avec le prétexte de faire des photos artistiques, soit complètement nue, soit avec des espèces de vêtements de choses transparentes ou des trucs comme ça. Et par contre, il m’interdisait, -quand j’ai commencé, je me rappelle, j’ai reçu une gifle j’avais déjà dix-huit ans,- parce que j’avais acheté une jupe trop courte, il m’interdisait de me maquiller. Et donc quand j’ai commencé à sortir, que j’ai vécu seule, même quand je vivais encore chez eux, j’avais commencé à m’habiller en adulte, j’ai enchaîné sur cette façon de m’habiller, très provoquant. Enfin à la limite de la provocation, il fallait toujours que ce soit très sexy. C’est-à-dire que je montrais mes jambes, souvent en décolletée, le cheveux très longs. J’étais toujours maquillée ; J’ai appris à porter de talons hauts, parce que je n’étais pas à l’aise dessus, mais, j’en portais parce que ça me paraissait la seule manière d’être, donc à l’inverse de l’idée de se cacher, je voulais être regardée que si j’assurais une façade impeccable et particulièrement féminine, quoi… avec une accentuation de tous les signes féminins : les cheveux longs, les talons hauts, les décolletés. J’ai jamais porté de soutien-gorge, des choses comme ça. Pour moi, c’était clairement un besoin d’exhiber de me montrer, parce que j’avais l’impression de ne pas exister si je n’étais pas habillée comme ça. Quand j’ai commencé à travailler, puisque j’étais enseignante, je me suis au contraire habillée avec des choses très neutres, très grises, parce que j’avais très peur du regard de mes élèves masculins notamment sur moi. Et là par contre, je me sentais très très mal, j’avais l’impression de ne plus exister quand j’étais habillée comme ça. C’était pour moi, un supplice. Et puis depuis quelque temps, en effet, j’ai éprouvé le besoin de m’habiller d’une façon pas vraiment cachée, mais maintenant, pour moi, il y a un contrainte, de mettre une jupe, des talons hauts, quelque chose comme ça. Pour me sentir bien, il faut que mes vêtements soient en quelque sorte,je dirais peu… qu’ils ne soient pas non plus épais. Ça me rappelle aussi quelque chose de l’ordre de se cacher, mais pas contre le pantalon, un pull, un « pantalon-tee-shirt », des bottes ou des chaussures pour moi, j’ai l’impression que c’est une tenue dans laquelle j’ai l’impression de ne plus penser à mes vêtements…. Inaudible… Il y a exactement l’idée d’assurer une apparence, de ne pas pouvoir être regardée ou regardable, je suis pas jolie, désirable ou tout ça. C’est quelque chose, finalement, que j’ai tendance à considérer un petit peu, comme frivole et en même temps ça m’a occupée pendant des années à chercher l’équilibrage entre la façon dont je me présentais à l’extérieur, pour me sentir à la fois regardée et aussi bien moi et pas juste une espèce d’effigie de moi que je donnais à voir. Voilà ce que ça m’inspire !

Psychologue : merci

Valentine : Dans mon cas, très jeune, c’est ma mère qui gérait tout, y compris mes vêtements. Pendant très longtemps, le matin, mes fringues étaient prêtes, c’était elle qui choisissait. Il y avait un côté très pratique et c’est resté longtemps « vêtement égal pratique » , et absolument pas esthétique, en tous cas. Pendant longtemps, j’ai choisi des vêtements qui dissimulaient bien. J’étais beaucoup plus ronde, donc… rien de féminin. Quand j’ai voulu mettre un peu de choses féminin…j’ai été obligée de me cacher. Je mettais mes fringues dans mon sac et avant d’arriver à l’école, je me changeais. C’était la technique, mais en même temps, c’était pas pratique. Finalement, les fringues, c’est resté très longtemps un état, c’était côté pratique, je cherchais pas spécialement un style. Par contres ces dernières années je suis devenue beaucoup plus exigeante vis-à-vis de moi. Effectivement, je fais de plus en plus attention à mes vêtements, je suis de plus en plus exigeante sur la qualité, la mise en valeur, et deviens beaucoup plus féminine. Sinon, au contraire, j’assume beaucoup plus ma féminité, j’ai envie de l’exposer, mais en même temps je fais attention à ce que… d’éviter les provocations qui m’attireraient des regards qui me mettraient mal à l’aise ou quoi que ce soit. Quand je prends le métro, je fais quand même attention et le rythme de vie … le côté pratique, la vie parisienne, courir, prendre le métro, Mais de plus en plus, je me suis achetée une robe dernièrement, je l’ai pas encore mise, elle est dans le placard. J’m’en étais achetée une, il y a très longtemps -rires- et que je n’ai toujours pas mise, mais ça vient quoi ! J’ai envie d’être beaucoup plus féminine avant de me faire plaisir à moi avant de trouver les vêtements qui me correspondent, qui correspondent à mon caractère, mais en même temps, ça veut dire aussi définir le caractère. C’est beaucoup d’évolution, beaucoup de recherches, actuellement. C’est plutôt plaisant parce que j’aime de plus en plus acheter des fringues -rire- C’est super-agréable. Voilà ! ça se passe bien !

Psychologue : Merci

Natahalie : alors moi, adolescente, j’ai… je me cachais parce que j’avais une poitrine beaucoup plus imposante, donc, du coups comme j’avais droit à des remarques, à du harcèlement quotidien, L’avantage, c’est que c’était la période des jeans larges, des tee-shirts larges, j’étais tout à fait dans le style de la mode, donc moi j’pouvais me cacher tranquillement. Et par contre, ce qui était très étrange, là, je partais en féria avec ma mère, régulièrement dans l’année, et là je m’autorisais le droit d’avoir des jupes, des robes… comme une princesse pour aller dans l’arène. J’avais deux tenues pour la journée, une dans la journée et une pour sortir le soir avec ma mère. Là, j’avais une féminité très développée au contraire de mon quotidien à l’école. Et puis arrivée en seconde, j’ai… je me suis retrouvée dans un endroit où il y avait mille personnes. Plus personne ne me regardait. Je devenais une inconnue. Donc j’ai pu me libérer des vêtements amples et larges, pour commencer à me féminiser un petit peu. Je me suis très peu maquillée. Je trouve que c’est une perte de temps, le matin, donc j’me maquille pratiquement jamais. Pour les fêtes, j’oublie. C’est vrai que c’est quelque chose qui me passe un peu au-dessus de la tête. Et c’est vrai que j’passe plutôt, ces dernières années entre …des périodes où je vais être sexy, bien maquillée, avec des bottes, des pantalons, de jupes, des robes et m’assumer complètement face au regard des autres. Il y a des moments où je vais complètement me rendre… invisible, quoi ! voilà avec le fameux jean, le pull épais, mais j’ai un truc super-mignon en dessous, mais c’est vrai que … je passe par ces phases-là très régulièrement. Et le seul moment où je m’accorde à être super bien habillée, c’est aux fêtes, les jours de l’an, les anniversaires, les fêtes des ami(e)s, Là j’ai toujours des robes absolument délirantes, du transparent, au super-moulé, avec des décolletés de fou, des jupes fendues. En général, mes amis oublient rarement les robes que je porte pendant les fêtes… et la police aussi… pour les tapages nocturnes. Donc en général, ils sont un peu tranquilles. Bon voilà ! j’arrive pas à être équilibrée vis-à-vis de ça. Effectivement, soit, je suis très bien habillée dans le quotidien. On me dit si j’ai quelque chose d’important ? en fait, non, j’vais juste travailler, j’avais juste envie d’être jolie. Ou alors, effectivement, je me cache, pendant des jours et des jours, surtout l’hiver. L’été, pour moi, c’est beaucoup plus pratique. J’suis toujours en robe, je ne supporte pas le pantalon, l’été. Ça aussi c’est une histoire de saison, Voilà, j’aimerais bien arriver à un équilibre tout au long de l’année. Inaudible … Voilà !

Delphine : Merci

Lise : je voudrais dire que toujours mes vêtements étaient liés à une question : argent. Quand j’étais petite, j’étais toujours habillée avec les vêtements qu’on nous donnait parce qu’on était trop pauvres pour en acheter. Donc ça a été jusqu’à mes dix-sept ans, où j’ai quitté l’école. Après, lorsque j’ai travaillé, j’ai commencé à acheter. Et c’était toujours du classique et après je me suis fabriquée mes vêtements. J’ai acheté une machine à coudre exprès pour les fabriquer. C’était toujours du classique. J’ai remarqué que je me suis parfois acheté des très très beaux vêtements, de belle qualité, alors chers. Là je les ai mis une fois, deux fois. Ainsi, par exemple dans mon armoire, j’ai trois tenues, qui sont superbes et que je n’arrive pas à… je donne toujours les vêtements que je ne mets plus, même parfois de très bonne qualité. Et ces trois-là très chers, je les garde et je ne les mets jamais. J’ai pas encore analysé pourquoi, les vêtements chers et beaux, je n’arrive pas à m’en vêtir et me présenter avec.

Psychologue : merci

Stéphanie : Moi, je voudrais dire que par rapport aux vêtements, j’en suis quelquefois à me changer deux, trois fois par jour. C’est vrai que je suis souvent dans mes placards… Il n’y a qu’un moment où je suis bien, c’est quand je vais m’acheter des vêtements parce que je ne mets que du neuf et ça me plaît beaucoup. Après, quand j’ai porté les choses, quelques fois, je peux sortir quatre pantalons, je ne trouverai pas le bon qui me convient parce que je… j’ai toujours une impression d’être sale avec. En ce moment, c’est comme ça. Je ne peux pas parler de mon enfance parce que je ne m’en souviens pas. Mais cet été, j’ai beaucoup fait ça, changer trois fois par jour de vêtements. Avant de venir je me suis rechangée. Et c’est pas pour ça que je me sens bien. Je crois que je trouve pas ce que je veux, donc voilà !

Psychologue : Merci

Judith : Moi, c’est une question qui a énormément évolué pour moi, les vêtements. Déjà quand j’étais pas tout à fait adolescente, mais presque adolescente, ma mère avait tendance à me donner ses vêtements, des robes… que je mettais parce que j’étais bonne…bonne… comment dire ? …très…on ne peut plus obéissante donc je portais ces vêtements, mais j’avais vraiment l’impression d’être déguisée. Et, quand j’allais m’acheter des vêtements, je savais pas comment me regarder dans la glace. Je demandais à la vendeuse de .. si ça m’allait, j’savais pas choisir et je choisissais des choses complètement…. Avec du recul, je vois bien, aujourd’hui, je me dis : comment j’ai pu choisir ça ? d’abord, c’est moche, ce qui m’étonne, c’est ma capacité à porter un jugement, aujourd’hui sur ce que j’achetais, alors qu’à l’époque, je ne le pouvais pas. Au niveau des couleurs, au niveau de la matière, au niveau du dessin du vêtement. Ça a complètement changé. Ça a changé, je crois, à partir du moment où j’ai changé, en fait, de comportement par rapport aux vêtements un peu difficiles à porter qui étaient ma peau. Et à partir du moment, où j’ai commencer à aimer, en fait, et là, je me suis regardée différemment dans le regard de l’autre et ça m’a permis d’aimer ce que j’achetais pour moi et de pouvoir le porter et d’avoir du recul par rapport à ce que je voulais mettre sur moi, comme peau supplémentaire. Et tout ça, ça s’est fait progressivement. Ça s’est vraiment étalé dans le temps. Un vêtement que j’ai vraiment eu beaucoup de mal à porter, c’était le maillot de bain. Je savais pas trop comment ça se portait. J’prenais des maillots, une pièce. Mais même, aller à la plage et porter quelque chose, c’était vraiment, vraiment, oui porter quelque chose. J’savais pas trop comment faire, quoi ! rire. Me mettre dans l’eau avant d’être sur la plage. Voilà ! J’aime les vêtement aussi. J’aime le plaisir qu’ils procurent, de les porter, et de les regarder, aussi… dans les placards et puis de les choisir, surtout. Merci.

