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Atelier du 10 juin 2006

« Tout sur ma mère » – atelier du 10 juin 2006

1 : Préambule et fonctionnement d’atelier
2 : Quels rôles et quelles attitudes ont été ceux ce ma mère durant la période de l’inceste ?
3 : Dans le cas du dévoilement et de la reconnaissance de l’inceste, quel est ou a été l’attitude de la mère ?
4 : Face à l’évolution de mon ressenti, quelles sont mes attentes par rapport à ma mère ?

1 : Préambule et fonctionnement d’atelier

Fonctionnement de l’atelier le 10 juin 2006

Le psychologue : Comme à chaque début d’atelier, je vous relis le document sur la logique du fonctionnement des ateliers.

1. La logique des ateliers
Les ateliers sont une opportunité pour les acteurs victimes d’inceste et leur entourage impacté par les pratiques incestueuses de partager une parole sur leur expérience dans un contexte d’écoute libéré de toutes contraintes morales.

2. La périodicité des ateliers
Les ateliers sont proposés sur une périodicité trimestrielle avec une proposition thématique. La durée de deux heures trente doit permettre la participation active au niveau de la parole comme de l’écoute de l’ensemble des acteurs.

3. L’utilité des acteurs
Il s’agit de l’accueil non restrictif de l’ensemble des paroles des victimes de pratiques d’inceste dans leur dimension de connaissance psychologique et émotionnelle, sociale et socioprofessionnelle. La parole ainsi que les silences sont offerts aux acteurs sur la base de leur désir avec une régulation du temps liée au nombre de participants et au thème de l’atelier.
L’ensemble du discours pendant les ateliers est enregistré afin d’en permettre une retranscription fidèle qui permettra la réalisation de synthèses thématiques.

4. La synthèse de la parole
Dans un premier temps, ces synthèses ont pour objectif pour chaque membre de l’atelier, de pouvoir, s’il le souhaite, lui permettre de retrouver sa parole, de garder sa parole, de trouver, peut-être une nouvelle manière, par une nouvelle écoute, la parole de l’autre, de positionner sa parole et son expérience au sein de la parole des autres.
Dans un deuxième temps, elles ont aussi pour objectif de permettre une lecture plus large, mais aussi plus complète des connaissances, expériences ressenties par l’ensemble des acteurs concernés par la problématique des conduites incestueuses. Il s’agit de communiquer l’expertise et sur l’expertise du discours non programmé des acteurs victimes.
Dans un troisième temps, elles permettront dans le cadre d’une démarche scientifique au plus proche de la parole des acteurs, une analyse du discours sur le vécu des victimes en vue de publication.

Je tiens à préciser aux gens qui sont là pour la première fois, que bien évidemment au moment de la retranscription, toute donnée personnelle est « anonymisée, c’est-à-dire qu’on change les noms, les lieux, les dates de manière qu’on puisse vraiment retrouver sa parole et, pour les gens qui m’ont contacté, de ne pas permettre de remettre une personne sur un discours, chacun restant propriétaire de sa parole dans le discours commun.
Je suis là, en ce qui me concerne pour réguler le temps de parole accordé à chaque sous-thème et éventuellement intervenir comme médiation dans le cas où la parole des acteurs aurait trop tendance à s’éloigner de la thématique choisie.

Dernier élément : il est important qu’on puisse rebondir sur la parole de l’autre, de s’interpeller mutuellement. Par contre, je demande aux gens qui ont envie d’intervenir sur la parole de l’autre acteur de laisser le premier acteur terminer sa phrase et sa pensée, puisque le fait de répondre à un autre acteur amène parfois l’acteur à ne pas être complètement dans l’émission de son discours.

Le thème de cet atelier était : « Tout sur ma mère » Les trois sous-thèmes que nous allons aborder sont : pour le premier: « Quels rôles et quelles attitude pour la mère pendant la période de l’inceste ?» ; le deuxième : « Dans le cas du dévoilement et de la reconnaissance de l’inceste, quelle est ou a été l’attitude de la mère ? » ; et pour le troisième sous-thème : « Face à l’évolution de mon ressenti, quelles sont mes attentes face à ma mère ? ».

Je vous propose qu’on commence par le premier sous-thème :

2 : Quels rôles et quelles attitudes ont été ceux ce ma mère durant la période de l’inceste ?

Mireille : J’ai envie de dire que je suis venue à cet atelier, mais j’ai envie de dire que je n’ai rien à dire, en ce sens que, en principe ma mère n’en n’a jamais rien su, je n’en ai jamais parlé, donc cela a été toujours black-out et finalement, je n’ai jamais pu en parler. Et après, sur l’échec, j’ai commencé des démarches personnelles. A priori, je n’ai rien à dire. Cependant, j’ai une soeur qui a seize ans de plus que moi, étant donné que l’inceste, c’était par le mari de ma soeur qui venait juste de se marier, je peux transposer par rapport à ma soeur et là je prends conscience avec ma soeur, c’est un peu un substitut de mère, donc je transpose sur ma soeur. Sur ma mère, je me suis interrogée, comment elle a pu ne se rendre compte de rien, on doit bien voire que chez une petite fille, il y a quelque chose qui ne va pas bien, quand même, et tout ça s’est passé. Je n’ai aucun souvenir de ça. Et après, c’est ma soeur qui remplace d’une certaine façon, à qui je fais jouer ce rôle. Voilà pour situer… c’est vrai que je regrette beaucoup d’avoir rien à dire. Je n’ai que des maux.

Nicole : Je voudrais rebondir, je suis un petit peu dans le même cas que toi, puisque ma mère est décédée, mais j’ai quand même pu le lui dire et elle n’était pas là au moment des faits… Je les ai dévoilés que vingt ou trente ans après. J’ai quelques éléments, mais peu. Ce qui m’intéresse beaucoup dans ce que tu dis, parce que je me sens beaucoup concernée là-dedans, c’est le transfert que tu as fait de ce que tu n’as pas pu dire à ta mère et le transfert sur ta soeur. Moi, j’ai l’impression, je suis sûre, moi je fais beaucoup de transferts dans mon histoire puisque mon violeur est mort, puisque ma mère est morte et qu’il reste encore un survivant, mon soi-disant père, sur le lequel je fais le transfert de la totalité.

Delphine : Quand tu dis…, je peux te poser une question ?

Mireille : Oui.

Delphine : Quand tu dis que tu n’en avais jamais parlé, tu ne te souviens pas du tout ? Quand tu dis, elle a rien, elle aurait dû voir, Tu te souviens pas, ce qu’elle faisait pendant ce temps-là, où elle était…

Mireille : Je sais qu’elle était absente de la maison ce jour-là, je me souviens d’un jour, mais j’ai occulté beaucoup, des choses qui me sont revenues par bribes, mais je ne suis pas capable de reconstituer l’histoire réelle, ce jour-là, si je pense à la scène cruciale, je vais dire cela comme ça, elle n’était pas là, elle s’était absentée, parce qu’elle faisait des ménages, elle lavait la lessive, elle était ailleurs, non elle n’était pas là.

Delphine : C’est tout ce que tu sais ?

Monique : Oui, c’est ça.

Irène : En ce qui me concerne, j’ai une perception différente du rôle de ma mère à l’époque, enfin j’ai eu une perception différente jusqu’au moment où j’en ai parlé, puisque j’en ai parlé d’où ça m’a un petit peu… Al’époque, j’avais l’impression que ma mère était… Elle n’a jamais rien dit qui laisse entendre qu’elle était au courant. J’étais persuadée qu’elle était au courant de façon, je dirais, confuse, et qu’elle était quand même au courant de choses précises, qu’elle savait qu’il se passait quelque chose, en décalé, je croyais qu’elle était au courant, un peu après, des relations de mon père avec moi et un peu après mais pas pendant, en décalé… Et que petit à petit ce qui se passait chez nous faisait qu’elle se rendait compte et qu’elle refusait de le voir. Je pense que j’étais assez grande pour penser ce genre de choses, car c’est assez complexe de penser qu’elle était au courant et qu’elle refusait de le voir. Et j’ai été, en fait le moment où j’ai fixé une idée sur ce que ma mère savait, j’avais à peu près dix-huit ans. Il y a eu une scène avec mon père, une brouille, et elle m’a dit à propos de ça : tu ne dois pas raconter à d’autres des choses qui ne les regardent pas. Je me suis dit, si elle m’a dit ça, c’est clairement, d’autres en parlent, sur des faits exacts, on sait pas mais c’est la même chose et puis, ce qui m’a encore plus confirmé l’idée de ce rôle qu’elle avait, de cette place par rapport à ça, c’est qu’après elle a enchaîné sur l’idée que son père l’avait toujours aimé, elle, mais peut-être trop, mais que il y avait quand même… Je ne sais pas, quelque chose assez confus de ce genre, et donc ça a été clair pour moi, donc elle a vécu sûrement quelque chose de semblable, c’est pour ça qu’elle ne peut pas s’en mêler et depuis elle m’a dit que ce n’est pas du tout ce qu’elle avait voulu me dire. Elle m’a dit qu’elle n’avait pas voulu me dire qu’elle était au courant, elle n’a pas voulu me dire que son père avait abusé d’elle, elle avait voulu dire qu’il y avait une relation fusionnelle trop forte et que donc quand elle m’avait parlé comme ça, elle pensait que c’était ça que j’avais compris. Donc du coup, je me suis construit jusqu’à il y a cinq ou six ans, l’idée qu’elle était au courant et qu’elle avait des raisons assez claires pour moi pour ne pas s’en mêler plus que ça parce qu’elle n’était pas en mesure de rentrer dans ce genre d’histoire. Mais par contre j’ai des souvenirs très clairs de sa présence physique dans la maison, pendant des années, avec la sensation en particulier, qu’elle ne voulait pas pénétrer dans certaines pièces dans la maison à certains moments. Donc ce n’est pas qu’elle était pas là, elle était au foyer, mais comme par hasard, elle n’était jamais là… En particulier dans la chambre à l’étage. Elle n’était jamais à cet étage quand mon père y était, pendant la journée entière, alors que même à l’époque je la trouvais assez intrusive, en particulier dans ma chambre, à voir ce qu’on faisait derrière la porte fermée. Mais par contre il se trouve que mon père passait des heures dans cette chambre-là, elle n’est jamais montée, elle ne l’a jamais appelé, donc je ne sais pas ce qu’elle faisait. Je me pose toujours la question, je ne sais pas ce qu’elle faisait pendant tout ce temps-là. Elle s’occupait de la maison, du jardin, elle avait toujours quelque chose à faire mais elle était dans la maison, Pour moi, il est clair qu’elle ne pouvait pas ne pas être au courant, la façon dont elle l’accepte ou non, ça la regarde. Il y a quelque chose qui se passait à la maison en même temps qu’elle était là. Puis, voilà, elle savait !

Marianne : Moi, je ne suis pas très sûre de ce qui se passe, parce qu’en fait pour ma mère, comme je n’en ai pas parlé, que c’est des faits qui se sont passés quand j’étais vraiment petite autour des deux ans et demi je sens sa présence, c’est comme si ma mère ne savait pas quand même, je sens plutôt qu’elle ne sait pas, mais quand même elle se doute de quelque chose aujourd’hui. A l’époque, elle ne pouvait pas faire le lien, je pense, comme elle a aussi vécu des agressions par son père qu’elle n’a pas encore conscientisées aujourd’hui, mais… Mais quand même certaines choses qui se disent dans la famille, des remarques, plein de choses m’amènent à croire qu’il y a un problème dans cette famille, entre ce père et ses filles, donc mon grand-père et ses filles et dans ma tête, puisque tout ça se passe dans ma tête, finalement, et que j’en ai parlé à personne, je pense qu’elle ne pouvait pas vraiment croire que ça arrive quelque part… Voilà, je ne peux pas dire beaucoup de choses, comme moi-même, j’ai raconté ça assez récemment aussi. Mais je pense inconsciemment, elle se doute aujourd’hui de quelque chose ; à l’époque, je pense vraiment que non.

Delphine : Est-ce que tu veux dire que tu te souviens ? Tes souvenirs à toi relatifs à ce qui s’est passé ?