Psychologue : merci

Delphine : Moi, je vais dire un mot…inaudible…plus tellement la féminité, mais plutôt à être sexy ou ne pas être sexy. Etre sexy, c’est hyper-angoissant, en fait, c’est pas du tout acceptable pour moi. J’peux faire des efforts, j’aime bien les beaux vêtements, plutôt class. Mais sexy, j’ai l’impression d’être un objet. Quoi ! tout de suite, donc c’est pas… Alors ça, ça se traduit, concrètement, c’est-à-dire, jusqu’à il y a deux étés, j’ai jamais pu mettre de débardeur ou de truc où on montre les épaules, des décolletés, ça c’est impossible, ça me paraissait… alors qu’en fait, il y a des débardeurs pas du tout sexy. Ça ne me dérange plus. Montrer ma peau, c’était pas possible, je n’ai pas pu mettre de sandales. Montrer mes orteils, ben, je pouvais pas , en fait, c’était trop nu. Je pouvais mettre des bermudas, tout ça, mais pas des jupes. Tout ça c’est passé : je mets que des jupes l’été. J’pouvais pas mettre des collants non plus, parce que, je sais pas… j’ai peur , c’est bizarre d’ailleurs… qu’on me les enlève. Enfin, j’ai peur d’être agressée quand j’ai des collants qu’on me … ça ma rappelle : mon grand-père, il me retirait mes collants, j’crois, alors je peux pas mettre de collants et l’été, je peux mettre de jupes. Donc, ce serait plutôt …ça dès que j’ai pu me dévêtir en vieillissant peut-être. J’avais spécialement besoin que mes vêtements soient trop grands, mais pas montrer trop de peau. Maintenant, ça va. J’ai toujours, pas du tout envie d’être sexy. Je vois pas pourquoi, en plus … je vois bien, même idéologiquement, je me fais tout en truc. Pourquoi, je voudrais être sexy ? Je n’ai pas envie de donner cette apparence, de montrer ça. Ça ne me dit pas du tout. Voilà.

Psychologue : Merci

Maud : Je voudrais juste rajouter quelque chose. J’ai la boulimie des vêtements. J’achète, j’dirais quasiment tout le temps, Si c’est pas un vêtement, c’est des chaussures, parce qu’effectivement, j’ai aussi ce souci de … très rapidement, j’vais ouvrir mon armoire et me dire : qu’est-ce je vais me mettre, je n’ai rien à me mettre Et effectivement, j’ai.. il m’arrive d’avoir de robes, des vêtements que j’vais mettre une fois et je me refuse d’acheter, car je me dis, je vais les remettre. J’ai tellement de choix que du coup, je ne peux pas tout mettre. Ça s’est… je me suis aperçue que j’avais, c’était compulsif d’acheter après mes séances de psy. C’était pas pratique parce que mon psy était rue…donc j’avais… pour moi, c’est le paradis là-bas, des fringues à vingt euros, des chaussures à trente, il y a toujours de soldes… voilà ! Ma séance coûtait quatre-vingts euros, au lieu de me coûter quarante quoi ! C’était ça, quasiment systématique. Là, je me suis un peu calmée et maintenant, j’essaie d’acheter à bon escient. Voilà ! c’est difficile, je sais pas ce que je fais passer dans mes achats compulsifs, mais j’sais que ça encombre beaucoup mon coffre. Voilà !

Psychologue : Merci

Christiane : Moi, j’ai toujours été d’une façon classique. Ma mère, faut dire, m’interdisait d’avoir des vêtements sexy, j’étais toujours bon, hyper, hyper classique. En plus, il y a une quinzaine d’années, j’étais beaucoup plus ronde que ça, donc, je m’habillais , toujours de chose hyperlongs, hyper grands, l’été, on ne me voyait pas à travers mes vêtements, comme ça on ne voyait pas mes rondeurs. Comme j’étais… on voyait pas trop mes rondeurs parce que j’étais équilibrée. Donc je me cachais vraiment dans mes vêtements. Et quand j’ai perdu un certain nombre de kilos, je me suis, quand même sentie mieux, et en été depuis cinq ans je vais, dans l’ensemble, je vais quand même beaucoup mieux donc je m’habille beaucoup plus sexy, je me maquille plus. La semaine, c’est différent, je travaille dans le milieu médical, je suis obligée de me changer trois ou quatre fois par jour, parce que je suis en tenue, que la semaine, je m’habille classique. Vous m’avez déjà vue, mais le week-end, c’est un peu ma revanche, je m’habille sexy, j’aime bien me maquiller, j’aime bien sortir. J’ai un peu deux personnages. D’une certaine façon quand je vais voir ma mère et ma famille, je suis toujours hyper classique, je rentre dans le rang et le week-end, en deux mots, eh bien je me défoule quoi ! et mon ami, avec qui je vais bientôt me marier, c’est vrai qu’il aime bien , les femme sexy, j’aime bien être belle pour lui, donc je suis belle pour moi, maintenant, ça mon évolution, je commence à être bien dans ma peau que depuis cinq ans. Quoi ! et c’est vrai que maintenant, j’aime bien, le week-end prendre le temps de me maquiller. Quand je suis en vacances,je suis toujours habillée sexy et c’est pas spécialement une provocation, c’est que je me sens bien , je commence à me sentir bien

Delphine : je peux juste redire un truc ? Je me rappelle quand j’étais jeune, quand j’avais dix-huit ans, j’avais une robe en stretch vert bouteille… très sexy et donc. Quand je m’habille très sexy, j’ai l’impression d’être un travelo, ça me fait, c’est immanquable, de ne pas être une femme , mais d’être un homme, un garçon déguisé en femme, c’est impossible quoi ! je n’aime pas cette sensation du tout.

Psychologue : Merci

Yvette : la personne qui me gène, c’est mon mari, par rapport à mes vêtements, c’est-à-dire que si je m’habille de façon féminine, il ressent ça comme un appel. Et il devient entreprenant et c’est quelque chose qui me …(changement de face de cassette)… Je ne veux pas lui donner cette impression et c’est systématique, ça. J’aime mieux me mettre en pantalon et bon ! En dehors de ça, en dehors de lui, dans la vie courante, les vêtements pour moi, c’est une limite entre moi et les autres. Parce qu’il m’en manque, c’est une façon de faire rempart et de me protéger donc pour se protéger, c’est sûr qu’il faut pas mettre quelque chose qui appelle le regard donc j’aime les choses tout à fait neutres, noires, sans forme, voilà. Et en fait, je suis vraiment bien et vraiment en accord avec ce qu’on m’a inculquée lorsque je n’ai pas de forme, ce qui est beaucoup mieux. Et en fait, je sentais les choses mieux parce que je faisais dix kilos de moins, naturellement, je n’étais pas dans les normes non plus, mais ça me permettait de correspondre à quelque chose. Alors, maintenant, j’ai pris du poids. Ceci dit j’aime bien effacer les formes. Donc on en est toujours à la même histoire. J’arrive à dépasser ce stade d’anorexie et je mange normalement. C’est déjà un mieux quand même. Il m’est arrivée aussi, quand j’étais môme, de prendre les vêtements de mon père, plus tard de mes copains. J’étais adolescente. Parce que là aussi, c’était une façon, de me cacher, de ne pas être féminine et en fait, je me rends compte que tout ça correspond à des choses d’enfance où l’idée c’est de ne pas être féminine, parce que ma mère ne voulait absolument pas que ça se passe comme ça et donc tout ce qui était existence féminine, je peux même dire existence, mais enfin, c’est quand même le thème, ici. Il semblerait qu’il y ait beaucoup de choses sur le sexe féminin, masculin, je sais pas on n’en a encore pas parlé et j’ai l’impression que c’était ça qui était demandé, d’être invisible, de ne pas exister en fait, la façon d’exister, c’est de ne pas être féminine, ne pas être en rivalité avec elle.

Psychologue : Merci

Lise : je voudrais ajouter un mot par rapport à ce que j’ai entendu. Il m’est arrivée, une fois à la boulangerie, une fois dans le bus ou ailleurs, qu’on me dise : « pardon Monsieur, bonjour Monsieur, ». Mais, ça c’est quelque chose que je ne tolère pas et même quand je suis. .. il m’est arrivée d’être en jupe et qu’on me dise : « excusez-moi, Monsieur… et tout » donc c’est ambivalent au point de vue de mon identité sexuelle. Je ne sais pas ce qui en moi,, même avec des cheveux longs, qu’est-ce qui laisse penser… enfin laisser une ambiguïté par rapport à mon sexe. Quoi ! ça me met en … je ne dis rien, une fois, j’ai dit : je sais bien que je sors de chez le coiffeur, on vient de me faire une coupe, mais enfin, je suis : Madame ! j’ai dit ça à la boulangerie, mais vraiment , j’étais en colère Quoi !

Judith : moi aussi ça m’est arrivée plusieurs fois qu’on me dise Monsieur, mais je ne comprends pas pourquoi !

Valentine : ça m’est arrivée quand j’étais beau coup plus jeune. Mais pareil, ma mère aurait voulu que je sois beaucoup plus féminine, j’étais bourrée de contradictions. Donc automatiquement, j’avais une attitude… puis j’ai deux frère, donc élevée au milieu des garçons. J’avais quand même une attitude très masculine, mais par contre, il y a un fait qui me …. Justement pour le trente et un… je deviens un peu excessive, à certaines occasions sur les vêtements, j’avais décidé ce soir-là de mettre une jupe et cette jupe allait avec des bottes… je n’en démordais pas … mais j’ai pas retrouvé les bottes et donc une heure avant de partir pour la fête… une crise de nerfs pas possible. Je ne retrouvais pas les bottes, donc je ne pouvais pas mettre la jupe, donc tout était foutu en l’air et j’ai failli pas aller à la soirée à cause de ça. J’ai mis un pantalon, après, je retrouvais pas mes clés, donc j’ai bien cru que j’allais pas aller à cette soirée. Et finalement, j’y ai quand même été, mais c’est vrai que par la suite, je me suis dit mais c’est dingue comment je peux être ancrée : cette jupe devait aller avec ces bottes. Ça ne pouvait pas être autrement. Point final quoi ! donc j’ai perdu mon sang froid. Ce qui m’a profondément agacée parce que ce soir-là j’avais décidé d’être chic. Ça m’a énervée. Merci.

Mathieu : moi, c’est plutôt du classique, car j’ai horreur de la négligence et tout ce qui est jean troué, tout ça, je ne supporte pas ça. Par contre quand je commence, à trouver le truc qui me plaît, j’l’achète, le tricot que j’ai là, j’dois en avoir cinq ou six, et le pantalon pareil, jusqu’aux chaussettes et quand j’étais enfant, je récupérais les habits que mon frère aîné mettait et me laissait. On n’avait pas trop les moyens non plus ! Il a huit ans de plus que moi. Quand je les récupérais, ils étaient un peu démodés jusqu’à l’âge de quinze ou seize ans, ça a été. Après, … inaudible…. J’aime pas la négligence. Au niveau de cheveux, c’est pareil. Dès que les cheveux commencent à me chatouiller les oreilles, faut que ça parte, autrement, je me sens sale, je me sens pas à l’aise par rapport aux autres. Merci

Psychologue : Merci…. Silence…. Quelqu’un a encore envie d’intervenir sur ce premier sous-thème ?

Nathan : Donc, sur les vêtements je ne sais jamais trop comment m’habiller. Il y a un petit peu deux types de vêtements que je vois chez les hommes, ce serait soit m’habiller très très bien, très élégamment, avec un pantalon noir en tissu, des belle petites chaussures noires, une chemise et puis une veste noire… j’sais pas comment on dit ça, juste pour travailler, par exemple dans la banque. Mais porter ce genre d’habit pour moi, c’est enfin être très, très …. Inaudible… J’ai vraiment l’impression d’être déguisé dans un très très beau costume… voilà, c’est un costume. Dès qu’ça me fait peur je me sens trop trop fragile dans ce genre de vêtement qui flottent un peu. Au contraire ce que je préfère maintenant , c’est des vêtements , enfin, des vêtements, l’idéal … l’habillement idéal, c’est un jean plutôt foncé, des chaussures « dock martin »et puis ma veste en cuir, que je me suis acheté, il n’y a pas longtemps, parce que ça me paraît plus imposant, parce que c’est comme ça que je vois les choses , enfin, je ne sais pas ce que ça reflète à l’extérieur, mais c’est plus m’habiller de façon à m’imposer, comme mes lunettes, là que j’ai achetées, il y a six ou sept mois. Avant je portais des lunettes, un peu transparentes, quitte à exister, autant, s’imposer, sinon, ça me fait trop peur. Sinon, pour les cheveux, pareil, je ne sais jamais trop si faut que je les coupe à ras et je me retrouve comme un dictateur, enfin trop sévère ! sinon, quand je les laisse longs, je ne sais jamais trop comment les coiffer. Et même le look, un peu délaissé, même dans les vêtements, ça me fait très, très peur. Je ne m’autorise pas à me laisser aller dans mes vêtements. Ben voilà ! Merci !

Psychologue : merci

Delphine : Je voudrais juste dire, un mini-mot. Moi, aussi on m’a beaucoup appelée : jeune Homme, monsieur, jusqu’à mon début de mon analyse. Et depuis mon début d’analyse, cela ne m’est plus jamais arrivée. Je ne sais pas ce qui a changé, maintenant on m’appelle madame. C’est plus jamais arrivé. Avant, ça m’arrivait tout le temps et j’sais pas non plus pourquoi, et je détestais ça. Ça me… c’était insupportable !

Psychologue : Alors, juste, on a eu déjà, je veux dire, les premières paroles du deuxième sous-thème concernant ma réalité corporelle au quotidien et en public après l’inceste. Simplement je vous pose la question : est-ce que vous souhaitez qu’on fasse une pause de dix minutes, maintenant ou on enchaîne que le deuxième sous-thème et qu’on fasse la pause après ?
Réponse collective : juste cinq minutes de pause… dix minutes….
Psychologue : oui, oui, d’accord… on prend les dix minutes maintenant et on enchaînera le deuxième et le troisième sous-thème. D’accord ?

PAUSE
….Je vous redonne le deuxième sous-thème. Effectivement, on a commencé à aborder :

le deuxième sous-thème : « ma réalité corporelle au quotidien et en public, après l’inceste.

Annabel : je voudrais poser une question de compréhension : après l’inceste ? . Si c’est après l’inceste, moi, ça a été … inaudible… toujours ! ou est-ce que c’est, quand l’amnésie s’est levée… puisque j’ai été dans l’amnésie jusqu’aux alentours de cinquante ans passés.

Delphine : On dit ce qu’on veut. On précise de quoi on parle. Voilà, on y va dans le registre dans lequel on veut aller, ce qui paraît important , pour chacun.

Psychologue : puisque effectivement, c’est vraiment la réalité, j’veux dire la réalité corporelle, la réalité corporelle, alors, effectivement, est-ce qu’on a effectivement, une impression, il y a vraiment eu un changement de réalité corporelle qu’on avait déjà et qu’elle a été remodifiée, je veux dire, au moment de la levée de l’amnésie ? Voilà ! c’est juste, effectivement, tu as raison de préciser à quel moment on se positionne ou effectivement où les différences sont les plus explicitées dans cette vision de la réalité de son corps… On est donc là, vraiment dans la logique « au quotidien, et en public », qui commençait à être abordé en disant, il y a quelque chose… certains ont dit voilà, c’est le fait qu’on me prenne effectivement pour un homme fait réalité corporelle dans un quotidien par rapport à un public, qui renvoie, justement, à une vision difficile

Nathan : le regard de l’autre ?

Psychologue : effectivement, ça peut être le regard de l’autre, c’est-à-dire… et la manière dont on le sent ou la manière dont on l’interprète, le regard de l’autre

Annabel : par rapport à ce que tu viens de réévoquer de ce qui a été dit dans le premier thème, donc le fait, la douleur d’être pris pour un homme. Quand une de mes filles avait treize quatorze ans, un jour elle est rentrée en larmes, dans une grande douleur, parce que quelqu’un lui avait dit : « Bonjour Monsieur, pardon Monsieur », donc on l’avait pris pour un homme, et j’pense que c’était la première fois qu’elle l’évoquait, mais je me souviens avoir été ravagée, devant sa douleur qui m’a mis moi, aussi une douleur terrible, bien que le fait en lui-même me paraît anodin, j’ai cherché vraiment, qu’est-ce que je pouvais proposer pour calmer sa douleur et tout ce que j’ai trouvé – ça renvoie au thème d’avant, je suis désolée- ça a été de lui dire : « écoute, on va aller dans une boutique et tu vas t’acheter tous les habits, il n’y a pas de limites de budget » et je savais que c’était nulle comme réponse et je ne voyais pas autre chose, et donc on a fait ça, comme si d’acheter des vêtements, pouvait compenser une blessure très importante, alors que moi, je trouvais … consciemment c’était anodin, j’étais bien dans le bouleversement quand même. Donc ça, je le dis, mais qu’est-ce que j’ai prêté comme signification aux vêtement. ? comme pouvoir de guérison, comme compensation, ? je ne sais pas. Mais je pense que pour ma fille, ça été aussi quelque chose qui a dû la marquer.

Delphine : je ne sais plus comment c’est formulé, cette histoire de se sentir une fille ou un garçon, une femme, en l’occurrence, c’est compliqué, souvent, ça s’est posé pour moi de façon… ça s’est posé en étant en public. Quand je suis toute seule, ou plutôt quand j’étais plus jeune, adolescente ou jeune adulte, enfant, remarque aussi. En étant toute seule, je savais que j’étais une fille, enfin, en société, avec d’autres, d’autres garçons ou d’autres filles, C’est souvent un truc qui m’a posé problème, de me sentir aussi une fille et donc ça veut dire comme les autres filles, mais comment c’est ? et je vois bien que là, c’était pas … j’arrivais pas… peut-être que je voulais pas non plus vraiment m’sentir une vraie fille… C’est pas trop …pas un homme non plus, pas un garçon, mais une vraie fille, je ne sais pas non plus ce que ça m’évoquait, comme si ça voulait dire : vulnérable… mise en danger, des trucs comme ça. Il fallait que je me défende de ressembler à ça… Enfin, voilà ! quand j’étais en public. Maintenant, c’est plus du tout ça. Je ne me sens plus en danger, mais, en étant en public, s’est posée la question de savoir : oui, je suis une fille, je suis une femme, mais comment c’est ? de ne pas être bien … mal à l’aise avec ça. Voilà !

Valentine : Effectivement , le corps en public, très jeune, j’habitais en cité…Inaudible… Excusez-moi, je disais, en habitant à la cité, être une fille… enfin, il était préférable d’être un garçon, c’est plus facile, tout simplement. La fille, c’était : ou la fille très sexy « marie couche-toi là » en général, ou t’existais pas et t’es plutôt limite un garçon, donc.. En fin de compte, parler du vêtement, donc moi, mon corps, j’en ai pas vraiment pris conscience, étant jeune. J’avais l’impression que c’était une entité bien à part de moi. Le seul avantage ou qualité que je lui ai trouvé, c’est qu’il était résistant, qu’il était sportif, ça s’était sympa, Du coup, ça me rapprochait du côté masculin, justement. J’avais ma place, j’avais une place, j’étais pas avec les filles super-sexy, super-féminines, mais j’étais pas non plus un garçon, parce que j’étais une fille, mais en même temps, j’étais sportive, donc mon corps arrivait à trouver sa place au sein du sport. Ma place a beaucoup évolué, effectivement depuis que j’ai quitté L. pour Paris. Ça a pas été une transformation immédiate, j’ai perdu du poids, donc j’ai réappris à redécouvrir, quand même mon corps, et à tenir une place déjà dans ma vie à moi….mon corps en pensant à lui. Effectivement, du coup, avec les autres, en.. côté social, j’aime beaucoup danser, j’aime bien m’amuser. Je suis même assez sexy, quand je danse, même si pour moi, quand je danse, il n’y a pas une vraie connotation sexuelle. J’aime danser, et là tout d’un coup, quand je danse, j’apprécie bien mon corps, je trouve qu’il fait bien les choses. Ça va ! Et dans le quotidien, maintenant, je trouve… En tout cas, je l’apprécie maintenant, car je lui ai donné une place et que dans la vie, je commence à prendre plus soin de lui. Finalement à part quelques défauts, comme tout le monde, je commence à l’apprécier tel qu’il est, à apprendre à le mettre en valeur et le regard des autres commence même à m’être agréable. Certaines fois, j’apprécie qu’une tête se retourne, ou un compliment, ça dépend des jours, ça dépend de l’heure, ça dépend de mon humeur, mais je commence à apprécier, effectivement ce genre d’attentions et d’ailleurs, je suis allée chez le coiffeur, je commence à penser à m’inscrire dans une salle de sport pour remodeler… donc que je corresponde à mes attentes. Voilà ! Je suis dans une dynamique positive par rapport au corps et aux vêtements. C’est agréable à vivre. Pour l’instant, ça roule de ce côté-là !

Psychologue : Merci

Maud : moi, je voulais dire, moi, adolescente, je ne me sentais pas réellement fille, surtout à l’école. La majorité de mes amis, c’était des garçons. J’étais toujours avec des mecs. Les filles, le côté ragot, gnan-gnan, je voyais toujours les filles comme quelque chose de chiant. Faut dire que dans la famille, je n’ai que des cousins, même si je suis fille unique à domination masculine. Et à l’école, ben, j’avais toujours un groupe de copains et en fonction de mon âge, ça a évolué, mais toujours avec de garçons, donc je faisais des trucs de garçons, je me retrouvais dans des situations un peu abracadabrantes quoi ! pour une jeune fille. Regarder des films pornos avec de garçons, c’est pas très… beaucoup de gens trouveraient que c’est assez dangereux. Je me sentais tellement garçon, je ne me sentais pas du tout en danger et je trouvais ça même plutôt drôle, mais dès que je commençais à avoir une réflexion de la part de mes copains, disant : « ce serait pas mal » … et tout, j’avais une réaction complètement masculine en disant : « mais attends, tu veux t’en prendre une, j’étais prête à me battre comme un mec, parce que je me sentais mec.. Je disais : « Mais attends, mais qu’est-ce tu me fais ? tu me proposes quoi ? Toi ? tu rêves quoi ! » En fait, ils m’ont complètement respectée. Là-dessus, j’ai aucun problème. Mais c’est vrai qu’avec le recul, je me dis quand même … euh…j’ai pas joué … inaudible…j’ai pas joué à être une fille, à se maquiller comme une femme…. Moi, j’étais avec des mecs… et après avec les années, à regarder des films de cul, à traîner dans les rues, un vrai petit mec quoi ! Et avec le temps, ça a changé, et j’ai commencé à avoir des copines. Donc, effectivement, le côté féminin est arrivé, et là du coup, j’ai eu droit, à avoir des remarques et je rends en général, c’est-à-dire que ma génération ne sait pas trop s’adresser aux filles, donc c’était plutôt des insultes qu’autre chose, ça m’a toujours mis dans des états de rage assez délirante. Je pouvais avoir rien qu’en l’espace de dix minutes, rien qu’en marchant dans la rue …cinq altercations Quoi ! avec des mecs : « ça m’excite le cuir ! …inaudible… pour ceux qui ne comprendraient pas, c’est le putes en verlan…des choses comme ça… après se faire pointer sous un porche par un étranger très aimable, dire excusez-moi, je ne peux pas vous renseigner. Il continuait, du coup je me suis énervée, donc je me suis fait insulter de « mal-baisée » Donc voilà…J’me disais : ça a duré combien de temps ? Je devais avoir une vingtaine d’années. C’était un calvaire d’être fille, on ne peut pas marcher dans la rue, sans être insultée, et sans être abordée, sans avoir un mec qui se branle devant notre porte ou dans le métro, qui se masturbait devant moi dans le métro…c’était délirant ! J’ai eu une période où c’était tout le temps quoi ! Je me demandais : « Qu’est-ce qui provoque chez moi ce comportement aussi délirant chez l’homme. Quoi ! alors que j’étais en jean et en pull large ou alors en mini-jupe avec des bottes, j’avais le même … les hommes avaient le même comportement avec moi » Et, étrangement en vieillissant, il n’y a plus. On ne me parle plus dans la rue, je ne vois plus d’exhibitionniste. On ne se colle plus à moi dans le métro. Est-ce que j’ai vieilli et donc, j’ai un visage assez fermé donc, on ne me regarde pas, je sais pas ! Comme je gueule, de toute manière, à la moindre….inaudible… Je parle plus fort que l’autre, en général, il s‘échappe. Voilà ! Enfin, je suis contente de ne plus avoir à subir ça. Un soulagement, car ça évite que je m’emporte et que je m’énerve. C’est quelque chose que j’apprécie. En plus on passe pour une folle et pas le pauvre mec qui était en train de se branler devant moi, qui passe pour un fou et un détraqué, donc c’est…