Nancy : je me dis que j’aurais peut-être un petit bout avant, un petit bout après, un souvenir un peu plus global.

Lise : Tout ce que je vais dire du rôle et de l’attitude de ma mère avant et pendant, c’est des conclusions que j’ai eues parce que j’ai fait un travail avec (inaudible). Je dois dire que ce n’est pas pendant que j’ai pensé à l’absence ou à la présence de ma mère. Donc, il faut que je rappelle le contexte familial, je l’ai déjà dit. On habitait dans un taudis, on était dix enfants, un père alcoolique, pas d’argent, la misère et un jardin parce que ça a compté et un puits au fond du jardin car il n’y avait pas l’eau courante, ni l’électricité. Donc le souvenir de ma mère pendant ce temps-là, c’est une femme besogneuse, travailleuse, qui n’avait qu’un souci en tête, faire à manger avec pas d’argent, aller chercher l’eau du puits, faire des lessives dehors, dans le jardin, parce qu’il n’y avait pas non plus d’abri. Hiver comme été, j’ai le souvenir de ma mère pendant cette période, c’est une femme qui travaille et qui fait le maximum pour ses enfants et qui subit un mari qui fait des scènes violentes avec les enfants et tout. Donc ma mère n’a pas pu voir et par ailleurs comme elle venait… Elle est étrangère, elle a perdu son père à huit ans, tout ça c’est des conclusions d’un travail. C’est clair pour moi, elle était aussi très déprimée, déjà… Elle était venue pendant la guerre de 14, elle était venue pour travailler parce que la France demandait de la main-d’oeuvre étrangère. Donc il y avait la coupure avec son pays, des questions familiales déjà chez elle, dans son pays et en France, la misère. Je crois que son souci, c’était vraiment les enfants et à manger.

Nicole : Je voudrais dire sur ce que je viens d’entendre, il y a la mère avant et la mère pendant. Sur le pendant, je n’ai rien à dire puisque je n’étais pas chez mes parents, ce qui arrivait très très souvent depuis l’âge de trois ans. J’ai continuellement été chez les uns et chez les autres, chez mes grands-parents, je n’ai pratiquement pas de souvenirs. Lorsque je suis revenue chez mes parents vers cinq ou six ans, je les avais oubliés, je ne le les connaissais pas, j’ai même appelé ma mère Madame. Le pendant, j’avais sept ans, c’était des vacances, où on m’avait envoyée chez ma tante, ma mère n’était pas là. Mais le avant a beaucoup compté puisque j’ai l’impression que je n’ai fait que payer pour elle tout le temps, le avant de l’histoire de ma mère que je connais bien, elle était une jeune fille difficile, son père ne savait pas quoi en faire. Il a pu la placer comme bonne chez des bourgeois, elle est arrivée à s’en échapper en devenant plus ou moins coiffeuse. Mais Paix à son âme, elle est morte, elle était malhabile en tout, elle savait pas plus servir que coiffer, mais c’était,… qu’on pourrait appeler maintenant de ces jeunes filles… un peu décalées, fofolles, qui court les garçons qui ne voient que ça, qui sont à la recherche de leur beauté, de leur esthétique donc coiffeuse, c’était très bien,mais le premier boulot qu’elle a trouvé, c’était dans un trou complet et dans ce trou complet, elle a rencontré mon père. Mais entre temps, elle avait une soeur qui elle avait réussi, elle était institutrice, qui s’était mariée et ma mère était en admiration devant elle et comme sa mère était morte, elle avait reporté sur cette soeur et quand le beau-frère est arrivé, elle a fait fusion avec le beau-frère comme avec la soeur et à mon avis, je pense que ça a dû très vite se passer. Ma mère était une fille libre, on l’appelait « la rapide » dans le village dès qu’il devait y avoir un homme quelque part. Elle montait sur les motos, elle avait une soif de vivre, certainement et comme sa soeur était très tristounette, très responsable, bon ben, ça a dû très vite se passer entre eux, et je pense qu’elle a dû connaître mon père à peu près en même temps et je suis à peu près sûre, que ma mère n’a jamais su de qui étaient ses enfants. Je pense que quand mon frère est né, enfin quand elle s’est retrouvée enceinte de mon frère, je pense qu’elle n’était pas capable de savoir si c’était de celui quelle a épousé ou si c’était de l’autre. Donc il y en a un qui pouvait l’épouser, pas l’autre, donc il l’a fait, mais elle a dû continuer ses relations avec son beau-frère parce que je trouve que nos naissances, à mon frère et moi, correspondent, neuf mois après, absolument à des périodes de vacances. Et comme il y avait toujours à ce moment-là, elles avaient une maison, les deux soeurs, donc elles se retrouvaient dans cette maison qu’elles avaient héritée de leur mère et tout était mélangé, au point même que j’ai retrouvé récemment une photo de ma mère déguisée dans le costume de son beau-frère qui était militaire. J’ai la photo, je savais que ma mère adorait se déguiser, mais ce costume-là, il était quand même lourd, car c’est celui de mon violeur et j’ai retourné la photo, j’ai vu la date, c’était trois semaines après ma naissance. Je venais de naître et elle se déguisait dans le costume de mon violeur dans leur petite maison de campagne où ils s’étaient… Mon père n’était pas là. Il y a eu toute une histoire parallèle qui a continué dans laquelle mon père est devenu fou furieux quand il a compris qu’il n’était peut-être pas mon père du tout, où il était pris pour un con tout le temps. Donc moi, il ne m’a jamais adressé la parole et quand mon violeur m’a violée, il m’a quand même dit : « tu n’es qu’une petite putain comme ta mère ». Donc j’ai vraiment l’impression d’avoir été préparée et on m’a confiée à lui pour me faire traverser la France et m’emmener dans un trou perdu où il a passé une nuit avec moi et il a repris le train et il est reparti, ni vu ni connu. Mais on m’a quand même remis entre les mains de cet homme qui était le dieu sacré, le meilleur, le plus beau… J’ai l’impression que j’ai été préparée pour ça, mais inconsciemment, quand elle l’a su, elle a été outrée que j’ai pu prendre sa place, je crois que c’est à ce niveau-là, j’ai été préparée, il y a eu un avant, pour moi.

Irène : Je voudrais rebondir sur l’histoire de Nicole. Moi aussi, j’ai beaucoup de mal à distinguer ce que j’ai construit comme explication et ce que je ressentais à l’époque… C’est maintenant beaucoup plus clair, parce qu’avant, c’était beaucoup plus confus, mais j’ai beaucoup réfléchi sur l’avant, mais je garde des perceptions. Mais c’est quand même très flou parce qu’il n’y a pas d’avant, il n’y a pas eu de viol, il y a eu des attouchements qui ont progressé vers des relations sexuelles jusqu’à mon adolescence, mais je suis incapable de me rappeler quand… j »ai pu qualifier ça d’inceste… C’est en réfléchissant que j’ai réalisé… Dans mon esprit pendant longtemps, il y avait eu quelque chose quand j’avais quinze ans, environ, c’est après que j’ai réalisé qu’un certain nombre de gestes étaient ou… Inaudible… Et donc à cette époque-là l’attitude de ma mère, seule cette absence, elle est là dans la maison, mais pas là. A l’époque, je ne me disais pas : mais qu’est-ce qu’elle fait ? C’était comme ça. C’était mon père qui s’occupait régulièrement de ma toilette intime quand j’étais petite fille et donc là, je ne sais pas pourquoi, ma mère ne s’en occupait pas, puisqu’elle était à la maison. Je sais qu’elle s’occupait de moi pour les soins de petite fille, de me laver, à certains moments. Mais quand c’était mon père qui le faisait, elle n’était pas là. J’avais un petit frère, elle s’en occupait peut-être aussi. Toute cette sensation d’absence jusqu’à très tard. Présente dans la maison, mais absente près de moi sans que, à l’époque, je me pose de questions particulières. Il est évident qu’elle disparaissait. Et sur son attitude avant ? Il y eu des choses très nettes que j’ai ressenties. J’ai retrouvé mon journal intime. J’ai noté très peu de choses parce que j’arrivais pas à tenir un journal intime… Ce que j’avais à dire sur la période juste avant la puberté, j’avais une douzaine d’années où j’ai senti que ma mère… J’avais nettement l’impression, à la fois j’avais l’impression qu’il y avait des problèmes entre mes parents, des problèmes de couple, en particulier liés à la sexualité de l’un ou de l’autre. Maintenant, je sais plus de choses la-dessus, mais à l’époque mon père faisait des remarques sur le fait que ma mère n’avait plus la même…, qu’elle n’était plus sexy, qu’elle se laissait aller en gros. De la part de ma mère beaucoup de…, inaudible…, de colères la-dessus…, inaudible…, et petit à petit, cela s’est déplacé sur moi, il est clair que plus je devenais une jeune fille, plus ma mère était agressive avec moi, sur ce domaine-là, beaucoup de remarques sur le fait que je m’asseyais les jambes écartées sur les fauteuils, quelque chose comme ça et que..,. ce que je cherchais… Il y avait plein de remarques comme ça qui me choquaient énormément.,, qui me mettaient très mal à l’aise, j’avais toujours l’impression que j’étais appelée…, la barbe ! Des coups de fil à propos de la pédophilie, que j’étais pas d’une famille propre et en même temps l’idée que j’avais une attitude trop sexualisée, alors que… inaudible… Clairement j’entendais que je ne me réalisais pas comme une petite fille de mon âge, toujours j’essayais d’attirer le regard masculin, je ne sais pas lequel, celui de mon père ? Que petit à petit, plus j’entrais dans l’adolescence, plus cette agressivité et cet éloignement se sentaient, ce qui fait que quand j’avais quatorze quinze ans, ça me paraissait pas très bizarre qu’elle ne soit pas là parce que de toute façon elle était…, on avait de mauvais rapports, elle était très agressive avec moi, elle donnait l’impression d’être très agacée, il y avait plein choses chez moi qui lui déplaisaient beaucoup. En fait, je prenais sa place, quoi, mon père avait bien la même impression. Il mettait clairement en relation le fait qu’il n’était pas tout à fait satisfait avec sa femme et que voilà… Il y a eu des phrases : il disait que je rendais service à la famille parce que sinon, il aurait pris une maîtresse, il ne serait plus avec elle.

Delphine : Donc là, il ne la trompait pas ?

Irène : Ca, je l’ai dit récemment à ma mère qui a considéré que là pour moi, c’est la chose qu’il a fait…, inaudible… Al’époque, je ne me suis même pas posé la question, « si tu veux prends une maîtresse !, ça a été dit comme : à la fois, tu rends service et tu fais tenir tout le monde, moi le couple et aussi cette idée que je prenais la place. Et en fait, je te donne le statut de maîtresse, il y avait toujours un côté soi-disant, je te donne quelque chose, un statut de maîtresse…, inaudible… Il n’y avait pas du tout de sa part l’idée qu’il me faisait du mal, c’était au contraire, il fallait que j’accepte ça comme une sorte… Je n’avais pas le choix. Et là, la place de ma mère devient dans ma tête très fantomatique. Je réalise toute une manipulation psychologique, toute une logique familiale autour de ça et je réalise que j’avais l’impression que c’était normal. Quand par contre on était tous ensemble, quand j’étais avec elle, ça se passait soit par peu de paroles entre nous, soit des paroles assez agressives. Au début, l’idée c’était que…, tu es gentille avec moi, tu es ma préférée…, inaudible… J’avais pas pris conscience que c’était passé dans le domaine sexuel… Je me disais qu’à quinze ans, j’étais assez grande pour savoir de quoi il s’agissait. Mais avant, c’était l’idée que ma mère ne m’aimait pas, elle préférait mon frère, Il y avait un garçon et une fille, ma mère préférait son fils et mon père préférait sa fille…, C’était une évidence… J’avais l’âge, j’étais belle, victime d’agressivité de la part de mon père, l’objet par rapport au fait que je devenais une jeune fille, donc quelqu’un qui avait une vie sexuelle et objet total de cet aspect-là de ma personne, et de reproches.