Psychologue : merci

Irène : je me posais la question de savoir si mon expression corporelle, la perception que j’avais de mon corps avait changé avant et après. Avant l’inceste, pour moi, c’est assez flou. … inaudible… mais enfin, il y a eu une période où c’était des choses dont j’avais conscience, je prends ça à peu près comme repère. Le gros changement auquel je pense, c’était que, enfant, j’avais une dizaine d’années, onze douze ans, j’étais tout à fait, dans mon corps, c’est-à-dire que mon corps et moi, on faisait bien une personne. A l’extérieur, j’étais très active, physiquement, je n’étais pas gênée. Je vivais dans le sud, j’allais à la mer, je nageais, je pouvais prendre mes aises, courir dans la campagne, en short, avec des épines qui me griffaient les jambes, enfin j’avais un plaisir à être, à exister physiquement et pas justement… je ne sais pas ce qui est lié à l’enfance, à ce qui s’est passé après. J’ai l’impression que après… vers l’adolescence, et après que mon père a eu un comportement incestueux clair avec moi, qu’il a peut-être pas désigné comme cela ;une relation d’ordre sexuel avec moi, j’ai l’impression que mon corps n’a été pendant très longtemps que pour les autres, pour l’extérieur. Pour les vêtements, je parlais tout à l’heure, le paraître en fait partie. J’ai eu cette sensation d’habiter dans mon corps, de prendre du plaisir à être, du plaisir personnel et tout ça… c’est devenu, je suis devenue, comment dire, très intellectuelle. Ce que j’aimais faire, c’était lire, c’était parler avec les gens et puis si possible être seule, regarder des films et tout ça… et par contre tout ce qui était … le plaisir de courir à complètement disparu. C’était très pénible… A chaque fois que je renageais, je me rendais compte du plaisir qui était toujours important pour moi. Et toujours maintenant, je n’arrive pas à prendre la décision… tout ce qui est de l’ordre du physique, j’ai tendance à le dévaloriser… je vis à l’intérieur, c’est-à-dire que c’est plus de l’ordre de la lecture, la pensée, de regarder, tout ce qui est… et dès qu’il s’agit du corps. Ce n’est pas que je n’en ai plus, mais c’était quelque chose pour les autres, de l’ordre de la séduction, donc je prenais soin, en effet, je m’habillais d’une façon la plus élégante et séduisante possible, je bronzais en été, je m’épilais pour avoir des jambes lisses, je me maquillais, je préparais ce corps pour obtenir, en effet, ce que j’avais cherché, c’est-à-dire l’attention, la séduction, des gens qui me disaient, soit des hommes qui me … qui s’intéressaient à moi, soit même d’une façon général, qu’on me dise que j’étais jolie, que j’avais de l’allure et puis.. j’ai l’impression dans ce contexte…je ne sais comment appeler ça… je me suis dissociée de mon corps, dès cet âge-là .. c’est-à-dire, je n’ai pas de souvenirs, je n’ai de souvenirs que de l’extérieur, de comment je m’habillais, comment … le rapport avec les autres dans la rue, la façon dont on me regardait, la question justement entre accepter d’être regardée et puis se retrouver « pelottée, touchée, tout ça »… cela provoquait d’angoisse chez moi. Mais par contre moi, j’ai vraiment perdu contact avec mon corps pendant des années et d’être depuis que me suis remariée, que j’ai eu des enfants, d’être en train de rechercher à éprouver des choses pour moi, puis à me regarder en tant que moi-même juste non pas qu’est-ce que je vais donner de mon corps à montrer aux autres. J’ai réalisé aussi quand je me regardais dans une glace, je ne voyais rien. Je ne me vois pas dans une glace. C’est bizarre à dire, je peux me maquiller, je maquille quelque chose, mon image, je suis incapable de dire si je me trouve bien, pas bien… je ne sais pas. Je n’ai pas le sens de moi-même, en fait, j’ai conscience de moi, je ne sais pas, dans la douleur, dans la fatigue, sinon j’oublie très vite de penser à ce que j’éprouve physiquement. J’ai beaucoup fonctionné comme si j’avais tout rassemblé en haut, dans le cerveau pour pas , tout le reste pour les autres, mais pour pas faire trop attention à ce qui va arriver, à ce que je ressentais, parce que c’était dangereux, je pense. Justement ce qui me bouleversait, l’émotion du contact physique, tout soit relié à quelque chose d’ouvertement malsain dangereux, angoissant pour moi. Finalement, j’ai beaucoup de mal à m’investir de façon sereine. J’ai l’impression que mon corps est un petit peu séparé de moi, en fait, finalement pendant de nombreuses années. J’essaie de retrouver quelque chose d’une relation avec ça !

Psychologue : Merci

Mireille : Moi, j’ai envie de dire que l’inceste, ça dure toute la vie. Effectivement, j’avais neuf ans… Mais c’est vrai que j’ai vécu une adolescence où j’étais extrêmement timide. Moi aussi, j’ai développé le côté intellectuel, vraiment, si je n’avais pu être qu’un pur esprit et être complètement asexuée, ç’aurait été le rêve pour moi ! … Bon ! J’ai quand même…je me suis mariée… je suis toujours mariée, je suis toujours avec mon mari, on a toujours été ensemble, mais… (Fin de la cassette)…. Je me suis décidée à faire une analyse et un jour, ça a re-surgi. Ça rejoint les vêtements et ce que tu disais, Pour un anniversaire de mariage… mon mari… donc, on passait une soirée tous les deux à la maison, c’était très bien et il m’a offert… il a voulu m’offrir des vêtements… sexy. Alors, là, ce jour-là, lors là, ça a créé quelque chose de difficile qu’on n’a pas encore… qui est un point de traumatisme, enfin, lui…, donc j’ai, moi j’ai éclaté, j’ai dit : « je ne veux pas être un objet » , je voulais vraiment un autre cadeau, moi, j’préfère des livres, j’préfèrais autre chose, et je voulais surtout pas ça. Et donc là ce jour-là,ça a été une grande victoire pour moi, dans la mesure où pour une fois, j’ai pu dire : « je ne veux pas ça, je ne suis pas un objet ». C’est sorti de moi, c’était vraiment une victoire, parce que d’habitude, rien ne sortait de moi. Pour moi, je l’ai vécu comme une victoire et lui l’a vécu comme un rejet assez important, dont on parle encore… ça fait plusieurs années ! et donc c’est vrai qu’il me reproche toujours de ne pas faire d’efforts , de ne pas m’habiller sexy, de pas… évoluer dans un sens plus féminin. Voilà ! Donc je rejoins ce que tu disais, effectivement, si je m’habille un jour plus sexy, là aussi, c’est comme si c’était un appel et donc la ça colle pas ! et là, on n’arrive pas à mettre ça au clair. On n’est pas sur la même longueur d’onde. Je lui ai dit : « je rejetais ton cadeau, parce que il a réveillé, certainement beaucoup de choses en moi que peut-être j’avais jamais dit vraiment. » Alors, il a eu aussi le sentiment que avant, je faisais du cinéma tout le temps… c’était… disons une période de vie… comment dire ? … où j’ai mis de côté cet inceste, on n’en parle pas. On le sait mais on n’en parle pas, et puis ça va bien finir par se passer. Et puis un jour où ça ressort… Et là, donc, j’suis toujours après l’inceste. Finalement, j’ai l’impression de ne pas en sortir. Or, intellectuellement, sur le plan professionnel, j’ai mené ma vie normalement, en fait, cet aspect-là me gène encore plus, d’autant plus maintenant, que je suis à la retraite. Tant que j’avais mon boulot, ça permet, quand même, d’évacuer, enfin de ne pas penser, c’est l’avantage du travail. Mais là, alors maintenant, on se retrouve tous les deux, et ça c’est quelque chose qui maintenant ressurgit très fort .. notamment, par rapport aux vêtements, par rapport à l’attitude féminine ou sexuelle… là, il y a quelque chose que j’arrive pas… il y a un nœud qui est là et je ne sais pas ce que ça va faire. C’est une incertitude et voilà ! donc je ne sais pas … inaudible…En société, c’est vrai que je suis timide, et j’aime pas trop me faire voir, toujours la même chose. J’étais enseignante, et on finit par s’habituer, on fait des progrès. Donc, j’arrivais quand même… même à prendre la parole avec de collègues, sur le boulot, ça c’est bon ! ça pouvait aller…mais autrement, je ne me sens pas encore capable de prendre la parole en groupe. Déjà là, il y a du monde, c’est pas mal. Mais voilà ! … Là aussi, je sais pas si tous ces troubles, c’est vraiment lié à l’inceste ou si c’est lié à autre chose de la vie familiale. J’en sais rien. La question… il n’y a pas de réponse. La question c’est : « est-ce que tous les troubles que j’ai, c’est vraiment uniquement l’inceste ? ou est-ce que c’est autre chose ? enfin ! voilà ! ça c’est une question !

Danièle : Moi, je vais essayer de vous parler, c’est vrai, c’est pas évident. Avant l’inceste , c’est un peu flou, j’ai fait un travail de thérapie qui m’a ramenée vers l’âge de deux ans et.. j’ai senti à ce moment-là que j’avais mes bronches qui devenaient fragiles et j’ai eu la chance de grandir à la campagne et tout ce qui était dehors, j’étais bien et les activités : le vélo, courir, les animaux, tout ça, c’est vrai que ça a été ce qui me construisait. D’un côté tout ce qui était dans la maison, je n’ai plus de souvenirs, et je crois que c’était destructif. Après, vraiment j’ai l’impression d’avoir existée quand je faisais des activités dehors, quand j’étais pas habillée en fille, j’étais avec mes vieux pantalons et je grimpais dans les arbres, là j’étais bien. Sinon, quand ma mère m’habillait, des robes, des nattes… la gentille petite fille, là je n’existais pas vraiment. Et après à l’adolescence, j’ai découvert les soirées où on dansait et là, j’ai vraiment beaucoup, beaucoup… ça me faisait du bien de danser, en fait, de sentir mon corps, c’était là où je mettais mon énergie, je me sentais vraiment vivre, mais c’était excessif et j’avais besoin de ces soirées pour exister. J’ai développé là, un côté très … je me maquille, , j’m’habille avec des vêtement super colorés, Au fond, c’était pour aller danser, c’était pas pour rencontrer des garçons ou quoique ce soit. Comme j’étais vraiment dans l’amnésie jusqu’à… il y a… en fait il y a eu une première étape, je suis partie dans une grande ville, A dix-neuf ans, je suis arrivée dans cette ville, et là tout a dégringolé. J’ai l’impression d’avoir eu… comment vous dire ? … J’ai du mal à avoir les idées claires, en fait par rapport au corps. Oui, j’avais beaucoup de mal à ne pas me mélanger avec les autres. c’est un truc que j’ai encore maintenant, j’ai du mal à …quand il y a une présence forte en face de moi,… quelquefois, j’ai l’impression de me dissoudre. J’ai commencé à me ressentir vraiment dans le centre quand j’ai commencé ma thérapie, au bout de un an et demi, deux ans. J’ai commencé à me réapproprier, à me réhabiter. A ce moment-là, il y a eu aussi, après des étapes, mais fallait que je réapprenne à mes respecter, à m’aimer. Il y a tout une étape où j’étais pas bien du tout dans mon corps. Voilà ! Aujourd’hui, je me sens plus costaud par rapport à l’autre. Je crois que c’est ça qui a changé depuis quelque temps. Le corps après l’inceste, j’ai l’impression que mon corps est devenu quelque chose qui se mélangeait à l’autre, je n’existais pas séparément de l’autre.

Psychologue : Merci

Nathan : Moi, je vais parler, sur le corps. .. ça me fait penser à mon travail… comment dire ? Je ne sais même plus ce que je raconte. En fait pour mon travail, le fait que je fasse partie d’une structure… pour moi, à chaque fois que je pense à une structure, ça me fait un peu penser à une entreprise, penser à la famille dans un milieu clos… et donc mon corps… j’ai vachement peur pour mon corps… dans l’entreprise où je travaille maintenant… quand je suis au bureau, j’ai tout le temps peur, surtout depuis que j’ai soulevé des choses… c’est pire depuis que j’ai soulevé, que je sors un peu de la maison. Toute la journée, pratiquement… pas tout le temps… faut pas exagérer, mais j’ai peur qu’on me frappe à mort quand je suis au travail, qu’on me viole et tout. .. enfin, c’est pas que j’ai peur de mes collègues, mais ça me fait ranimer des souvenirs. Comme je suis habitué à ce qu’on me tabasse, qu’on me viole, je ne comprends pas qu’on me laisse tout seul comme ça, tranquille finalement. Je ne comprends pas…J’attends qu’il se passe quelque chose en fait. Je surveille un peu… Mais c’est surtout aussi, qu’au boulot, on vous demande, de réfléchir, de penser et d’écrire, ça dans mon enfance, on m’a bien appris que ça, c’était tout de suite la sanction corporelle. Et donc en ce moment au boulot, c’est ça, des angoisses énormes pour tenir le coup. Voilà ce que ça soulève un peu… le fait de rémémorer des souvenirs, ça remet en contact directement, sa propre vie.

Psychologue : Merci

Annabel : Une chose qui vient d’être dite là, tout mon enfance et mon adolescence, j’ai éprouvé cette impossibilité à réfléchir, à penser, à me souvenir, ce qui était effroyablement handicapant, très pénible, perçu par mon entourage et mes propres parents comme une manifestation de mauvaise volonté, de fainéantise, simultanément, mon corps ne fonctionnait pas comme celui des autres enfants. Je ne pouvais pas courir, j’étais la dernière en gymnastique, tout posait problème. J’étais absolument, terrifiée par de choses comme : descendre un escalier, je me voyais m’écraser en bas, sauter, le saut en hauteur, j’avais l’impression que j’allais me … que la corde, elle allait se détacher pour me fouetter… me fouetter… je veux dire longuement, donc c’était absolument infernal et ça me rendait difficile le contact avec les autres. Et curieusement, j’ai toujours des copains et des copines, mais au prix d’une énergie énorme. Et quand je suis devenue adulte, c’est-à-dire quand même rapidement, puisque j’étais enceinte à dix-sept ans. Là j’ai mis toute mon énergie à ne pas du tout être comme mes parents et surtout comme ma mère, en tant que femme, donc à avoir beaucoup d’enfants, avoir une vie sociale intense, à ne jamais être malade, tout le contraire d’elle. Ça a plutôt bien fonctionné, mais ça n’était… je m’en rends compte , pas moi du tout. Et donc, il y a eu plusieurs fois des comportements hystériques, des pétages de plomb très forts en public, tout un tas de choses qui me donnaient cette réputation méritée, de caractérielle mais qui me faisait horriblement souffrir, puisque .. parce que moi, mon point de vue, c’est que.. c’est que… c’était pas moi, c’était pas de ma faute, que j’étais pas née comme ça !

Psychologue : Merci

Irène : Je voulais rajouter quelque chose sur le plaisir de danser… quand je disais que j’avais eu du mal à investir mon corps, justement je le voyais danser … j’ai l’impression d’avoir régulièrement échoué, dès que j’ai voulu faire des choses qui n’avaient rien …inaudible….j’ai pris des cours de danse, genre danse de salon. J’ai pris des cours de chant, J’ai essayé de faire de la musique, du jumbée, quelque chose de très physique. Et autant, j’ai toujours réussi à faire ce que j’avais envie de faire dans d’autres domaines, je parle des études, de la peinture, tout ça, j’y arrive. Et là, à chaque fois, j’ai dû arrêter. Alors, la danse, c’est un petit peu moins, j’ai eu l’impression de réussir, vue de l’extérieur, j’arrive à danser en public si j’oublie finalement que je suis en public, j’arrive à un état… soit parce que j’ai bu, soit parce que il y a cet effet d’entraînement par la musique je me retrouve … on m’a toujours dit que je dansais très bien, j’avais l’air complètement libre dans la musique à certains stades, mais dès qu’il s’agit de quelque chose de plus codifié, tous ces cours-là, je me suis obligée à les prendre, je me suis vraiment forcée à le faire en me disant : ça va te faire du bien, plutôt que d’aller choisir une activité…. Inaudible… par exemple, apprendre à chanter, j’étais persuadée que je chantais faux, j’aimais pas ma voix, je me suis dit, ça va me faire du bien, ça va me libérer d’apprendre à chanter. D’ailleurs, le cours, ça me faisait du bien, ça se passait pas mal, mais j’ai pas réussi à continuer, quoi ! au bout de trois quatre cours, je ne sais pas ce qu’il y a eu, j’avais pas assez d’argent à ce moment-là, et puis après la prof , elle a déménagé et je n’en ai pas cherché un autre. Et les cours de danse pareil, ça se passait bien, aussi, mais je trouvais un prétexte pour arrêter, la musique, le jumbée, j’avais mal aux mains et puis j’avais l’impression de ne pas être dans le rythme avec les autres, je me sentais complètement nulle parce que j’avais l’impression que je passais mon temps à les retarder… Toutes ces disciplines , je pensais que c’était des disciplines plaisantes, des loisirs, j’ai pas réussi à les mener à bout donc je vois que ces difficultés… je continue à faire des choses où justement, j’ai besoin d’être à l’intérieur de moi et de me lancer, de me tourner d’essayer de le faire pour le plaisir de le faire bien, J’ai tellement conscience du regard extérieur : tiens, mais je chante faux, ça s’entend, je vous parle, ça s’entend, je danse, je m’embrouille dans mes pas, ça se voit, que régulièrement, j’échoue, j’ai une sensation d’échec, pour le sport, c’est un petit peu pareil, pour tout ce qui est physique, j’ai l’impression de pas pouvoir faire grand-chose de performant et du coup de préférer laisser tomber, régulièrement. Donc c’est vrai que ça me pose problème ! l’expression corporelle pure, je peux quand c’est mélangé avec d’autres choses, parler et tout… Mais quand je danse, c’est pur ! quand je chante, il n’y a plus autre chose que ça, ça me pose un gros problème d’arriver à être contente de ce que je fais. Je suis tout le temps mécontente, insatisfaite Très vite, je me sens très inférieure aux autres, j’ai l’impression de ne pas y arriver. Puis être très exposée en même temps, ça c’est quelque chose de difficile pour moi, et en même temps, c’est sûrement important puisqu j’ai plusieurs expériences, d’avoir voulu essayer de le faire, voulu essayer de progresser

Psychologue : merci

Maud : Moi, j’ai une grosse difficulté, moi, je refuse à mon corps, tout exercice physique, je sais, j’ai eu plusieurs compagnons qui m’ont dit : « tu devrais faire du sport et muscler tout ça ! »…Je n’aime pas le sport en collectivité,les cours à l’école, moins, j’y allais, mieux, j’me sentais …j’étais aussi dans les dernières, je détestais les exercices physiques. J’ai même réussi en seconde, à avoir mes séances de psy aux heures de gym, moi , comme ça, j’avais pas besoin d’aller courir autour du lac. Courir, c’était l’angoisse totale et par contre, danser j’adore ça. Je danse depuis que je suis petite. Je dans ais avec mon père et avec ma mère aussi, et en fait depuis le décès de mon père, c’est l’une des personnes avec qui je dansais le plus, j’avais le plus de plaisir à danser. J’m’aperçois que j’danse de moins en moins dans les soirées, je passe plus de temps à parler avec les gens, à avoir un verre à la main. J’ai plus les gens autour de moi pour danser le rock… ça me…j’en suis très très attristée. Je sais que si je danse toute la soirée, c’est pour éviter de parler aux gens, je rentre dans une bulle et même en dansant, je ne partage rien avec les autres, je suis dans ma bulle et je danse et j’peux danser pendant trois quatre heures d’affilé, et après, j’veux dire j’ai passé une super-soirée, mais, j’ai parlé avec personne et j’ai rien partagé, je trouve ça un peu, assez nul dans un certain sens et donc là, je commence à me dire que ce serait bien que je commence à prendre des cours de danse. J’arrive pas du tout à faire le premier pas. Déjà, quel type de danse, j’ai envie de faire… ensuite à chercher… et puis après à me dire, est-ce que j’ai les moyens ? pas les moyens ? est-ce que j’ai le temps ? Pas le temps ? c’est.. j’ai l’impression que c’est une montagne. Dès que je fais un pas, il y a des petits gravillons, en-dessous qui glissent et qui me font descendre et donc, je suis toujours en train de regarder en hauteur, je me dis que ça doit être vachement beau là-haut, mais, je… j’arrive même pas à faire un pas. Quoi ! j’ai l’impression que je verrai jamais ce qui est en haut de la montagne, c’est… en même temps, c’est une question que je me pose rarement, parce que … par moment, je me dis oui, ça serait bien et puis après…inaudible… c’est en général, mon compagnon qui me dit : « fais quelque chose.Tu verras, ça te fera du bien à ton corps. Voilà ! je sens mon corps… inaudible… je me dis, j’ai un corps, super ! mais sinon, faire du sport pour souffrir, moi, je ne vois plus la souffrance dans le sport, mais là non plus, j’ai pas envie de me subir, quoi ! courir … avoir des courbatures pendant trois jours, faire des pompes, des abdo pendant des heures ça me paraît aberrant. J’ai du mal à comprendre que les autres le fassent, et surtout quel plaisir ils en retirent. J’crois que ça je ne comprends pas du tout !

Psychologue : Merci

Judith : En vous entendant parler, là je pense aux cours de gym, quand j’étais… à partir de la sixième, et j’avais une prof qui était, un prof assez physique, justement, dans son approche de l’éducation physique, donc un côté un peu militaire dans sa façon de nous amener le cours. Et un jour, elle m’a marché sur le ventre, pas marché au sens sadique, c’était vraiment… elle a posé le pied sur mon ventre et elle est passée dessus et ça a débloqué quelque chose. Pour la première fois, je me suis sentie capable de faire des exercices justement et en y réfléchissant, c’est probablement parce que ça venait d’elle. Je n’avais pas de conscience de mon corps, je… si c’est moi, qui devais décider d’y aller, ça me posait un problème en fait…donc j’étais pas motivée. Fallait vraiment que ça vienne de l’autre. Ça n’a pas beaucoup changé aujourd’hui ! c’est pas qu’il ait une ambiguïté sur le fait que ce soit moi qui décide ou pas d’y aller, mais cette prof… elle est vraiment… en fait je suis devenue première en sport… comment ça s’appelle, grimper à la corde, je réussissais tout très bien à partir de ce moment-là. Quoi, c’est quand même assez symptomatique d’une démission de son propre corps et puis aussi d’autre chose, c’est de… la capacité à vivre physiquement.. en considérant que c’est un entraînement.. ; je ne sais pas encore trop ce que je veux dire par là, pour moi, ça a du sens, Voilà !

Psychologue : merci

Lise : Moi, dans tout ce que j’ai entendu, il y un mot qui a été prononcé et que je fais mien, c’est que je me sens asexuée. Même, maintenant à mon âge, c’est peut-être ce qui permet à des gens de me dire : Monsieur ou j’sais pas quoi… je me sens pas… en tout cas, je me sens plutôt féministe ou peut-être féminine, je sais pas, je crois que j’ai toujours été comme ça. J’ai jamais attiré d’homme, quand j’étais à l’école, c’était pas une école mixte, donc longtemps je me suis dit : si j’avais été dans une école mixte, j’aurais eu un petit ami. Même plus tard, j’en ai jamais eu, je pense… j’ai entendu parler d’être dissociée, je crois que c’est ça, j’ai jamais pu … réunifier … je sais pas quoi. En tout cas, c’est sûr que j’ai pas de sexe, je ne sens rien, j’ai pas de sexe homme, j’ai pas de sexe femme…mon corps.. un jour, une de mes sœurs m’a dit, mais il y a peut-être dix ans, quinze ans : « quand tu étais petite, tu étais toujours sale »… et c’est vrai que on n’avait pas l’eau courante, donc on s’lavait que le visage et aux visites médicales de l’école, c’était, toujours pour moi, une torture parce qu’il fallait se déshabiller et c’était seulement quand je me déshabillais pour la visite médicale que je voyais que j’étais sale… Vraiment, c’était… Je me rappelle après je frottais avec … sans eau dans le creux de mes bras, c’était des choses noires comme de la gomme quand on gomme un papier. C’était sale quoi ! Donc je sais pas, si en me sentant encore asexuée, c’est lié à cette salissure et … c’est la première fois que je me sens aussi émue en disant que j’étais sale et que je fais un lien avec le fait d’être de me sentir asexuée maintenant… et récemment, j’ai eu l’occasion d’échanger avec un homme, par internet, et j’ai eu une certaine sensation agréable… et après cette sensation, la nuit-même, j’ai été violée quoi ! j’ai été violée et je me suis débattue ! j’ai hurlé ! donc mon corps , ce que je raconte là, c’est il y a deux mois, trois mois. Voilà ! c’est le mot asexué qui pour moi correspond le mieux à ce que je suis. Sauf, j’ai oublié de dire quand je suis avec des femmes du groupe de parole, alors là, je me sens femme, mais ça , ça m’est venue tout à l’heure en écoutant, je regardais unetelle, unetelle et j’ai dit mais avec elles, je me sens femme, quoi. Devant une femme, je me sens femme. Voilà !