Béatrice : Par rapport à ce que j’ai entendu, l’absence de dialogue avec ta mère est effectivement très présent. Je suis la dernière de trois enfants, deux grands frères, dont mon abuseur, et je suis la surprise, je n’étais pas trop attendue au niveau de ma naissance. Mon père est parti très rapidement après que je sois née, donc elle a assumé beaucoup. D’un côté, je suis partagée, parce qu’elle a beaucoup assumé au point de vue confort matériel, c’est-à-dire qu’elle s’est débrouillée pour qu’on ait à manger, des vacances, des vêtements, mais d’un point de vue affectif, il est évident qu’elle préférait mes frères et j’étais souvent la cible d’agressions par rapport à me rabaisser, à me faire sentir que… Pas assez féminine, pas assez ci, pas assez ça, donc ça, je le ressens très fortement, cette espèce de rejet de la part de ma mère et donc pas de dialogue entre nous, en tout cas pas de dialogue sincère, pas grand chose à se dire, on est très différentes. Pour l’instant, elle ignore, je ne sais pas ce qu’elle sait exactement. J’ai le souvenir, que quand j’ai été réglée à dix-onze ans, elle a insisté pour que je ne partage plus la chambre avec mes frères. Elle m’a aménagé un petit espace dans un bureau pour que j’aie mon intimité et par la suite m’a même donné sa chambre. Je ne sais pas du tout ce qu’elle peut savoir, si elle était au courant. Mon grand frère a pris la place de mon père, c’est évident, au sein de ma famille, mais je ne sais pas comment elle réagira. J’aimerais que ce soit de sa part, bien sûr, mais jusqu’à maintenant, je n’ai pas eu le sentiment de l’avoir, que ce soit dans ma vie sociale, même à l’école, elle a soutenu mes frères mais pas moi donc il y a vraiment une distinction entre mes frères et moi ; d’un point de vue affectif surtout, et donc une absence complète mutuelle… Mon frère a pris la place de mon père… Je ne sais pas du tout ce qu’elle sait et je ne sais pas du tout comment elle réagira.

Maud : Ben, moi, ma mère le sait depuis très peu de temps, elle était absente à ce moment-là puisque c’était les grandes vacances. Moi, mon abuseur, c’était mon cousin et j’ai pas l’impression d’avoir eu un changement, en tout cas, une modification de comportement claire et nette après les faits. Je devais avoir dix ans, on jouait souvent au docteur, au papa et à la maman, j’ai quatre cousins, j’étais la seule fille. Donc je l’avais complètement amalgamé avec le reste en disant : c’est des jeux d’enfants. Donc je pense que ma mère, elle me l’a dit, elle ne s’en est jamais douté, ça a fait l’effet d’une bombe et ma tante, pareil, c’est-à-dire que quand elle l’a su, elle m’a dit que c’était la dernière personne à qui elle aurait pensé puisque avec mon cousin, on n’avait aucune relation, il ne me parlait pas, ni en journée, ni avant, ni pendant, ni après. C’était l’indifférence la plus complète et du coup, cela a étonné ma tante, elle était quelquefois présente pendant les vacances, c’est surtout ma grand-mère, mon grand-père vu que c’était une grande maison, avec des dizaines et des dizaines d’hectares autour, donc de toute manière, on était un peu laissés à nous-mêmes, et que c’était la liberté. Ma mère ne s’en est jamais rendu compte. Je n’ai pas remarqué de modifications de comportement à part à l’adolescence quand mes parents ont divorcé, mais comme beaucoup d’enfants, ça a été un peu difficile et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à avoir un excès de colère, l’un d’une manière inconsciente et l’autre vis-à-vis du problème du divorce de mes parents et qu’il y avait un choix à faire pour savoir avec qui vivre. C’était un problème que beaucoup d’enfants ont connu et donc là, j’ai pu exprimer une colère qui était latente depuis quelques années sans avoir conscience, sans faire le rapprochement.

Béatrice : Tu te rappelles pourquoi tu l’as pas dit à ta mère à ce moment-là ? Pourquoi tu l’as pas dit à ta mère ?

Maud : Oui, c’est un peu ce qu’elle m’a dit : mais pourquoi, tu ne me l’as pas dit. Parce qu’on a un rapport très fusionnel, elle sait tout, je lui dis tout. Elle a connu tous mes petits copains donc… C’était pas la première fois que je lui cachais des faits qui m’avaient traumatisée, j’ai reçu une fessée déculottée devant toute la classe par ma maîtresse, et j’en ai pas parlé, je lui ai dit vingt ans plus tard, elle est restée sciée. Comme après en maternelle, ma maîtresse m’a jetée contre un radiateu.,r je suis rentrée, j’ai rien dit, elle s’en est aperçue quand je prenais le bain, j’avais une marque dans le dos. Elle s’est dit : mais qu’est-ce que c’est que ça ? C’est-à-dire… J’ai l’impression que tout de suite la culpabilité arrive. Les actes sont tellement disproportionnés, ma maîtresse aurait pu me mettre une claque, ou une fessée sans forcément me déshabiller pour me la mettre. C’est moins humiliant. Je me suis dit que j’ai forcément fait quelque chose de gravissime, qui fait que si je le dis, eh bien, ma mère va encore me punir, c’est bon, j’ai donné, Je pense qu’il y avait déjà eu des actes comme ça : recevoir un fessée, être balancée contre un radiateur, ça m’a déjà pas formatée, mais mis dans une situation plus ou moins identique qui provoque la culpabilité automatique et en même temps je n’avais aucun rapport avec lui. Il m’ignorait. C’est pas comme si nous étions les meilleurs amis du monde et que ça dérape. Non, il m’ignorait. Il avait quatre ans, il était plus âgé, il faisait ses trucs et ses machins, c’est vrai que maintenant que j’ai parlé, ma tante, elle se rend compte que effectivement, il a un comportement étrange vis-à-vis de sa soeur et donc là, ça crée des questionnements pour toute la famille, en tout cas pas encore toute la famille, mais ceux qui sont au courant. Voilà, des décisions à prendre, difficile à déceler. Je voudrais pouvoir parler ouvertement et le balancer… On verra, mais…

Noémie : Tout ça, ça me parle énormément dans le sens où c’est pareil, moi pendant vingt ans, je n’en ai pas parlé alors que quand ça s’est passé, j’avais huit ans et je savais bien que ce que mon frère me faisait c’était totalement interdit, pas bien du tout, j’en avais tout de suite conscience, je n’ai pas ressenti que c’était un jeu d’enfant. C’est après, je me suis dit : ça passera parce que quand on est plus vieux on oublie tout, on oublie son passé, on oublie ce qu’on a vécu quand on est petit, moi, j’étais persuadée de ça et en fait, je n’ai jamais rien oublié, j’ai des souvenirs très réalistes. Et donc, j’en ai parlé il y a très peu de temps, il y a deux mois à ma mère, parce que j’étais dans une situation tellement mauvaise psychiquement, je tombais dans la dépression… Inaudible… Je suis tout à fait certaine qu’elle n’était pas du tout au courant que c’était mon frère qui avait abusé de moi. Elle ne pouvait pas s’en douter étant donné que ça s’est passé dans trois lieux différents, et à chaque fois, dans ces trois moments-là, ma mère n’était pas là. Ma mère ne pouvait pas s’en douter, étant donné que je… On va dire que j’étais très fusionnelle avec elle. Je ne lui ai jamais rien caché. Je ne lui mentais jamais, en fait, je m’en étais fait une règle de mentir sur rien d’autre que sur ce qui m’était arrivé. Pour moi, c’était : je dois tout lui dire, mais il n’ya qu’un truc que je lui dirai jamais, que je crèverai avec, ce sera ce secret-;là. Et en fait, je me suis rendue compte que cela me bloquait complètement dans ma vie aussi bien affective que relationnelle avec les autres, donc que chaque homme me faisait peur, qu’il soit vieux, jeune, que j’étais pas du tout à l’aise et que même avec mon père qui ne m’a rien fait, je n’étais pas à l’aise non plus donc ça a bousillé pas mal de relations périphériques. J’étais contente de sa réaction, c’est elle qui m’a conduite au groupe de parole, c’est grâce à elle que j’ai découvert AREVI, je suis venue donc une fois avec elle. Je ne pense pas que ma mère reviendra dans le groupe, par contre, même si elle revenait de temps en temps sur Paris. Elle m’a dit : « maintenant, ton groupe de parole, c’est quelque chose qui t’appartient ». Mais je pense que pour elle, c’est immensément dur, on est presque deux victimes, elle l’est presque autant que moi. Mais je pense qu’elle va faire un travail aussi, de psychothérapie, de son côté pour aider à aller bien. C’est qu’elle a tout fait pour mon frère et pour moi, son but dans sa vie, c’était vraiment ça, d’avoir deux enfants sains de corps et d’esprit et bon, il y en a un qui a dérapé qui a fait plein de conneries. Et le fait qu’il se soit…., que je n’ai plus de contact depuis treize ans avec lui, parce qu’il s’est barré de la famille. Je pense que ça a aidé pour que je parle. Pour moi cela a aidé à ce que je parle, cela a été un poids comme une personne qui est morte et qui revient comme un mauvais fantôme, un mauvais spectre, quoi ! Je pense qu’il y a une petite part de moi-même qui était mon espoir, c’était de me dire : ma mère me croira plus moi que lui, elle ne peut pas douter de ma parole, je ne pense pas .Effectivement, elle n’en a pas douté. Voilà !

Delphine : Merci.

Le psychologue : Merci… Si je peux me permettre une suggestion… de faire une pause. En général, on la fait après le deuxième sous-thème, mais là, le second thème a été largement abordé. Je vous propose effectivement qu’on continue, cela fait vraiment un passage à l’autre sous-thème, juste puisqu’on a l’habitude de faire une pause. Là, c’est à l’appréciation de tout le monde. Ou en enchaîne, c’est comme vous voulez.

« tout Schuss ! » Tout le monde parle en même temps.

Je vous rappelle le deuxième sous-thème, c’était dans le cas du dévoilement et de la reconnaissance de l’inceste, quel est ou a été l’attitude de la mère ? effectivement c’est déjà fait.

3 : Dans le cas du dévoilement et de la reconnaissance de l’inceste, quel est ou a été l’attitude de la mère ?

Delphine : Pour ceux qui ne l’ont pas encore dit.

Pause café.

Delphine : Tu sais pourquoi, tu disais, ça c’est le secret et ça je ne le dis pas ?

Noémie : Pour une question de… honte, c’est-à- dire que moi, j’ai chialé, évidemment la première fois, mais je me disais que c’était la première et la dernière. Je ne pensais pas qu’il allait poursuivre deux autres actes en fait, à des années d’intervalle, et, en fait, j’ai vite ravalé mes larmes et je me suis dit que c’était une mauvaise journée à passer, terrible, je crois que tout de suite, on est dans un mouvement de… comment dire ?… de repli sur soi, de honte très grande, une honte qu’on peut avoir, à n’importe quel âge. Et qui fait qu’on garde ça, on se dit qu’on peut pas en parler. J’avais peur aussi, ce qui est complètement incroyable et paradoxal, c’est que mon frère s’en prenne encore plein la gueule ; c’est vrai qu’il avait fait conneries sur conneries depuis qu’il était petit, c’est qu’il avait pas mal eu affaire, normalement, à ma mère qui jouait le rôle du père et de la mère. Etant donné que c’est plutôt elle qui a fait notre éducation. Il y a un manque d’autorité paternelle c’est évident.

Lise : C’est un grand grand frère ?

Noémie : On avait cinq ans de différence

Lise : J’ai entendu dire quand ça s’est passé, ma mère était absente. Ça s’est passé une fois, quatre fois ou plus, toujours en l’absence de la mère. Pour moi, ça s’est passé sur plusieurs années, j’ai même daté de sept à douze ans. Je pense, compte tenu des soins que j’ai eu aux yeux, c’était même avant sept ans. C’était la nuit pendant que ma mère dormait, même si on dormait, j’étais dans le même lit que mon frère. On dormait dans la même pièce…

Fin de la première face de la cassette n°1

Jacqueline : Ca a duré des années, comme j’ai eu très longtemps une amnésie, je ne sais absolument pas quand ça a commencé, je suis sûre très petite, avant même d’avoir la parole, donc la question d’en parler à ma mère ne s’est pas posée, et je ne sais pas quand ça s’est arrêté. Je crois me souvenir que c’était la nuit, donc elle était là. Nous habitions un très grand appartement, enfin ma chambre était loin de la leur. Mais elle était près de celle de ma grand-mère, qui…, à quel âge, je me suis rendue compte – avait interdiction de venir dans la chambre d’amis – et papa qui était donc un père absolument remarquable et dévoué puisque il se levait tout le temps, moi, j’étais un enfant à problème. L’attitude de ma mère était donc la suivante : c’est-à-dire que dix jours par mois, parfois plus, elle était enfermée dans le noir, dans sa chambre, fallait pas rentrer, fallait pas faire de bruit, fallait rien, car elle souffrait de migraines ophtalmiques épouvantables… que j’interprète puisque je suis en cours d’analyse comme elle a mal de voir ou de pas voir, je pense qu’elle se savait et que c’est ça qui la tuait littéralement, puisque elle vivait pas…Lla moitié du temps, et le reste du temps d’ailleurs, elle ne faisait pas grand-chose non plus, elle s’occupait physiquement pour me faire manger, extrêmement peu de moi C’est surtout ma grand-mère et mon père sur mon corps, il a bien fallu voir à un moment donné tant que c’était des tortures terrifiantes, enfin, terrifiantes pour un enfant, d’écraser la tête sur son sexe, ou… Apartir du jour où j’ai été sodomisée, je me suis dit que ça ce n’est pas possible que ce ne se soit pas vu et donc si il n’y avait que lui qui faisait ma toilette, il était tranquille, et donc voilà l’attitude de ma mère pendant. Donc je ne peux pas savoir si elle le savait ou si elle ne le savait pas, je pense qu’elle le savait au moins inconsciemment c’est sûr ! Pour avoir cet handicap-là mais toute mon enfance ma mère était, quand elle n’était pas sur son lit dans le noir où il fallait pas parler, elle était hypochondriaque, c’est-à-dire, complètement centrée sur elle, sur des maladies. Il fallait toujours prendre des rendez-vous avec les plus grands professeurs… et il n’y avait rien.Ttoujours des radios, des examens et rien. Et donc vlan ! enfermement dans la piaule et après on repartait sur autre chose. En fait elle a été complètement, enfin, moi, j’ai le sentiment qu’elle était mobilisée par elle et ses problèmes qui l’handicapaient littéralement, lui rendaient la vie invivable. Mais par rapport à moi, alors mon père me traitait comme une pute puisque quand j’ai eu trois, quatre ans, tous les jours il m’emmenait au monoprix, prisunic à l’époque, pour que je choisisse un jouet, sans un mot, rien, et donc j’étais complètement accro à cet instant où il fallait acheter un jouet, je ne vivais qu’avec ce truc-là et ça exaspérait ma mère. Je me souviens que d’attitude très agressive parce que je pense qu’il y avait des problèmes d’ordre sexuel entre eux, alors si elle le savait, d’une certaine façon, j’étais la petite femme de papa, si elle ne le savait pas, je ne sais pas ce qui se passait dans sa tête à elle mais elle, c’était en tout cas, il y avait des moments où elle était super-affectueuse, une vraie maman, et j’attendais ces moments, vraiment avec impatience, et d’autres moments où je sentais que je l’exaspérais, comme je me considérais comme un enfant pas normal qui avait quelque chose de dégoûtant qu’il fallait cacher et je ne savais pas quoi et par rapport à : « faut l’cacher, Faut pas l’dire, j’avais tout le temps ça dans la tête mais je ne savais pas quoi. Compte tenu de ce que je décris de l’attitude de maman, j’étais dans l’amnésie. Je vivais dans une telle détresse, je me rendais bien compte que les autres enfants n’étaient pas comme ça, je pense aux cours de récré, on voit bien la différence, on voit bien qu’on est pas normal, qu’on a cette tristesse permanente, cet accablement, cette incapacité physique pour courir des fois, pas savoir comment on marche, comment on met un pied devant l’autre, ça je lui en ai parlé et elle soupirait, c’était un souci de plus pour elle.

Mireille : Tu disais je suis triste et des fois, j’arrive pas à mettre un pied devant l’autre dans la cour de récré.

Jacqueline : Non je ne crois pas que j’exprimais les choses de cette façon aussi claire que je vous le dis là, mais… Tout était dans le déni, par exemple, je me souviens quand elle parlait avec des amies à elle, elle disait que j’étais une enfant très tonique, une force de la nature, des mots qu’elle employait pour mon père, d’ailleurs. Donc ce n’était pas du tout ça et je m’en suis rendue compte quand vers six, sept ans, elle m’envoyait dans un home d’enfant en Suisse que les puéricultrices portaient sur moi m’ont absolument suffoquées, parce qu’elle m’ont trouvée limite « rachdingue, vraiment pas bien. Là j’ai tout de suite compris que ça tournait pas rond, la façon dont ma mère me voyait.

Delphine : Je voudrais dire la façon dont ça ma fait rebondir de façon inattendue pour moi, parce que moi, je voudrais parler de ma grand-mère. J’ai une soeur jumelle, je me demande tout à coup si le fait qu’on… je ne sais pas, j’ai déjà entendu dire cela, ce doit être courant quand on a des jumeaux dans une famille, on les appelle « les jumeaux, on ne les distingue pas l’un de l’autre. ce n’est pas un scoop. Mais je me demande si.. .dans ma famille, on faisait ça aussi, on nous appelait « les jumelles, mes parents, mes grands-parents, les adultes de l’entourage et ma grand-mère aussi. Et je suis en train de penser que c’est comme si on n’avait pas une relation interindividuelle avec ma grand-mère, sauf si on était malade ? Mais, sinon, à ma soeur et à moi, elle nous parlait à nous deux et je me dis que le fait qu’on soit deux et que pour elles, ma mère, ma grand-mère, le fait qu’on parle à nous deux que ça vaille pour une seule personne ça permettait peut-être… Je me suis toujours demandé pourquoi : bon, ben, ma grand-mère était là quand j’étais violée par mon grand-père, elle était dans sa chambre pas loin. Quand c’était en Dordogne, nos chambres étaient côte à côte, donc c’était tout près, quand c’était à Paris, c’était un peu plus loin, mais ça faisait tellement de bruit, après, dans la salle de bain quand on faisait les opérations de nettoyage, que… Elle prenait des sédatifs, beaucoup de médocs. Je suis sûr qu’elle a entendu. Je n’ai pas tellement de doute la-dessus. La question que je me pose souvent, c’est comment ça se fait qu’on n’ait pas vu les traces physiques sur moi et je me dis, un film peut-être, une projection… Comme on était deux, on voyait le corps de ma soeur qui était indemne lui, donc cela faisait une seule image et elle n’avait pas de traces donc on parle à moi, on regarde elle… donc quelque chose comme ça. Mon grand-père, il faisait une différence terrible, il traitait très mal ma soeur, il l’humiliait, il l’insultait. Moi, il ne m’insultait pas, il disait que j’étais intelligente, mais il me violait, il me torturait, la nuit, le jour aussi. Mais ma grand-mère… Je me souviens à peine, cela a dû arriver, je ne me souviens même pas qu’elle ait dit mon prénom, La relation avec les deux a été personnalisée. Comme si nous n’étions qu’une seule personne. Voilà, c’est tout ce que j’avais envie de dire !

Mireille : Vous étiez si différentes comme jumelles ?

Delphine : Oui, on était hyperdifférentes, surtout enfant, oui, j’étais plutôt brune, elle était blonde, j’avais quatre centimètres de plus, ni la même morphologie, ni rien.

Lise : J’ai eu des voisines qui étaient jumelles, on disait toujours : les jujus.

Mireille : Moi, je suis grand-mère de jumeaux, de vrais jumeaux, vraiment semblables. C’est dans leur comportement, ils sont différents. Mais dans la famille, je lutte. On demande « comment vont les jumeaux ? ». Ce doit être assez difficile à vivre mais bon, chacun a sa vie ! J’ai envie de parler par rapport au dévoilement de l’inceste, c’est vis-à vis de ma soeur. En fait, comme j’ai transposé « ma mère, ma soeur, je suis un peu dans la confusion… dans la mesure où j’en parle par rapport à ma naissance. Quand je suis née, ma mère avait quarante ans passés, donc elle se sentait très vielle, c’était pas la joie de se retrouver enceinte. C’est ma soeur qui avait seize ans, qui s’est beaucoup occupée de moi donc c’est pour ça aussi qu’il y a eu cette confusion « mère-soeur » « soeur-mère » et puis « mère grand-mère » parce qu’à la limite, il y avait aussi, ma mère qui était âgée, enfin, maintenant on ne dirait plus ça mais moi, j’ai toujours vécu avec ma mère que je trouvais très âgée donc ça me gênait aussi. Et voilà il y a aussi, cette espèce de confusion. En fait, j’en ai parlé à ma soeur… Quand certaines d’entre vous ont parlé d’agressivité, de comportement agressif de leur mère, disons que je l’ai ressenti de la part de ma soeur. Ma soeur est super-chiante à vivre, elle est jamais contente, ça va très mal, elle a eu aussi plein de maladies, d’ailleurs elle en a une maintenant, malheureusement, elle a un cancer, cependant elle en a déjà eu un, elle avait trente-sept ans dont elle s’est… ça s’est arrangé. Quoi ! Enfin bref, elle a eu un tas de choses, ça va jamais, jamais, jamais. Et quand le jour où j’ai fini… parce que… en même temps, et comment dire ? en même temps, très jalouse de moi, moi, parce qu’apparemment, moi j’ai réussi, moi, j’ai eu toutes les chances, quand un jour, je lui ai,…comme elle se plaignait tout le temps… je ne suis pas trop claire. Comme elle se plaignait tout le temps, je lui disais : « ben ! essaie de te faire aider, essaie d’aller en parler. Alors un jour, je lui ai dit, ben moi, je me fais aider. Oh ben toi avec la vie que tu as eue, je ne croyais pas que tu avais des problèmes etc.. ; et puis à un moment aussi, elle avait refusé d’aller à une fête de famille en disant : oui ! il y en qui me prennent de haut, e fin bref… et puis après plusieurs mois, plus de nouvelles. Moi, je n’en pouvais plus de ça et donc je lui ai écrit en disant : « écoute tu dis que tu as tous les problèmes, mais je voudrais quand même que tu saches que ton ami, J’ai été victime de ton mari quand j’avais neuf ans et alors ;… ben !» Bon, moi, je tremblais parce que je pensais qu’elle allait me dire : « qu’est-ce que tu racontes là, t’es complètement folle, c’est pas vrai » et finalement, il y a un côté qui m’a rassurée, cela apporte quelque chose quand même elle m’a dit je m’en doutais. C’est pour ça quand ma mère dit… je dis qu’elle ne sait rien. Qu’elle savait rien, alors moi, je lui dis : mais tu crois que maman le savait, elle me dit non ! Alors bon, je n’ai que sa parole à travers, et… Mais cependant, on a essayé d’en parler un petit peu plus et maintenant, elle est à nouveau très fermée. Et alors aussi, j’ai des doutes par rapport…parce qu’elle a eu quatre enfants dont une fille et quand sa fille est née… j’avais moi-même treize ans et là je me suis dit : « quel malheur, une fille arrive dans la famille ». Tout le monde était content, il y avait une fille qui arrivait, enfin mes parents, mais moi, j’étais…tout de suite ma première pensée, c’était « quel malheur une fille arrive dans la famille, c’était vraiment un drame, enfin que j’ai ressenti. Alors ceci dit, j’ai jamais pu beaucoup parler. On est une famille assez séparée, on parle peu, on ne s’est jamais parlé et je pense que ma nièce a été victime… etc…et puis bon, la famille ne va pas très très bien. Et maintenant à nouveau, je parle de ma soeur, c’est quelqu’un qui se débrouille pour être malade et comme elle est tout le temps malade, il ne faut pas qu’on l’embête, faut qu’on soit à son service. Donc, j’ai passé ma vie à essayer de payer pour elle, de lui faire, de toujours essayer d’apporter quelque chose, même d’essayer de vivre parfois des moments communs, partir un peu, faire un week-end, faire quelque chose, elle a toujours tout refusé, elle refuse, maintenant on n’en parle plus. Donc je l’ai dévoilé, c’est important, elle n’a pas nié, parce que j’avais peur qu’elle le nie, cependant je ne sais pas si ça a fait avancer beaucoup ? Si, un petit peu quand même, mais, c’est pas clair. Je pense que c’était quelqu’un qui était besogneuse,… Tu parlais de ta maman… Je pense que c’était quelqu’un comme ça, la lessive, les enfants, les gamins, ils vivaient dans deux pièces, lui, il buvait, il ne ramenait pas toujours l’argent, enfin etc. Son souci, c’est la maison propre, le linge propre et le reste, on ferme les yeux. Je crois que là et en fait, si en ce moment, elle est très mal, je pense qu’elle se sent très coupable et qu’elle a rien fait, moi, je lui en veux de ne pas m’avoir protégée. Elle aurait pu me protéger… s’en doutant… A un moment, elle avait failli divorcer, ça ne s’est pas fait et moi, j’étais vachement déçue, j’aurais tellement voulu qu’elle divorce, elle a pas été capable, même si elle s’en doutait, justement de dire : stop. Ca je lui en veux, je ne sais pas si je lui pardonnerai un jour, même si elle meurt. Elle mourra, mais, enfin, je ne suis pas bien par rapport à cette histoire, fallait-il dévoiler ? pas dévoiler ? Je ne sais pas du tout si c’était la solution. D’un côté, je ne regrette pas, mais en même temps… inaudible… Voilà je ne sais pas trop quoi… Et je repensais aussi par rapport à ma mère… Quand tu parlais… Ma mère n’a rien dit, mais par contre, elle ne supportait pas mon état féminin et je sais que quand je me mettais du vernis à ongles qui était rouge… transparent, ça allait, mais quand c’était rouge, elle me traitait de cocotte : « tu fais la cocotte, elle me disait ça même quand j’étais mariée, que j’étais plus âgée « Arrête de faire la cocotte comme ça ! ». C’était un peu incongru, et puis quand j’avais quinze ans : « tu vas pas aller courir les garçons, tu vas rester à la maison ». Il y avait des petits signes comme ça indirects. Peut-être qu’elle avait peur pour moi, ou elle voulait pas que je recommence. Moi, je me suis toujours dit que si elle s’en est douté, elle a pensé que c’était de ma faute, moi qui n’avais qu’à pas être séductrice, à tourner autour des adultes. Voilà !