Psychologue : Merci

Stéphanie : Je voudrais dire par rapport à mon corps d’avoir fait beaucoup de sport étant jeune… j’étais amnésique jusqu’à il y a cinq ans. Et à partir de là, j’ai demandé à mon mari de ne pas me toucher. Donc je ne suis pas touchée. Et je ne supporte pas le contact physique de quelqu’un qui va me taper la main sur l’épaule, comme ça, même embrasser des gens, pour moi, c’est une épreuve. Je suis pas très contente de ça non plus, mais, par rapport à mes enfants, c’est pareil. Le seul geste affectif que j’ai, c’est de les embrasser. Longtemps pour le petit dernier, je l’ai habillé, il était en thérapie sa psy me dit : mais laissez-le faire tout seul. J’ai réalisé ça, il n’y a pas très longtemps en fait que le seul contact que j’avais avec lui, c’était avec ses vêtements, de l’habiller. Et si elle me dit ça pour moi, c’est comme si elle me disait de ne pas l’aimer… A côté de ça, j’ai pris des résolutions, cette année par rapport à mon corps, c’est d’essayer de faire des efforts, de prendre soin. Je fais une thérapie psychocorporelle, ce qui est très difficile pour moi. Je fais des cours de danse, aussi danseuse thérapeute, une danseuse qui organise la danse dans ce sens-là… j’y mets les moyens, je sais pas où ça va m’emmener,…c’est très bloqué. C’est vrai que en public, moi je suis pas toujours à l’aise, encore maintenant, il m’arrive, quand je croise des gens, de me dire : « Mais ça se voit ! » et je ne peux pas m’enlever ça de la tête ! ça se voit, je suis marquée…inaudible…j’arrête .. inaudible

Maryse : Moi, j’ai vécu jusqu’à… la plus grande partie de ma vie avec la terreur que ça se voit, en ne sachant pas ce qu’il fallait qui ne se voit pas. Donc c’est infernal ! de penser qu’on a quelque chose qui va pas , quelque chose de dégueulasse, mais on ne sait pas quoi, et qu’il faut le cacher. Et quand l’amnésie s’est levée, donc j’ai compris, d’où ça venait. Est-ce que c’est lié à l’âge, mais je n’ai plus du tout eu de libido et comme j’étais divorcée, le problème avec le mari ne s’est absolument pas posé. Par contre l’idée même d’avoir une relation, d’être touchée, m’est absolument insupportable, c’est pratiquement la seule raison qui fait que je suis contente d’être vieille, J’ai l’impression que comme ça je suis bien protégée… euh… sur le …aider mon corps, que ..je me souviens, me dégoûte profondément. Je me lave très souvent, je me parfume beaucoup. J’ai peur de sentir mauvais, j’ai toujours peur de transpirer, et en fait, d’exsuder quelque chose de répugnant , je n’aime plus du tout me regarder dans une glace, parce que j’ai une sale gueule…

Psychologue : Merci

Christelle : je voudrais dire quelque chose. Donc, alors moi, j’ai… je pense que… c’est la première fois que je viens ici, que inaudible.. ; donc je suis venue aujourd’hui parce qu’on parlait du corps, je ne pouvais pas m’exprimer à ce sujet, alors donc ça m’a touchée de venir ici et de pouvoir en parler. J’ai réalisé au cours des années que le corps, c’est resté un sujet un peu tabou…. Inaudible… en ce qui me concerne, personnellement, moi, je rejoins l’avis général, c’est-à-dire, le ressenti général comme quoi, avoir un corps , quand on a été incestée, eh bien , c’est extrêmement pénible, c’est difficile et il faudrait en fait ne pas avoir de corps, en quelque sorte. Voilà ! Donc pour vivre heureux, il faudrait ne pas avoir de corps, et pour ne pas ressentir toutes les abominations propres au corps, donc il faudrait être désincarnée et en même, il faut bien accepter la souffrance propre au corps ; mais chez nous, il y a un rajout et..moi, j’ai… du point de vue corporel, je me suis trouvée le lien à mes réactions émotives à l’hyperémotivité, à des choses qui sont personnellement, une chose personnellement difficile à surmonter, qui était ce qu’on a appelé de la timidité, dès le début… alors qu’en fait, je ne suis pas … sûrement, je suis timide mais, cela devait venir probablement de quelque part et je ne savais pas au départ, ce qui s’était passé, je refoulais tout au fur et à mesure, parfois, j’ai su, parfois, je n’ai pas su, parfois j’ai voulu dire mais je n’avais pas d’écoute …et donc je ne pouvais pas parler de ce qui se passait au sujet de mon corps…(Cassette retournée) … le risque de ne pas être soignée, le risque que les maux que je contractais se trouvent sans issue, les risques de me trouver plus tard plus ou moins invalide et en plus pas de paroles. Pas de parole, parce que si je m’étais exprimée, le fait de passer pour une folle, et un tabou social, un tabou social et familial concernant les choses corporelles. Ce côté handicaps familiaux qui diminuent considérablement le nombre d’usages qu’on peut faire du corps et qui sont très difficiles, qui sont plus pénibles à supporter familialement que s’il n’y avait pas de handicap, eh bien ! je me suis retrouvée, enfermée dans mon corps sans pouvoir exprimer ce qui se passait pour pouvoir m’en libérer. Il y a eu un problème : tout ce refoulement… il se trouve … comment dire ? ….dans ce refoulement, je me suis trouvée confrontée au fait que c’est l’enfant, puis le jeune qui passe pour pervers, qui passe pour vicieux, et tous les mots qui peuvent décrire la perversité et le vice… mais en tout cas, ce n’est jamais l’agresseur, ça non, lui, il reste insoupçonné, auréolé d’une gloire … d’une gloire sans atteinte et nous eh bien on subit et on porte la faute de l’auteur de la faute. C’est lui qui enjolive et alors le corps de sa victime enfantine, est convoité par lui, par l’agresseur et l’agresseur voit à la place de l’enfant, l’objet de ses désirs et l’objet de ses fantasmes, c’est-à-dire, la place d’un enfant… comment dire ? un petit peu jeune, sans , encore, on pourrait dire sans sexualité avérée , un embryon, mais sans sexualité,y voit déjà un corps d’adulte avec des pulsions d’adulte et il va donc traumatiser ce corps et ses pulsions pour en faire un objet à sa convenance qui devra correspondre à son fantasme, à son désir d’adulte. Alors, ça, c’est extrêmement traumatisant et donc moi, la question du corps, c’est une question, comment dire ? multidimensionnelle, à savoir que la première réaction par rapport à l’inceste concernant le corps, ses réactions, par rapport à l’incestation concernant le corps, c’est une réaction de peur et de dégoût, le fait de se trouver très laide, voire monstrueuse, donc on n’est pas normale. C’est une réaction… comment dire ? … du fait de se percevoir anormale par rapport aux autres et puis ensuite, il y aune deuxième réaction, on est monstrueux et pas … ça ne va pas dans l’ordre des choses. On est monstrueux inacceptable… d’où certaines réactions de timidité, d’ailleurs la réaction humaine est perturbée. Les contacts sont impossibles, l’affection, les échanges un peu amicaux, affectueux sont impossibles. C’est vrai, on ne peut pas recevoir une tape sur l’épaule, c’est impossible, ça ! maintenant, ça se pourrait peut-être, mais autrefois c’était impossible. Il y a des échanges qui ne peuvent pas avoir lieu. Moi, je vois mon adolescence, j’avais du mal à m’intégrer aux groupes d’ados, parce qu’il y avait des échanges un peu affectifs, et moi, j’étais distante, c’était impossible, il aurait fallu craquer sur la vérité et dire quelque chose et j’en étai incapable parce que je le refoulais. Alors ça, ce refoulement, c’est encore une autre dimension. Alors, la troisième dimension après la monstruosité, après l’anomalie, après la laideur, c’est le refoulement… enfin après les problèmes d’affectivité et de la monstruosité, c’est … le refoulement. Alors, on refoule, le corps est le siège des émotions et des émotions refoulées qui vont arriver de manière anarchique et qui vont se produire n’importe comment, qui vont se produire avec des déplacements… plus ou moins freudiens, les trois quarts du temps assez atroces, on ne sait pas pourquoi, comment dire ? ces accès d’émotivité, ces accès de timidité, on ne sait pas pourquoi, c’est ingérable. Ensuite… il y a encore une quatrième dimension, le corps a subi beaucoup de violence, donc la peur et donc… on vit dans la peur… on ne se sent plus capable d’affronter les choses physiquement … inaudible…sinon, c’est ce qu’il a dit tout l’heure, dans ce qu’on fait, on risque de se sentir attaqué, on vit dans une sorte de peur, on ne peut plus travailler, on ne peut plus agir, et … on ne sait plus gérer nos relations avec autrui, c’est la partie affective qui est le plus touchée au lieu d’avoir de l’amour et d’échanger de l’amour, il est échangé … pas de mon côté, mais systématiquement, on reçoit de la haine, on reçoit la partie la plus agressive des gens, bien souvent. Et dès qu’il n’est pas question de notre problème, c’est difficile à exprimer. Exposer des problèmes comme ça, on est obligé d’être discret, on reçoit de la haine. Des situations effectivement étranges, bien étranges qui se produisent… il y a quelquefois comme un … il faut trouver un responsable, c’est vrai que pour mon inconscient, le responsable était tout trouvé… s’il fallait un bouc émissaire, ça allait être moi, et je posais une faute, comme ça j’étais sûre que c’était moi qu’on allait accuser, c’est pas compliqué, le tour est joué…ça se fait tout seul.

Psychologue : alors, juste, si je peux me permettre, parce que on va être vraiment très tenu par le temps. Et comme vous avez amené un certain nombre d’éléments qui vont être en résonance avec le troisième sous-thème, je propose que vous terminiez et qu’on enchaîne sur le

3) « Mes limites et empêchements corporels dans les contacts et positions au quotidien »

Psychologue : Comme vous avez donné des éléments personnels par rapport à ce thème-là, sinon, on va être vraiment en retard, on va être vraiment coincé par le temps. Cette vision que vous avez, effectivement commencé à nous donner. Reprenez la parole, je vous en prie, mais on enchaînera directement pour les autres sur le troisième sous-thème.

Christelle : oui ! alors effectivement, dans la vie… inaudible… avec les interlocuteurs, là, c’est très difficile à évaluer tout le temps, il y avait tout le temps une question de distance… trop proche ou trop lointaine, impossible d’ajuster la distance. Les types de contact possibles étaient des contacts fuyants, il y avait un contact presqu’impossible mais sans avoir pourquoi, sans rattacher à la cause, donc il y avait des contacts …inaudible… La mémoire de l’inceste incorporé , c’est incorporé à notre inconscient, on n’a pas évacué ce que on a emmagasiné, si bien que, à chaque fois, on a des réactions qui à chaque fois mettent de barrières avec les autres, systématiquement. Et le problème, c’est que ma mémoire, elle a joué en négatif. Elle pouvait déclencher… en amnésie totale, pratiquement totale, elle pouvait déclencher avec des déplacements de phénomènes à d’autres choses, elle pouvait déclencher vraiment une infirmité, un handicap. C’est donc là, j’ai la sensation de ne pas m’en sortir dans la vie… je me suis trouvée handicapée dans le travail en particulier dans tout ce qu’il y a à faire et j’ai véhiculé un handicap du toucher qui était catastrophique ! Voilà !

Psychologue : je vous remercie

Valentine : J’ai maltraité mon corps, quand j’étais jeune, et que j’ai subi l’inceste, ce ne pouvait pas être la faute de mon frère, c’était mon grand frère, presque un père, ça ne pouvait pas être sa faute, ça ne pouvait être au la mienne, et moi, je ne voulais pas ça, je m’en souviens très bien, je devais avoir douze ans, je ne voulais pas qu’il me touche. Le dernier responsable qui pouvait rester, finalement, c’était mon corps. Donc, je me rends compte à quel point, j’ai pu le maltraiter et à quel point, finalement, il m’est resté fidèle, lui. Il était très sportif…. en fin de compte, j’ai un corps qui est quand même assez sympa.. et maintenant, j’ai commencé à apprendre à l’aimer et à lui rendre un petit peu tout ce qu’il m’a apporté. Effectivement, le sport m’a beaucoup apporté et d’ailleurs, cet été, on a été en vacances…. Il y avait une petite montagne… qu’on a montée à plusieurs et non seulement, cette fois-ci, j’ai pris vraiment du plaisir à le monter physiquement, mais j’ai pris conscience de ce plaisir que mon corps avait à faire du sport, donc que moi, j’avais du plaisir à faire du sport. Il n’y a qu’au ski que j’avais déjà eu cette émotion de trouver un équilibre, justement, une vraie relation entre mon esprit, mon corps, au travers du sport, j’ai réussi à trouver … j’ai encore du mal à parler encore.. ça vient tout doucement, mais effectivement, je commence à trouver cet équilibre entre un plaisir cérébral et un plaisir physique, il y a un équilibre qui se crée et avant c’était : je fais du sport pour me défouler, pour permettre à mon corps aussi de se défouler aussi… mais sans vraiment, je dirais, avoir un plaisir, vraiment cérébral. Les sports que je pratiquais, c’était le basket… c’était uniquement parce que parce que mes frères pratiquaient le basket. Donc automatiquement, c’était pas moi qui avais décidé de faire ce sport, mais en tout cas, en entendant les gens, je prends conscience à quel point, j’ai pu me maltraiter et je ne méritais pas ça. Merci

Psychologue : Merci

Lise : On est au troisième sous-thème là ? ou pas ?