Lise : Moi, je me rappelle mes soeurs, on était quatre filles dans la famille, donc elles se sont mariées entre vingt et vingt-cinq ans, elles avaient comme distraction, c’était le bal,… Moi, j’avais dix-sept ans, je ne sortais pas, j’étais toujours dans mes bouquins. Un jour ma mère m’a dit : « tu vas jamais au bal » et donc, elle s’interrogeait, cela voulait dire : « t’es donc toute seule » et comme elle était… elle parlait peu… j’ai laissé tomber… Je me demande, enfin je pense qu’elle n’avait jamais rien vu, mais elle sentait que j’avais une différence avec mes soeurs, je m’isolais.

Nicole : Je voudrais parler du jour où je l’ai dit à ma mère. Ce n’était pas mon intention ce jour-là. J’avais une quarantaine d’années, j’avais compris depuis peu, parce que j’ai fait une amnésie x années et j’avais compris par un travail de psy que j’avais été violée par mon oncle, et comme j’avais pris conscience qu’il était peut-être mon père, j’avais commencé par le premier rôle c’est-à-dire, arriver à mettre au clair de qui étais-je la fille ? Puisque celui qui m’avait élevée ne m’avait jamais regardée, jamais adressé la parole et que je n’étais… Le peu d’existence que j’avais, c’était le jour où il était de bonne humeur et qu’il me jetait un regard…et je devais me mettre à genoux pour lui mettre ses pantoufles. C’était l’honneur suprême. Donc un jour j’ai lancé les opérations de recherche en paternité, donc ils ont reçu tous les deux des papiers comme quoi, il fallait faire des prises de sang, la totale, ce qui a été fait. Il y avait une distance Paris-Lyon donc ils l’ont fait, enfin, j’ai senti… il n’y avait pas beaucoup de mots d’échangés à l’époque. Seulement, j’ai compris que les résultats, on ne me les donnerait pas, j’ai compris qu’on me les donnerait si j’avais fait une action en justice contre eux. J’avais dépassé la date limite, et il aurait peut-être fallu, à ce moment-là que j’aie une accord de ma mère. Si ma mère m’avait soutenue, on aurait peut-être pu faire une action en justice pour retrouver qui était l’auteur… Je crois que j’avais bien compris, puisqu’il me l’avait pratiquement dit en me violant… et que c’était tellement évident, dans le contexte familial, tout ce qu’on devait cacher, les photos, par hasard, on lui ressemblait, mon père ne devait pas être au courant… Enfin, bon, c’était gros comme une maison, donc j’ai arrêté, j’ai dit je ne peux pas faire une procédure toute seule. Il s’est trouvé… donc je suis allée voir mes parents…en vacances, en passage, je ne passais qu’une nuit avec mes enfants. Et là, ma mère est venue me voir : « mais tu te rends compte de ce que tu fais… de toutes façons, ils vont se tromper, ils se trompent toujours ». Je me suis dit, j’ai déjà là un début de réponse qui correspondait à ce que je supposais et à un moment, j’étais en train de laver ma voiture, mon père est venu vers moi, et très heureux, il m’a dit, « ça va te coûter cher tout ça ! » Il m’a glissé une liasse de billets dans la main, et il m’a dit,« c’est pour t’aider » et comme à ce moment-là, j’avais déjà un truc de ma mère, j’estimais que là il en disait aussi suffisamment, et que comme je ne serais pas allée plus loin, je lui ai rendu sa poignée de billets en lui disant que je ne pourrais pas aller plus loin, que je m’arrêtais là. Que je n’irai pas plus loin et généreusement, il m’a dit :« bon, c’est pour tout ce que tu as payé jusqu’à maintenant ». J’ai gardé les billets, l’affaire pouvant s’arrêter là. Et quand même, le soir avant de partir, pour moi, c’était suffisant ils ses sont, ils s’étaient positionnés, mais quand même, ma mère, je trouvais que là, c’était vraiment un peu « just, et le soir j’en ai parlé à ma mère. Je lui ai dit : « au fait, il y a une chose que je ne t’ai jamais dit, c’est que ton beau-frère, mon oncle m’a violée quand j’avais sept ans. » Le premier cri ça a été : « Comment veux-tu qu’un homme s’intéresse à une gamine de sept ans, quel intérêt, il y avait cette supériorité de la femme !, « qu’est-ce que tu viens raconter comme bêtise ». Quand elle a su aussi où ça s’était passé, elle a compris que là, il y avait une réalité et elle m’a tout de suite demandé des trucs techniques : « est-ce que t’avais senti du chaud dans ton ventre ?… On entre dans une… c’est une fouineuse ! Et je ne suis pas allée plus loin. Le lendemain matin, je suis partie en voiture et elle est venue vers moi avec une petite marguerite qu’elle avait cueillie le long du sentier et elle me l’a donnée. Je crois que c’est par là qu’elle a manifesté… Et depuis, alors elle lancé une opération familiale du tonnerre pour renouer avec cet homme qu’elle n’avait plus vue depuis x années pour ensuite pendant les années où moi, je ne voulais pas le rencontrer obligatoirement faire des réunions familiales . Elle me demandait d’être présente et de demander pardon à cet homme de ne pas vouloir me regarder. Je fuyais. J’allais me baigner à l’heure de la messe du quinze août pour ne pas avoir à le rencontrer. Et le jour où il est mort, je suis la seule personne de la famille que l’on n’a pas averti, bien sûr. Parce qu’on a eu trop peur que j’aille faire du scandale dans la réunion familiale. Elle est morte, je sais qu’elle m’en veut, qu’elle m’en voulait à mort de lui avoir pris sa place et ça, j’ai été consciente, pas à sept ans, pas jusqu’à dix-douze ans. Je n’ai plus existé à ce moment-là, je n’avais plus d’existence, j’étais transparente. Je n’existais plus… Au début de l’adolescence, quand j’ai commencé à grandir, je la voyais vraiment jalouse de moi, me dire que j’avais de vilaines jambes, j’ai compris que nous étions rivales, je ne savais pas pourquoi je sentais profondément que j’étais gagnante parce que c’était elle la perdante. Je me suis toujours considérée comme… Moi, j’étais à part, j’étais non-reconnue, on ne me parlait pas mais moi, j’existais. Ce viol m’a donné une existence, je n’en avais eu aucune dans cette famille. Ça m’a donné un petit peu d’existence et c’est presque le point sur lequel je peux m’appuyer pour exister pour moi, et pour ma famille. Et je m’en « barde » un petit peu de la famille. Mais pour moi, c’est un axe, la seule fois de ma vie où j’ai existé. C’est tout. Et elle me poursuit encore huit ans après sa mort, elle se venge encore de moi par l’intermédiaire de mon frère, elle a laissé des trucs pour me laisser des choses et pour se venger. Tous les papiers que j’ai trouvés après sa mort qui m’étaient adressés, je savais que c’était tout de la haine, j’ai tout brûlé, mais elle est quand même encore arrivée l’année dernière à faire passer un livre auquel je tenais beaucoup, à le faire parvenir au fils de mon violeur pour que ce ne soit pas moi qui l’ai. Et qu’il soit bien entendu que moi, je n’aurai rien….. Silence… Je ne lui en veux pas. Elle n’était pas très intelligente et puis elle n’avait pas d’amour pour moi. Il y a des femmes comme ça, je suis tombée sur celle-là et puis, c’est tout !

Nancy : Inaudible… Je me pose encore beaucoup de questions sur le fonctionnement de ma mère, sur son rôle. La situation que j’ai vécue, puisque ça a duré presque huit ans, les relations avec mon père. Je lui ai dit, en fait je lui ai dit très tôt, je lui ai dit plein de fois… Je ne me souviens plus, mais elle ne m’a pas entendu puisque ça a duré encore jusqu’à ce que j’ai douze ans et demie, treize ans. Après je lui ai dit à nouveau quand j’étais adolescente, donc elle a réagi, sûrement comme beaucoup de mère, en disant qu’elle avait rien vu, qu’elle savait pas… Voilà !… Je ne comprends pas qu’elle ait pu dire ça, puisque je lui avais dit et puis aussi à certain moment, elle m’encourageait. Je pense qu’elle savait que j’avais une relation privilégiée avec mon père, par rapport à ma grande soeur, elle encourageait cette relation. Elle me disait : « va rejoindre ton père, il t’attend » donc après quand elle s’est déresponsabilisée, elle a dit : « je savais rien, j’ai rien vu… ». J’ai un peu de ma, quand même ! Aujourd’hui je pense même qu’elle est un peu nostalgique de cette période, je sais pas. Ils avaient de problèmes tous les deux, elle a dû être… inaudible… Depuis là, je lui dis encore : « c’est possible parce qu’il se trouve, je rêvais ». J’ai entamé une procédure de justice contre mon père et donc là, à nouveau, je parle avec elle de ça et elle est toujours aussi… inaudible… Elle se place dans une position de victime, elle aussi, j’ai l’impression qu’elle… Je me pose la question… comme si elle avait jamais fait l’expérience de la vérité sur cette histoire…. Elle est complètement déconnectée… Elle est malade, elle aussi, elle se plaint toujours… quand je lui demande pourquoi… Parce que moi aussi, j’aurais voulu qu’elle divorce, je le lui ai demandé très souvent. Elle dit : « je ne pouvais pas partir, j’avais pas d’argent » et quand je lui dis : « mais toi, tu n’as rien fait, elle dit : « mais qu’est-ce que j’aurais pu faire ? porter une plainte ?…partir ?.. mais moi, j’avais pas été agressée. » J’ai l’impression qu’elle n’a pas accès à l’expérience de ce que ça a pu être.

Delphine : Je parle pour elle : pour se protéger de sa culpabilité

Nancy : Ma mère dans sa famille bourgeoise de province. C’est la deuxième d’une fratrie de huit. Et elle est un peu considérée comme la simple d’esprit par rapport à ses soeurs : toutes ses soeurs ont des professions assez valorisées. Ma mère, c’était…, elle n’a jamais travaillé, c’est elle qui s’occupait de son foyer, des ses enfants, qui faisait à manger…, qui n’a pas été capable de venir dans la cour de récréation, je ne sais pas, pour engueuler la camarade de classe qui m’avait foutu un coup de pied, ça elle l’a fait, mais protéger sa fille de…

Jacqueline : Sur l’histoire de parents divorcés, après quand j’étais plus grande, adolescente, elle se plaignait tout le temps, derrière son dos. Elle était peut-être très malheureuse en ménage, mais elle ne divorce pas, ne travaillant pas, c’était absolument inenvisageable… pour l’argent et aussi par rapport à l’opprobre sociale que représenterait .. bon… surtout, tout ce que j’ai entendu… Et là, j’ai une montée de colère, qui monte en en parlant « je suis restée à cause de toi » donc remercie-moi, je me suis sacrifiée pour toi. Je me souviens, petite, j’essayais toujours d’espérer qu’elle aille mieux, qu’elle se sentirait mieux, qu’elle allait m’aimer, comme dans le moments qu’elle me câlinait. Mais adolescente, je me souviens que je la détestais. J’avais noirci des pages sur mon journal intime en me disant des trucs du genre que c’était une larve, j’étais très en colère contre elle. Toujours dans l’amnésie dans son comportement, et un jour, elle l’a trouvé. Elle fouillait parce que j’étais en pension et donc, elle m’a fait une scène quand je suis revenue de la pension sur la trahison, en me disant, d’ailleurs, au lieu de me dire toi, elle disait : « les gens, on croit qu’ils vous aiment, et voilà ils vous trahissent, elle disait : les gens, j’étais morte ? Elle devenait très menaçante et immédiatement, je me suis dit, il faut absolument, que je trouve… ; inaudible… Elle va me mener une vie infernale donc récupérer le coup, je ne sais pas ce qui m’avait traversé la tête donc je me suis…J’ai eu honte de moi, de pas lui dire, « mais attends, regarde ce que tu provoques à ton enfant ! » tout se suite, j’ai compris que c’était mal, que c’était vraiment dégueulasse, moi « gens, je lui ai répondu : « tu es une victime, en plus de rester pour sa fille avec un type épouvantable, et voilà, ce que sa fille écrit dans son journal ! »

Irène : Je veux dire, il y a quelques années, je crois que ça fait cinq ou six ans, j’ai parlé à mes parents, on en a parlé. Je n’ai pas fait ça toute seule, c’est mon mari – on était en pleine crise tous les deux – il m’a plus ou moins lancé la-dessus. Je ne sais même plus qui a parlé, ça s’est passé par téléphone… Ce qui arrivait à nous, était forcément lié à ce qui s’était passé pour moi, et que donc, il fallait qu’ils le sachent et du coup, à ma mère, je lui ai parlé et à mon père, je lui ai écrit. Je pense à la seule lettre que j’ai reçue de mon père… Je refusais de le voir et qu’il voit mes enfants, et donc dans la lettre, il m’a très tôt parlé de lui par rapport à ça, dans la lettre, mais par contre, il y avait tout un truc qu’il fallait que je pense à ma mère, quelle allait beaucoup souffrir de tout ça et qu’il fallait bien prendre conscience qu’elle avait besoin de lui, qu’il prévenait qu’elle était restée avec nous… inaudible… quelle avait besoin de lui et pas seulement, matériellement,… elle était femme au foyer et qu’elle n’avait aucun moyen de partir. Moi, je ne me suis jamais posée la question de savoir si mes parents aillaient divorcer ou pas, parce que c’était une évidence que… par ma mère et par sa mère, ma grand-mère qui était souvent chez nous, elle avait beaucoup de chances d’avoir trouvé un mari qui s’occupe d’elle, qui les fasse tous vivre, donc déjà, jusqu’à cette époque-là, l’idée qu’ils puissent divorcer ne me venait même pas à l’esprit. Par contre, quand je lui ai parlé, il y a quelques années, j’attendais qu’il se passe quelque chose de plus violent entre eux que d’en parler… une séparation. C’est tout de suite la première chose, ils restaient ensemble parce elle ne pouvait pas vivre sans un mari, sans son mari, ce n’est plus possible, matériellement et sans doute psychologiquement. Ma mère est assez solitaire et elle a consacré toute sa vie à son mari et ses enfants. Donc il n’était pas question que…elle ait une existence propre. Je pense qu’il y a très clairement… Ca s’est manifesté à ce moment-là quand je lui en ai parlé, par une réflexion, sur avant, on n’en parle pas. On ne peut pas en parler et même si on en parle, on prend plein de précautions… inaudible… à l’idée c’est nous qui protégeons le couple, la famille, la mère, c’est-à-dire que c’est pour ça qu’on n’en parle pas puisqu’on sait que ça va tout faire exploser… inaudible… Comment me défaire de ce qu’a dit mon père, quand je parle de ça, c’est la famille qui supporte, sa famille à lui, c’était ça, si j’étais pas là, comme pilier à la fois pour résoudre les problèmes de couple… inaudible… Et puis si après, je lui avais fait défaut en disant quelque chose parce qu’il y a l’idée que tout peut s’effondrer, de toute façon, tant que moi, je n’ai pas pris le droit de m’enfuir… inaudible… C’est vrai que je ne pouvais pas parler, tout en espérant que les choses … ne faire mal à personne, ne pas mettre en danger, j’était tellement pudique que je savais que si je parlais, j’allais tout casser, quoi, leur vie à eux en tout cas. Il m’a parlé de ma mère dans cette lettre, ensuite, j’ai un oncle et une tante qu, très indirectement, passaient souvent par mon mari, puisque c’était plus facile de lui faire porter le chapeau. C’est lui qui s’occupait de ma famille… C’est tellement bénéfique, car je crois bien en plus que la cousine, on m’en a coupée. Ça a été dit que… inaudible… et aussi à mon frère qui vit tout ça très mal, donc lui ne veut pas rompre avec ses parents, il considère que ma mère ne savait rien… inaudible… plutôt pour la protéger… En tout cas, la révélation, elle a été… Je me suis aperçue après coup que c’était pas une bonne idée, au sens de la prise de conscience, le fait que moi, je parle, que je puisse me permettre de donner un conseil, même si, ma mère continue à dire qu’elle ne savait rien. Le choc, c’était que je le dise, c’est pas que… Je pense qu’elle étai,… c’est très flou… En effet, quelque chose qu’on sait sans vouloir le savoir, qu’on n’a jamais formulé, je ne sais pas comment ça s’appelle exactement, mais… Il est clair qu’il y a quelque chose qu’elle savait, et que par contre, que je le dise, ça a été… inaudible… L’attente par rapport à ça, on parlait de baguette magique, c’est vrai qu’il a des…. Inaudible…. C’est vrai qu’il y a eu les deux, sur le moment, c’était très… Finalement pour moi, un soulagement, et l’impression d’un bond en avant d’avoir pu faire ça, d’avoir été quasiment obligée de le faire, parce que je ne l’ai pas fait de moi-même, que mon mari m’a lancée là-dedans un peu comme un ultimatum… inaudible… pour pas que je continue à faire porter sur nous… tout ce que j’ai récolté de toute cette situation. Un soulagement de se dire que ça y est, quelque chose a bougé. Tant mieux, mon père m’a quand même envoyé cette lettre… elle m’a parlé. Mon oncle et ma tante m’ont appelée. Petit à petit, tout le monde a écouté. Résultat, c’est que là je sais que ma mère fait tout pour m’avoir chez elle, plus souvent, quand son mari, mon père… mon frère qui désespérément a essayé de partir très loin… Il m’a dit qu’elle souffrait pour son anniversaire, parce que mon père, ils ont entre soixante-dix et quatre-vingts… Je réalise, le seul à qui je n’en veux pas dans l’affaire, c’est mon frère, c’est une victime. Je lui en veux en ce sens que j’ai envie de lui dire, secoue-toi, de ne pas accepter ça… inaudible… Mais bon, mon oncle et ma tante ont filé aussi dans le Sud, comme mon frère. C’est normal. On va tous se réunir, donc avec mes cousins, on va tous se voir, et ma mère a beau dire que depuis cette révélation, elle a souffert, elle sait sincèrement… Les deux cohabitent, elle est à la fois sincère et à la fois dans un déni absolu de la responsabilité qu’elle peut avoir, de la culpabilité qu’elle peut avoir par rapport à moi, par rapport à mon frère, mais elle est sincère quand elle s’est mise à pleurer en disant que c’est terrible de penser que j’avais souffert toutes ces années, par exemple, sans m’en parler . En même temps elle ne se rend pas compte qu’elle m’avait interdit de lui en parler, en disant, très clairement, toutes ces choses-là, en disant que en gros, c’est moi qui aguichais mon père. Même si elle l’a jamais dit, moi, je l’entendais, mais elle a dit… Enfin à ce moment-là, lors de la révélation, elle n’a pas dit grand-chose, tout ça s’est glissé dans le conflit avec mon mari, c’était, en gros, il te soutient parce que ça va mal chez toi et puis ma pauvre, ton mari, il est horrible, il veut tout casser, te priver de nous, et puis, petit à petit, de plus en plus, ça a été, il veut porter, il y a un côté social, un jugement honteux sur nous, il veut nous faire passer pour des sales gens pas corrects… Elle a dit des choses sur mon mari que je n’ai pas pu dire si violemment. Juste quelques mois après la révélation, il est arrivé au téléphone et ça allait encore toujours très mal entre nous, on parlait de se séparer, il a entendu des rires au téléphone… Lors d’une réunion familiale, il leur a dit… je veux vous parler : « faites vos cochonneries ensemble, en hurlant » et il a cassé le téléphone portable après, en le balançant, et après ma mère m’a demandé s’il s’excuserait à propos de ça, mon frère a dit que tout ça, ça n’était pas pardonnable d’avoir parlé comme ça,… Mon mari m’a dit qu’il était prêt à s’excuser de les avoir traités tous de salauds… Inaudible… Il ne retire rien de la colère…

Fin de la cassette

Irène : Enfin c’est à moi de me protéger pour que ça ne me revienne pas dessus, parce que finalement ma mère a tout le temps été malade aussi. Elle a des problème de santé, il ne fallait pas trop la secouer, mais, c’est clair qu’elle continue à se protéger… Elle n’a pas d’autres méthodes que ça… J’ai l’impression qu’elle a continué à se protéger… dès le début, même bien avant. Quand j’en ai parlé, elle s’est protégée. Elle dit une chose, un jour, puis elle en retient d’autres, elle dit qu’elle aurait dû faire attention, qu’elle aurait dû vérifier que quelque chose la mettait mal à l’aise, mais qu’elle aurait pu vérifier, mais elle n’admet pas qu’elle puisse être responsable, de façon plus profonde, inaudible… Elle s’est reprochée par contre d’avoir… J’ai appris que donc elle avait attendu un troisième enfant après moi et mon frère, et que mon mari… ? mon père ne voulait pas de troisième enfant, il l’avait dit clairement depuis longtemps, mais il ne voulait pas prendre aucune précaution, par rapport à ça,… inaudible… C’était : méthode température, tout ça, alors j’entendais mon père et ma mère parler de’ça… Ma mère était très remontée par rapport à la méthode des température, elle était très féministe sur l’avortement, tout ça, je ne comprenais pas pourquoi, donc je le sais… Donc elle a donc dit à mon frère qu’elle avait avorté en Suisse, c’était pas encore légal à ce moment-là. Donc je me rappelle être allée en Suisse avec mes parents… enfin que mes parents soient allés en Suisse, nous on était en colonie de vacances… Et que donc finalement, ils se sont reprochés que après cet avortement, elle n’a plus voulu avoir des relations sexuelles, pour ne plus prendre ce risque… Inaudible…Mmon père ne sait pas prendre de précautions… et que donc elle se sentait coupable finalement, là où elle se sentait une responsabilité, c’est-à-dire d’avoir frustré mon père…et donc de l’avoir laissé… sa fille…. Mais ça, elle ne l’a pas dit à moi. Peut-être, c’est trop dur à dire, c’est finalement s’approcher plus près de sa responsabilité.. .d’avoir refusé sexuellement son corps à mon père, d’avoir à mon avis, plus ou moins consciemment admis que c’était bien pratique… Il ne venait plus la chercher, elle. Quoi ! mais donc ça elle ne l’a pas dit et par contre depuis, elle est dans son attitude qui va du déni « soft, c’est-à-dire qui veut dire : ça y est, j’ai parlé, on ne peut pas me dire que j’ai menti… inaudible… C’était peu de temps, c’était pas grand-chose, c’était des jeux – ce qu’elle dénie, c’est la gravité de la chose. Au moment de la révélation, j’ai senti ça. Ça c’est même refermé, il y a eu un effet de choc qui a fait que sur le moment, elle a pu accepter que c’était très grave, ce que je venais de dire que petit à petit, en n’en parlant plu, tout ça on arrive à finalement mettre ça dans des secrets de famille pas très beaux,… puis on passe par-dessus… parce que sinon, on ne pourrait pas vivre… inaudible… que c’est important pour les autres, mon frère, sa famille.