Psychologue : oui, on est au troisième sous-thème, en sachant que il y en a parmi vous, je veux dire, on va continuer d’intervenir sur la réalité corporelle, effectivement, là on est effectivement, un petit peu justement par rapport à la réalité corporelle avec les limites et les empêchements, c’est-à-dire qu’il peut y avoir dans les contacts et positions au quotidien.
Mais effectivement, s’il y en a qui on encore de éléments sur cette dimension de la réalité corporelle,

Delphine : Les limites… les traits qui me rappellent trop directement, les viols de mon grand-père, pas simplement… mais par exemple : être à quatre pattes, c’est con ! mais par exemple en Taï chi ou en sport, des fois il faut être à quatre pattes pour j’sais pas quoi ! et là, c’est impossible à faire, j’ai immédiatement envie de tuer les autres, ou bien de me barrer. C’est comme si tout de suite, j’offrais mon derrière, on allait me violer. C’est pénible, parce que du coup, je ne veux jamais y retourner, je le fais, c’est ça qui est chiant, je me mets comme les autres, et en sachant que je ne dois pas, parce que je ne peux pas le supporter. Après je ne supporte pas et je ne reviens jamais. Ou alors, à la piscine, enfin dans l’eau, pendant longtemps, j’ai pas trop pu… je pouvais me baigner un petit peu dans la mer, quand j’ai pied, ça va, à la piscine je ne pouvais pas y aller du tout parce que mon grand-père, après quand il m’avait violée faisait des opérations … enfin j’appelle ça comme ça , des opérations de nettoyage, y’en avait partout, fallait nettoyer moi, mes habits et tout ça… et puis il faisait des noyades dans la baignoire, je ne sais s’il voulait me tuer ou tuer ce qu’il avait fait. Mais il me tenait au fond et je… jusqu’à ce que je suffoque et tout ça. Du coup, je ne peux pas non plus… maintenant, je peux aller à la piscine, je peux nager la brasse et dès que je suis sur le dos, c’est immédiatement, comme si il me tenait et que je me retrouve comme quand j’étais tout petite quoi ! Tout ça me redéclenche immédiatement, …. Mais on peut vivre sans se baigner.. inaudible… ce serait ça les positions, c’est ce qui me rappelle trop, trop précisément les gestes de mon grand-père, tout ce qui est : je ne peux être au restau, dans les bars, je ne peux pas être dos à la salle, ou.. ça toujours pas. En fait, tout ce qui me met mon derrière un peu… je ne sais ce qui peut arriver, c’est immédiatement angoissant et impossible. Et …comme… je peux être nue, mais je n’aime pas qu’on voit mes fesses. C’est toujours un truc qui reste : protéger mon derrière et … Je ne sais pas pourquoi, j’ai envie de dire ça , mais l’autre truc par rapport à mon corps et en public, c’est que, … la grande question pour moi, c’est tout le temps de savoir si j’ai pouvoir faire pipi ou pas et où, et j’ai toujours ce truc de … est-ce que je vais tenir bon ? ou pas ? en fait est-ce que je vais tenir bon de me retenir d’avoir.. de pisser. C’est tout le temps une question qui est présente qui peut être… c’est assez compliqué au quotidien. Voilà ! c’est tout, il protéger mon derrière. Ça me reste un truc en permanence …

Psychologue : Merci

Judith : Je voudrais … tout à l’heure, j’entendais des choses qui me donnent envie de réagir, et … j’espère que ça va être encore là. Déjà, je considère que le … je me refuse de penser que les difficultés du corps sont une fatalité, c’est quelque chose que j’ai vraiment envie d’avancer là-dedans, ça c’est clair. Alors pour revenir sur le thème des postures, ce qui a été dit. Moi, aussi, j’ai beaucoup de mal avec des postures auxquelles je consentais notamment dans des séances de préparation, ce n’est pas du taï chi, c’était en tout cas un travail sur le corps, j’ai beaucoup de mal avec ça, notamment, prendre toutes les positions accroupies et autres, donc j’ai joué le jeu, je faisais comme les autres aussi. Et c’est extrêmement difficile après, en fait, j’étais dans un mal-être sans pouvoir mettre des mots dessus, même pour moi… c’est venu que des années après. Et autre chose qui est en train de vouloir partir au moment où j’essaie de parler, c’est extrêmement difficile, … c’est la question du mode d’emploi du corps, je sens bien ça vrai pour moi, c’est que… la difficulté pour moi, en tant que incestée, c’est de considérer que l’autre doit avoir le mode d’emploi et que ce n’est pas à moi de le fournir en plus. Je dois vraiment deviner ce qui se passe, où sont mes difficultés et composer avec ça . Alors ça évidemment, avec ça, on est mal barré, et .. je vois bien toute la part que je laisse aux autres, à l’autre de comprendre ce qui va pas, j’attends de lui ou d’elle le contact, l’initiative et surtout l’assurance et la confiance qui peut être là pour moi, me donner la motivation et le désir d’aller plus loin, mais c’est extrêmement compliqué à résoudre. C’est vraiment… dépasser ça, c’est arriver à composer avec ça… je ne sais pas… je…j’ai envie, mais je ne sais pas, je ne sais pas faire ; pour l’instant ; il ne tient qu’à moi de travailler sur … la compréhension pour commencer puis arriver à en parler. Puisque c’est… à mon avis, ça passe beaucoup par la parole, c’est clair que … par la confiance du toucher, aussi, par le toucher vis-à-vis de l’autre et par la parole, c’est évident. Je crois.

Maud : Je voudrais juste dire… depuis que j’ai réalisé l’abus que j’avais subi, j’ai aussi pris conscience de mon espace vital, c’est-à-dire que l’espace qui m’était propre autour de moi et que dès qu’on rentrait dedans, je me sentais agressée, j’étais mal à l’aise, ça me mettait… en général, j’ai des réactions un peu excessives donc les gens ne comprenaient pas très bien, mais j’ai pris conscience que j’avais droit à mon espace, et qu’on n’était pas obligé d’empiéter sur mon espace. J’ai l’impression qu’on m’empiète, moi, c’est-à-dire physiquement. Et… donc c’est, effectivement, … inaudible… je supporte plus qu’on me colle comme ça sans raison. Si c’est mon copain qui vient me faire un câlin, ça me dérange pas, une amie qui a envie de me prendre dans les bras, je suis assez affectueuse et câline, mais se coller à moi, pour regarder par-dessus mon épaule ce que je suis en train de faire, j’ai l’impression d’étouffer. J’ai des ami(e)s qui ont cette attitude insupportable et il y a très peu de temps, j’ai réagi assez violemment, et dire : pff… oh…je ne supporte pas qu’elle vienne me coller. Quel est ton intérêt à me coller ? tu me gènes, tu me colles partout et … je réagis de plus en plus et je me dis que c’est bien parce que … parce que… ben parce que les gens
vont pouvoir reprendre leur place vis-à-vis de moi et puis suffisamment envahie, même si c’est déroutant pour eux, j’ai jamais rien dit. Ils vont pouvoir… enfin nos relations vont être plus saines, c’est-à-dire plus respectueuses

Psychologue : Merci

Christelle : Moi, je veux rajouter que on peut… moi, personnellement je me sens très raide au sujet des postures, il y a un manque de souplesse qui est évident, donc, ça .. ça réduit le contact et je pense que pour tout ce qui est corporel… l’attitude corporelle , il n’y a rien d’invincible, c’est pas la faute du corps, je pense que c’est l’esprit qui pose sur le corps des jugements en particulier, les mots sont chargés affectivement… ont une charge affective qui rend la relation difficile mais c’est avant tout, c’est ce qui se passe à l’intérieur, la gène est avant tout verbale, mais elle va jusqu’à se mettre, elle est verbale parce qu’elle n’a pas pu être exprimée et traduite. Le corps finalement ne fait qu’être l’instrument de la pensée ou en tout cas des émotions et alors, et ce qu’il transcrit, c’est la colère, c’est une certaine raideur…c’est la distance, la colère… ce ne sont que des réactions par rapport à ce qu’on a vécu, par rapport à des sentiments sacrifiés, des… par rapport à des notions de violence, le corps transcrit, il se raidit sous l’effet de l’effroi, de la peur de la surprise et on supporte mal les contacts, pour ses raisons-là, on ne sait pas si on ne va pas être agressée, donc on réagit mal. Voilà

Psychologue : merci

Valentine : Moi aussi,je pense à une posture, à une pratique qui est la fellation qui peut vraiment me poser problème et surtout ce geste de me mettre la main sur la tête pour accompagner la fellation, ce geste de mettre la main sur la tête, ça me donne envie de vomir…il y a une envie de vomir qui monte immédiatement et je suis obligée de m’arrêter, de dire stop et … c’est presque plus le geste de la main…s’il n’y a pas ce geste, là, la fellation peut arriver à se faire, même si je ne prends pas de plaisir, là je fais plaisir à mon partenaire. Si jamais, il a le malheur de faire ce geste, d’une certaine façon ; je me sens forcée, là c’est tue-l’amour. Tu rentres chez toi