Mireille : Toi, tu les vois toujours ?

Irène : Je vois ma mère, je vois mon frère, très peu, on a beaucoup de mal à se voir… Je vois ma mère, bien sûr, ça c’est une décision que je ne cesse de prendre. Je ne trouve pas la force de supporter, de lui infliger la punition de ne pas la voir et de supporter tout ce qu’elle va me renvoyer comme chagrin, je préfère encore, en effet, prendre sur moi… C’est une très grande angoisse quand j’organise sa venue. Du coup, je la vois comme je ne veux pas aller chez mes parents. Elle vient deux fois par an, pour l’anniversaire de chacun de mes enfants… Et on va la voir une fois en été. On loue quelque chose. Petit à petit, j’affine les choses c’est-à-dire qu’elle veut pas s’occuper, par exemple, là elle ne s’occupe pas de la location, donc… Après je sais qu’elle va venir, pour pleurnicher parce qu’elle nous voit pas, donc, je m’en occupe en même temps aussi, je préfère que ce soit moi qui choisisse et que ça devienne de vraies vacances pour moi, mes enfants, et que je l’invite chez moi, et je veux qu’elle paie sa part… Je veux que ce soit clairement entre adultes, voilà. Je ne me sens pas la force d’affronter mes enfants qui vont me demander pourquoi, ils ne peuvent plus voir leur grand-mère, Donc, je la vois.

Intervention Inaudible

Lise : Florence, il y a quelque chose que je voulais te demander, depuis que tu as parlé ou ton mari a parlé, est-ce quelque chose a changé dans ton couple, et la relation avec tes enfants, est-ce que tu as remarqué quelque chose par rapport à tes enfants, par exemple ?

Irène : Mes enfants ont grandi et m’ont demandé pourquoi ils ne voyaient plus leur grand-père. J’avais continué après la naissance de mes enfants, malgré l’horreur que c’était pour moi, de penser que j’avais une fille, que j’étais tellement heureuse d’avoir une fille et tellement malheureuse, tellement inquiète, angoissée, d’avoir une fille alors que, le père était encore là et que j’allais le voir, donc depuis que j’ai rompu les ponts, les enfants ont grandi et ont posé des questions, donc, j’étais amenée à leur dire pourquoi je ne le voyais plus. D’une façon différente pour les deux, ma fille me l’a… dit qu’elle l’avait compris, elle avait huit ans, elle venait de voir un film, Peau d’Ane, elle m’a demandé si c’était la même chose, si c’était pour ça que je ne voyais plus mon père. Je lui ai juste dit que mon père m’avait fait beaucoup de mal. Et que j’avais décidé, en effet, un peu tardivement, de ne plus le voir, je pensais que c’était quelqu’un de mauvais pour moi et aussi pour eux, de ne pas penser qu’un aussi mauvais père, soit un bon grand-père. J’avais conscience que ça leur faisait de la peine, mais je considérais que c’était une décision que je prenais comme mère… Et du coup ma fille m’a dit : est-ce qu’il était comme le père de Peau d’Ane ? Il a voulu….pas se marier avec toi, mais faire l’amour avec toi ?… J’ai dit oui. Il s’agissait de ça. Par contre mon fils qui est plus petit, m’a demandé en pleurant plusieurs fois pourquoi je ne voyais pas mon père, et aussi peu sa grand-mère, donc, sa soeur lui a dit qu’elle le savait, mais, qu’elle n’en parlerait pas. Ça l’a mis dans un état de jalousie. Tu lui as parlé et pas à moi. A mon avis, je lui ai dit que je pensais qu’il n’avait pas envie d’en entendre parler. Il m’a dit : est-ce que ton père, il t’a fait mal ? Il m’a dit un truc très drôle : est-ce qu’il t’a obligée à faire le ménage ? Ce n’est pas tout à fait ça, donc je lui dis, que c’était en rapport avec la…… Parce qu’à ce moment-là il posait une question sur la sexualité… Ca a rapport à la sexualité. Il m’a dit : dans ce cas-là, je préfère que tu ne m’en parles pas. Je pense lui en parler plus tard, il posera des questions… J’en parlerai quand ça se poserait… et depuis il en parle très peu, il y a toujours tout un cérémonial, ils sont tristes quand ma mère s’en va, ils demandent pourquoi, on ne la voit pas plus ? Ca complique les choses et en même temps, on continue à la voir.

Jacqueline : On parlait de révélation, je ne l’ai pas fait, mes parents sont morts et tant mieux, depuis fort longtemps, mais, je me rends compte que c’est qu’est-ce elle en aurait fait ? Ce ne sont que des hypothèses, j’ai pas dit… puisque je l’ai dit… Le dire à sa mère, c’est quand même pour que quelque part la mère reconnaisse déjà, les actes criminels qui ont été commis sur l’enfant, elle n’a pas protégé, au moins reconnaître. J’entends là que le truc, il est mais réduit, réduit, réduit, à tel point que finalement, la victime qui est fracassée pour la vie fait finalement… comment on appelle ça ? crée un foyer de mésentente, crée une dissension familiale et que donc, le dialogue se fait sur la dissension mais ne se fait pas sur la réalité de ce qui a été vécu qui est quand même une tragédie. Et j’ai entendu beaucoup de mères qui étaient hypochondriaques, toujours malades – ou soeur- à la place de mère – et finalement qui en occupant farouchement cette place de victime, qui d’ailleurs arrange, dans mon cas, arrangeait absolument, j’ai l’impression, mon père et le reste de la famille, la vraie victime, elle ne peut pas être reconnue. C’est mon sentiment. Elle ne peut pas être reconnue comme telle. Et donc, elle prend encore des risques, Enfin moi, j’ai l’impression que j’aurais été encore reviolée ; par le déni que m’aurait apporté ma mère, par exemple et l’entourage proche auquel, elle n’aurait pas manqué à mon avis, d’en parler et ça m’aurait retourné encore le truc de mauvaise enfant.. voilà ce que je crois qu’aurait été… de le dire à ma mère.

Mireille : Je trouve que « fracassé pour la vie, je trouve que c’est un….

Florence : Il y a de l’espoir !

Echange Inaudible

Béatrice : C’est vrai que je pensais, effectivement, le silence. Il y a une partie qu’on m’a imposé surtout pendant l’acte, il y beaucoup de culpabilité, de peur d’abîmer sa famille…. C’est vrai que la victime se met à protéger et même, je sais que j’en ai pas encore parlé, mais ça ne saurait tarder, mais je sais que ça me travaille à chaque fois que j’ai l’occasion d’assister aux réunions, malheureusement, je travaille le soir, donc c’est pas toujours évident… Je viens boire un verre, ce qu’on appelle les afters… mais j’ai pas l’occasion, souvent, de venir aux réunions actuellement, ben, à chaque fois que j’y vais, je n’ai qu’une envie, c’est de prendre le téléphone et d’en parler, mais, pour l’instant, c’est pas encore fait, ça ne saurait tarder. En tout cas, effectivement, il y a le fait… inaudible… C’est la sensation que j’ai par honte, pour protéger sa famille mais également, je crois, d’une certaine manière, on m’a retiré le droit de parole. J’ai vécu également le fameux journal intime, je venais juste de le commencer au moment où j’ai quitté la chambre de mes frères, et j’étais installée dans ce petit bureau, c’était vraiment assez petit, du coup, on avait été obligé d’enlever la porte, pour pouvoir mettre un matelas par terre et j’avais juste un bureau et un peu de moquette, et ma mère a trouvé le journal donc j’avais pas parlé de mon frère encore, c’était vraiment mes premières pages, et je parlais d’elle, par contre, qu’elle avait refusé que je me maquille, et de cette sensation de gouffre qui nous séparait toutes les deux, je me suis pris une paire de baffes magistrales, et cette nuit-là, j’ai dormi sous le bureau… silence… J’avais pas le droit d’utiliser le lit…

Nicole : Tu n’avais pas le droit de ?

Béatrice : D’utiliser le lit, je ne me suis pas autorisée à dormir dans… ce matelas.

Maud : C’est-à-dire : tu t’es auto-punie après avoir été punie.

Béatrice : Oui.

Le psychologue : Il faut faire très attention, par rapport à ce que je disais, tout à l’heure,, c’est-à-dire qu’on est très vigilant, à ne pas interpréter ce que disent les autres.

Delphine : En même temps si on sent… C’est vrai que ça veut dire ; groupe de parole, on peut, c’est « hyper-inhibant, on sent que… moi, j’ai envie de poser des questions et tout, c’est hyper-inhibant le fait… mais c’est normal d’attendre… mais du coup, il n’y a aucune interaction, je trouve. Ce n’est plus du tout sous forme d’atelier, pour moi, c’est sous forme de… On est d’accord sur le fait de ne pas interpréter…

Echange inaudible : plusieurs personnes parlent en même temps

Maud : Moi, je posais la question, c’était sous forme de question, c’était pas du tout une affirmation, c’était juste pour avoir une information. Pour être sûre que c’était bien ça qu’elle voulait exprimer. Il y avait un doute entre le fait que ta mère qui voulait que tu dormes…

Béatrice : C’était vraiment une démarche… On nous retire le droit… Il y avait du chantage affectif, parce que, d’un côté, je sais que ma mère quand on n’arrivait pas à avoir, parce que j’ai toujours été quelqu’un d’assez sauvage, comme elle n’arrivait pas à avoir le dessus sur moi, quand elle sentait que ce qu’elle me disait, ça ne m’atteignait plus, elle utilisait ma grand-mère, parce qu’elle sait, par contre que j’ai une relation privilégiée avec elle, et la menace, c’était : je vais le dire à ta grand-mère, tu vas voir, ta grand-mère, elle n’apprécie pas du tout ce genre d’attitude ! C’était vraiment pour moi le chantage affectif qui… était lourd à porter. Les choses se sont arrangées un petit peu maintenant, mais jusqu’à dix-sept ans et demi, je ne peux pas dire que j’ai eu une relation avec ma mère. Après je me suis mise à travailler le week-end et bizarrement à partir du moment où j’ai ramené de l’argent à la maison, je n’ étais plus à sa charge, je commençais, j’avais ma chambre à cette époque-là, je l’ai transformée en mini-appartement, j’ai payé ma nourriture et j’ai mangé dans ma chambre. J’avais cessé totalement d’être à sa charge, je payais une partie du loyer et mes premières payes, c’est elle qui les a encaissées à ma place. A partir du moment où je ne dépendais pas financièrement d’une certaine manière, le conflit a cessé, mais notre vie… – On n’était plus en conflit -… est restée une absence de dialogue réel. En tout cas, là actuellement ce que je lui reprocherais, c’est cette manière qu’elle a eu de m’obliger à me taire. Il y a une partie de moi, de par mon caractère, de par le fait que j’ai toujours eu la sensation d’être une pièce rapportée, je suis née avec une malformation au pied et prématurée, j’étais quatre mois en chambre chaude, couveuse, à l’écart de ma famille, et par la suite, j’ai subi plusieurs opérations sur Paris. J’étais séparée de ma famille assez régulièrement, et donc, quand je suis revenue au sein de ma famille, j’ai vraiment fait sensation de devoir justifier de ma présence, en gros, quoi ! Et, son comportement ne m’a pas aidée, j’ai souvent l’impression qu’elle me demandait de justifier de ma présence, par des… par son comportement vis-à-vis de moi, par la façon dont elle a privilégié mes frères, dans son affection, dans sa présence auprès d’eux, et son absence auprès de moi. Sur ce sujet, on a eu une discussion qui a duré trois phrases, et à un moment, elle m’a dit : « avec ton caractère, c’était pas facile, j’ai préféré te laisser faire ta vie un petit peu toute seule. » Aujourd’hui, lui parler, ça va être difficile, surtout que, il n’y a pas très longtemps, mon grand frère qui est marié qui a deux enfants, deux petites filles, a eu des problèmes avec sa femme, ils ont failli se séparer, et ma mère a immédiatement pris la défense de son fils en rappelant à ma belle-soeur à quel point mon frère était un homme serviable, aimable, travailleur et qui s’occupait bien de ses deux filles. Qui d’ailleurs avait changé de travail pour être en mesure d’élever ses filles la journée, et ça c’est un truc, je me pose la question, il est toute la journée avec elles, et lui travaille la nuit et sa femme prend le relais. Voilà, pour l’instant, j’en suis là, c’est tout.