Psychologue : merci

Irène : mémoire incorporée, cela me fait penser, dans mes relations sexuelles, je réalise de plus en plus ça. Je me pose plein de questions sur : comment faire ? est-ce que il s’agit de garder… enfin, j’ai l’impression que justement … tiens la fellation, je me dis, tiens, c’est pas ça, c’est autre chose. Finalement je me demande … inaudible ….sur ce que j’ai accepté dans les relations sexuelles, tout ce que mon père a fait avec moi, donc le reste, la fellation…inaudible… je suis partante. Ça me donne une sensation, ça paraît étrange à dire, mais de totalement libre, bien … que je réussis à faire, parce que justement, c’est pas relié à ça, D’autres choses, des caresses.. inaudible… ça passe très mal, j’ai horreur de ça, parce qu’il s’intéresse à moi, dans l’intimité. Il faut vraiment que je sois très en confiance…inaudible… Il faut vraiment que j’accepte …inaudible… Il y a vraiment une mémoire incorporée … inaudible… il y a les seins par exemple, j’ai pris conscience que mon père était un peu accro par rapport à ça, je pense que depuis toute petite, il faisait ma toilette, c’était incestueux, mais à partir du moment où j’ai commencé à avoir des seins, c’est là où j’ai réalisé que c’était quelque chose ne se faisait pas et qu’il faisait. Le fait qu’il … Inaudible … il s’est mis à me toucher les seins, là j’ai réalisé qu’en effet, il n’était pas forcé de faire ça… inaudible… Il le faisait absolument en public et donc du coup, les hommes avec qui j’ai eu des relations un peu longues…parce que les autres ne se rendent pas trop compte parce que ça passe vite, étaient très frustrés par ça, parce que je veux dire, toucher cet endroit-là, ils espérait que ça me fasse plaisir, donc j’ai fini par dire clairement : non , non seulement ça ne me fait pas plaisir, mais c’est que je sens rien, ce rien est de l’ordre du malaise, rien mais en même temps, si je réfléchis bien, si je commence à sentir des choses, c’est vraiment de l’ordre de la nausée, quelque chose comme ça. C’est très bizarre, rien que d’en parler, je commence à avoir chaud, je me sens bizarre, c’est vraiment la naissance du malaise, de sentir que petit à petit … inaudible …que quelque chose n’allait pas, c’est vraiment dire, ça, ça va pas. Je sentais bien que la relation n’était pas celle d’un père avec sa fille, j’étais totalement incapable, non seulement de l’arrêter, mais de pouvoir l’arrêter, j’allais presque m’offrir à ça … je me baladais, la poitrine .., en culotte, sans soutien-gorge, en été, quand il faisait chaud, j’étais juste en maillot de bain avec les seins à l’air, il y avait mon père qui avait soit le regard, soit les mains dessus. Et ça par exemple avec un homme, comme tu disais tout à l’heure : on peut vivre sans nager, est-ce qu’on peut vivre sans accepter d’être touchée à tel endroit, puis à tel autre, puis à tel autre et puis des tas de choses comme ça. Des gestes, pas seulement une posture, c’est une façon de s’approcher de moi. Quand je suis avec un homme, je ne veux pas qu’il se couche derrière moi, qu’il m’attrape par derrière, … parce que c’était mon père qui venait se coucher dans le lit et derrière moi. Donc il a fallu rarement que j’en passe par des explications, j’ai l’impression de leur faire une sorte de travail de mise au point tout d’abord, j’ai toujours peur que ça finisse par tuer un peu le charme de tout ça, on ne peut pas toujours en parler. Ben non, j’aime pas comme ça, je préfère encore que me tapes sur l’épaule et que tu me dises « retourne-toi »… rires… après je peux changer de posture, mais c’est ce côté incidieux… voilà ! j’ai essayé de faire comprendre ça. Donc j’ai été mariée pendant une douzaine d’années avec un autre homme à qui je n’ai jamais pu dire ça. Et du coup… je me laissais faire, c’est normal, il n’y a rien d’épouvantable, il s’approche de moi, il me prend dans ses bras, il commence à m’embrasser et puis, il m’amène à autre chose… je le sens , je me laissais faire. Et en même temps, en cherchant des prétextes pour dire : ben non, finalement, j’ai mal à la tête j’ai mal au cœur, j’ai mal au ventre, j’ai mal quelque part, je ne sais pas quoi. Puis, c’est vrai que c’est très déplaisant. Maintenant, je fais autrement, c’est-à-dire que, je parle, j’explique telle ou telle position, telle façon de parler de , même de mots, une façon d’appeler les choses, .. me rappeler quelque chose. Il suffit que ce mot-là… là encore, pendant longtemps, j’ai réalisé que je ne supportais d’entendre parler de jeux érotiques… Non, je ne supporte pas ces mots,ça me paraît répugnant…je préfère mille fois qu’on me dise : « je vais te baiser », ça, ça ne me choque pas du tout parce que justement, c’est de l’ordre de la sexualité adulte que j’ai appris par moi-même et en même temps de faire une scission comme ça, c’est pas supportable parce que ça me fait mettre de côté des contacts, c’est une mode de contact avec les autres qui, je peux pas tous les deviner, je ne supportais plus qu’on me caresse le dos, quelque chose comme ça, je ne supportais plus rien. Donc, j’ai beaucoup de mal à trouver le moyen … inaudible… de me réapproprier ce geste-là qui soit entre moi et quelqu’un d’autre, ou penser bouger pour moi toute seule, avoir du plaisir pour moi toute seule, que ce ne soit pas entachée, souillée, par la mémoire de la première fois où ça a été fait. C’était pareil pour le fait d’embrasser sur la bouche, avec la langue, …inaudible… pendant longtemps je le faisais comme un boulot où on me dit ben faut faire ça…avant de pouvoir accepter c’est ma bouche à moi, c’est un endroit, mais cette histoire-là, elle est derrière, … en me disant : je n’y pense plus, ça va finir par tout nettoyer en embrassant un certain nombre pour que j’oublie complètement mon père… finalement maintenant, je commence à me dire depuis plusieurs années, c’est d’en parler, je m’en fous, ça va quand même mieux, en me disant clairement, si tout va bien, en fait, ça me rappelle que ce n’est plus mon père. Ce que je voudrais, c’est que quelqu’un me passe la main dans les dos…(Fin de la cassette)…. dès le début en plus, à l’origine, ça a été souillé…ça été une mémoire incorporée, pour moi, elle est plus qu’incorporée, e tatouée au fer rouge, à l’intérieur, comme une infection, ça s’est infiltré partout et que pour la sortir, finalement, j’ai tendance à penser que c’est la parole, le seul moyen que j’ai trouvé ici, en psychothérapie, mais ça met beaucoup de temps, il y a encore des trucs qui restent comme ça, très, très sensible, très problématique.

Psychologue : Merci

Lise : J’ai entendu des choses très lyriques, très amoureuses, très belles et moi, ce que j’oppose dans ma vie, enfin ce que j’oppose et que je pose, régulièrement, c’est une hygiène drastique, quoi ! ma toilette rectale, c’est quelque chose que je fais avec le maximum de soins et voilà ! donc avec tout ce que j’ai entendu, c’est ça que je peux dire ça. Voilà !

Psychologue : Merci…. Juste il est, effectivement, dix sept heures, c’est l’heure de fin de notre atelier. Je vous propose, si tout le monde est d’accord, qu’on prenne encore cinq à dix minutes, je veux dire, puisque on a eu un léger décalage entre, les sous-thèmes. Si effectivement, il y en a parmi vous qui veulent intervenir sur cette question des limites et des empêchements

Mireille : Oui, moi, je veux bien je voudrais revenir sur deux choses. Je vais dire que je me suis considérée, tout est relatif évidemment, handicapée du toucher. Il n’y a pas très longtemps, quand je dis bonjour à quelqu’un…. je trouvais que la méthode anglaise, voir les gens et dire : Hello, c’était plus facile parce qu’on ne sert pas la main, même si on fait la bise à quelqu’un, faut qu’on mette la main sur l’épaule et maintenant, j’ai fait l’effort, je m’y suis habituée, donc ça , j’ai fait des progrès. Cet aspect un peu handicapé du toucher, c’est vrai je trouve … qu’est-ce que je trouve ? oui, il y a des groupes où tout de suite, les gens se font la bise, ça, ça m’énerve un peu. Sur autre chose… tu as dit : par rapport à la passivité, moi ce qui me reste comme handicap… peut-être encore maintenant, c’est la passivité, j’ai du mal… c’est-à-dire…enfin dans la vie intime, je suis plutôt dans l’attente, j’attends et j’ai beaucoup de mal à dire ce que je veux, je sais dire après, ce que je ne veux pas, mais…j’ai beaucoup de mal moi-même, à savoir encore ce que je veux ou ce que je ne veux pas. Ça m’est très très difficile de l’exprimer. Voila !

Psychologue : Merci

Yvette : Tu as parlé des limites, puisque que c’était le thème, donc j’ai fait une analyse de plusieurs années et au début d’analyse, je me suis rendu compte que, il y a un nouveau fantôme qui est apparu, c’est-à-dire que lors de relations sexuelles, je me sentais littéralement envahie, mais pas physiquement, psychiquement, c’était vraiment mental. Et ça engendrait chez moi… donc je pleurais. Je pleurais mais, sans vraiment percuter, enfin, je ne savais pas qu’est ce qui était en jeu à ce moment-là. Et puis au fur et à mesure, ça s’est estompé puis ça a disparu, d’ailleurs comme c’est venu, et … par rapport aux relations sexuelles, toujours, puisque je trouve que c’est important pour moi…donc je me suis mariée et c’est quelque chose que j’ai déjà dit les autres fois et j’ai voulu ne pas avertir mon mari de la chose, parce que la seule solution, à mon avis c’est de ne… pour moi, je ne veux pas parler pour les autres, c’est de ne pas rester enfermée dans un rôle de victime, c’est-à-dire que si je préviens mon mari, je suis à peu sûre que le prétexte est tout trouvé pour rester statique… Je n’ai pas envie de rester sur place, donc la seule solution pour me forcer à avancer, c’est de jouer la carte de la normalité et je ne peux pas me refuser à lui au-delà d’un certain délai, selon des rythmes, je ne veux pas dire par là que c’est : tous les tels temps , mais ça me force à avancer et contrairement à Madame qui elle a prévenu son mari, c’est peut-être plus facile , pour moi, finalement parce que je suis obligée d’avancer quoi ! voilà ! donc c’est une thérapie, finalement, mais ça demande aussi beaucoup de volonté parce que c’est difficile de se taire, mais bon ! se taire, je suis formatée pour, donc, dans un sens, c’est pas trop compliqué non plus, surtout dans la limite où je peux l’exprimer ici et dire : voilà, j’ai tel problème. Ça été la solution pour moi, pour avancer et pour ne pas me trouver des arguments. Voilà !

Psychologue : Merci

Stéphanie : J’ai aussi besoin d’un espace autour de moi, si bien que je n’arrive pas à le dire, en plus aux gens … comme de regarder par-dessus mon épaule, le livre que je lis. Je n’arrive pas à leur dire, que ça me dérange et il m’arrive souvent dans le même sens … entre autre, il n’y a pas très longtemps je l’ai vécu avec mes enfants qui voulaient un article dans un magasin, j’ai dû les envoyer assez loin dans un autre rayon pour que ça me permette moi, de chercher. Parce que, si des personnes sont autour de moi, cela m’empêche même de réfléchir, je ne peux même pas me concentrer sur ce que je veux faire, mais c’est avec n’importe qui, ça peut être des enfants petits, des adultes et pourtant des enfants petits ne sont pas méchants, je dirais, et je ne crains rien avec eux, mais…. Inaudible… et je voudrais ajouter autre chose, maintenant, ça m’a passé, très souvent, je me fais des bleus, je ne faisais pas attention, un encadrement de porte, je vais me cogner dedans … C’est des choses que je fais plus, ça ! Des fois, j’ai envie de me torturer le corps pour me dire : parle-moi, parce que j’ai l’impression qu’il n’existe pas, que je sens rien, en fait, je sens rien à tel point que les douleurs, la cicatrice, pas la cicatrice, mais une blessure, moi, je me demande, je suis pas douillette, c’est certain, mais la douleur, j’ai l’impression que je la sens pas

Psychologue : Merci

Nathan : moi, je voudrais parler sur les empêchements au niveau du corps, moi, ça me fait tout de suite penser, à la sexualité pour mon cas qui est impossible pour l’instant. Avant l’amnésie, c’était vraiment de gros blocages, à aller vers l’autre tout ce qui était affection, c’était de gros blocages, je ne savais pas pourquoi et donc là, maintenant depuis que j’ai levé certaines choses de mon passé incestueux, il se crée des blocages, mais ça se transforme plus en souvenirs. Chaque fois que je veux aller vers une fille, quelque chose comme ça, ça me fait penser à des scènes de mon enfance, avec mes parents, mes frères et sœurs, et donc dans mon cas, ce que je voudrais faire, ce serait de faire la différence entre le passé et le présent, notamment je devrais savoir que dans la vie d’aujourd’hui, je n’ai plus aucun risque, quand même. J’arrive pas encore à le savoir, je ne sais même pas si j’y arriverai un jour… ça j’arrive pas ; tout de suite, ça me remémore des scènes de très grande violence dans mon enfance. Ce qui me rend le contact physique difficile…

Valentine : je vais juste vous dire au revoir parce que j’ai rendez-vous après.

Psychologue : est-ce quelqu’un souhaite encore, effectivement, prendre la parole dans le cadre de cet atelier ?

Maud : Moi, j’ai l’impression d’avoir régressé sur le plan de la sexualité, c’est-à-dire que c’est… c’est vraiment de la régression. J’étais un peu boulimique dans le nombre de partenaires et le nombre d’actes et plus ça va, moins j’ai envie et plus j’ai de blocages et …plus il y a de choses, plus… j’accepte plus de faire et c’est très gênant pour moi, mais c’est aussi très gênant pour mon compagnon, parce que, si à chaque fois, je dis : « Ah ben non, ça, tu comprends c’est pas possible parce que ça me ramène à ça, et que donc, si c’est pour faire l’amour en pensant à ce qui m’est arrivée », ce n’est pas la peine…on arrive à un stade où il ne sait plus comme faire Lui-même, dit : alors, comment je vais faire ? je ne peux pas faire ci, alors comment je vais l’aborder ? c’est … je pensais pas que… le fait de réaliser mon abus allait provoquer autant de … galères…Qu’il y aurait des conséquences.. enfin que des choses allaient survenir… Je pensais que ça ne pouvait pas être pire quoi ! Voilà !

Psychologue : merci, il est cinq heures et quart, je vous propose que l’on termine, j’veux dire, cet atelier aujourd’hui, sur le thème, effectivement, « mon corps au quotidien » Voilà, on peut mutuellement se remercier pour la qualité de la parole qui a été émise au cours, je veux dire de cet atelier. Avoir effectivement des propositions pour un prochain atelier, peut-être de rappeler à tout le monde que quand, effectivement, il y a une proposition d’atelier qui est faite, sur le site, n’hésitez pas à intervenir, à faire des propositions, éventuellement des propositions de modification, je veux dire des formulations qui sont proposées, même si après, on en tiendra compte pour essayer de trouver les formulations qui soient le plus en adéquation avec les poins de vue de tout le monde, mais vraiment, n’hésitez pas, à partir du moment où il y a ces propositions, à intervenir ou éventuellement à amener des compléments, des propositions, des modifications de formulation. Merci à tout le monde et excellente fin de journée !