Maud : Quel âge elles ont ?

Béatrice : Dix ans et sept ans.

Delphine : Pourquoi, ça lui vient maintenant de vouloir être auprès d’elles ?

Béatrice : Ca fait maintenant trois quatre ans qu’il travaille de cette manière,… inaudible… C’est vrai que ce n’est pas un métier qui concilie facilement la famille, je sais qu’il a toujours voulu avoir des enfants, il connaît sa femme depuis l’âge de quinze ans, donc il a trente cinq ans aujourd’hui… inaudible… Ca ne m’étonne pas en soi, qu’il veuille s’occuper de ses enfants, mais c’est vrai, que… ayant pris conscience… Je ne me souviens pas de tout, j’en suis consciente aussi. Là, il faut que j’en parle.

Delphine : Toi, tu avais quel âge ? Ce dont tu te souviens ?

Béatrice : Je dois avoir entre cinq et dix ans. Jusqu’au moment où je quitte cette chambre, puisque après, je me souviens que ça se passait, le matin, très tôt le matin, les week-ends, parce ma mère élevait ses trois enfants toute seule et le matin, ma mère… Ma mère qui élevait ses enfants toute seule, était très organisée, le matin à sept heures et quart, tout le monde debout, habillé, prêt à partir à l’école. Et puis il y avait S.,. mon frère qui a trois ans de plus que moi, qui dormait sur le lit au-dessus, donc je ne sais pas lui, par contre… s’il a pu remarquer quelque chose je sais qu’il a été aussi un peu perturbé. Toujours le problème du non-dit, cela se reporte mine de rien, sur l’ensemble des relations qu’on peut avoir par la suite, que ce soit avec mon frère, mes grands-parents, et puis même les amis ? Voilà, je pense que si j’arrive à en parler à ma famille, je croise les doigts !

Le psychologue : Je propose, pour une question de temps qu’on passe au troisième sous-thème : quitte à revenir, comme le temps qu’on s’accorde dans un atelier, pour le temps des interventions, qui était donc :

4 : Face à l’évolution de mon ressenti, quelles sont mes attentes par rapport à ma mère ?

Pause

Questions de diverses personnes demandant des précisions sur la signification du sous-thème.

Le psychologue : C’est l’évolution de mon ressenti, c’est les attentes au sens large, qu’effectivement, que la mère soit encore présente ou qu’elle ait disparu d’une manière ou d’une autre, d’ailleurs, mais ça peut être des attentes, je veux dire de pardon, je veux dire de compréhension, j’irai même jusqu’à dire que ça a été, effectivement, dans une des remarques qui a été faite, à propos de vies brisées, reprises par certains en disant, parlons d’espoir, il y aussi cette logique d’attente, qui peut être guidée par le discours, quelque chose, éventuellement de plus symbolique ou projetée sur une autre génération.

Irène : J’aurais voulu rebondir sur ce que tu disais. Une fois qu’on a parlé, qu’est-ce que ça aurait donné, on serait violé une seconde fois par le déni, sauf que quand ça, pour la plupart d’entre nous, j’ai l’impression que ça arrive et on est adulte. Par contre la différence, c’est qu’on est capable de se défendre, c’est vrai que c’est très violent, le déni, tout le reste… Inaudible… C’est pas facile non plus ; en attendant, d’abord réagir comme un enfant face à ses parents… Inaudible… Je ne me suis pas défendue, mais je me défends petit à petit. Et donc toute cette nouvelle violence qui est différente, qu’il s’agisse du chantage affectif, de la demande d’oublier ou de mettre de côté, peut-être que là, on peut apprendre… avec un regard d’adulte et du coup… pour les attentes, c’est vrai que j’ai beaucoup attendu, il y a longtemps, une protection qui n’est pas venue, un intervention qui n’est pas venue, ça quand j’étais vraiment jeune. Après… une période où je n’y ai plus pensé, donc, j’attendais rien de spécial. Et puis quand j’en ai parlé, j’ai attendu une réaction sans savoir laquelle, d’ailleurs, comme une sorte de baume qui arrive et qui va faire du bien… une parole, un geste, : dire : ce salaud ! Je le quitte après ce qu’il t’a fait, j’imagine qu’en gros, c’est quand même ça… l’idée à laquelle j’ai jamais cru réellement, par contre comme scénario… Inaudible… Et puis ces attentes-là se recentrent beaucoup sur… un rapport, comment maintenant moi, je peux vivre une relation avec ma mère qui soit le plus possible décidée par moi, de mon point de vue, que ce soit moi qui prenne l’initiative, y compris ce problème que j’ai de continuer à la voir, dans quelles circonstances, comment j’organise ça, que ce soit quand même moi qui le décide, en fonction de mes intérêts de ceux des enfants, de mon mari… Quelles que soient les raisons, j’ai décidé, et du coup, j’attends plus rien d’elle sauf que finalement d’accepter ça… C’est qu’il y a des moments, je ressens beaucoup de colères, dans le passé et par contre sur le présent assez peu, parce que j’attends moins, mais, la colère… Elle veut pas accepter les choses, c’est essayer de repartir… Par exemple, si elle essaie de me reculpabiliser par rapport à mes enfants, si elle me dit : ils ont de la peine parce qu’ils ne me voient pas beaucoup ! elle le dit jamais comme ça, c’est jamais aussi clair, juste : « Ah ! c’est triste… ». Par les enfants des autres…. Qui voient leurs grands-parents, ça par contre, j’ai une attente, une demande de l’ordre : qu’elle reste à sa place, qu’elle a bien voulu prendre, une victime responsable, ça s’est son intérêt à elle, mais de moins en moins, qu’elle vienne pas essayer de me déstabiliser moi lorsque j’essaie de faire… et dans ces conditions-là, on pourra éventuellement continuer par une relation, sinon, affectueuse, je ne sais pas du tout où j’en suis… de mes émotions. Je suis incapable de dire si j’aime ma mère ou si je ne l’aime pas. A la limite, c’est plus clair pour mon père, je sais où j’en suis à peu près, ma mère, c’est complètement… Inaudible… Je ne sais pas du tout ce que j’éprouve. Je sais ce que je veux faire et ne veux pas faire. Il y a une autre chose sur les mères, à propos de parler. J’ai… je sais pas du tout comment ça peut finir tout ça. Il y a quelque temps, deux ans après en avoir parlé à ma mère, j’ai réalisé que ça pouvait au moins servir à ce que je n’aie plus peur de parler en général. Et du coup, j’ai appelé des voisins de mes parents au téléphone, parce que j’ai réalisé qu’ils avaient des petites filles, qu’elles étaient tout le temps fourré chez mes parents, et que… je ne pensais pas que mon père ferait quelque chose avec ces petites filles, parce que je pense que par moi, il aurait beaucoup trop peur du public, pour aller vers d’autres familles. C’est juste de l’ordre du voyeurisme, alors ça par contre, si ! Je l’ai vu avec elles comme avec des copines et de leur dire : ben non, tu peux te baigner toute nue dans la piscine !… Donc j’ai appelé la mère pour lui dire d’abord pourquoi je ne venais plus, car je sais qu’elle soutenait ma mère qui n’avait rien dit. Je voulais le lui dire, car je voulais qu’elle soit vigilante avec ses filles, qu’elle ne les laisse aller chez mon père… Je voulais qu’elle refuse que ses filles soient seules avec mon père. Qu’elle soit toujours, soit là, soit qu’elle leur en parle, qu’elle fasse comme elle veut. Alors, elle m’a répondu… inaudible… elle m’a dit qu’elle comprenait que c’était très dur, qu’elle comprenait maintenant que je sois partie… Qu’à présent, elle espérait que ça irait mieux pour moi, et elle m’a dit que elle, elle avait une relation très particulière avec mes parents, ils sont voisins et ils sont un peu comme leurs parents, car effectivement, elle n’a pas eu de problème avec les grands-parents de ses enfants, mais que ce genre de situation, elle en avait souvent parlé avec ses enfants, c’était quelque chose qui était pour elle très clair, que la protection des enfants… et qu’elle avait remarqué que mon père avait un regard pas toujours très sain sur les filles, les petites filles et que donc, elle en tenait compte déjà et qu’elle en tiendrait compte encore plus. Elle m’a remercié de l’avoir dit. Pour autant, elle continuera à voir ma mère et mon père… Le fait d’avoir pu parler, là, j’apprends rien par rapport à ma mère, mais moi, j’ai pris une liberté, comme quoi, je peux aller parler, y compris à des gens autour d’elle.

Le psychologue : Merci.

Béatrice : Alors, moi les ressentis surtout, c’est le doute, j’aimerais que ma mère me soutienne vis-à-vis de mon frère du fait qu’elle a toujours eu une préférence pour mes deux frangins. Donc, je ne sais pas du tout qu’elle va être sa réaction. Je sais que ces dernières années, elle a pas mal évolué, elle a repris sa vie de femme, un petit peu, qu’elle avait totalement abandonnée.
Elle est devenue mère et elle ne s’est consacrée qu’à faire le ménage, élever ses enfants, aller travailler. Elle sortait plus beaucoup et là, elle ressort, donc elle a de nouveau une vie de femme, donc, je la sens un peu mieux dans sa peau donc je me dis que c’est peut-être le moment de lui en parler, elle sera plus à même d’encaisser le choc. Après si elle n’accepte pas, je suis arrivée à l’idée que c’est son problème, plus le mien, là aussi, il y a une espèce de distance par rapport à ma famille, et cesser de vouloir les protéger, surtout en l’occurrence, c’était les protéger de moi, alors que j’ai jamais voulu leur faire du mal, donc, c’est plutôt l’inverse qui s’est produit. Mon ressenti, c’est le doute. Je ne sais du tout comment elle va réagir, bien sûr les attentes c’est son soutien, soutien inconditionnel, ça serait bien !… J’apprécierais énormément. Je ne sais pas si c’est possible. En tout cas, c’est ce que j’espère. Et puis également, une communication, une relation moins subie, et plus équitable, plus équilibrée… qu’elle puisse accepter, pas mon opinion, parce que mon opinion, j’ai jamais eu de problème à lui dire sur certains sujets ce que je pensais, même si j’étais en désaccord avec elle, mais par contre sur le plan émotionnel, affection, sentimental et tout… plus équilibré, c’est-à-dire une affection de sa part. Je lui rendrai…j’espère être en mesure de lui rendre, par exemple, je me souviens dans un café le jour où elle m’a prise dans ses bras. Cela m’a choquée, cela m’a marquée, ce qui n’est pas normal entre guillemets. Je devrais prendre ce geste naturellement, mais je les pas pris naturellement et en plus, j’ai eu l’impression que c’était plus une démonstration vis-à-vis d’une tierce personne qui était présente, qui elle par contre avait une famille très unie, très soudée, et j’ai eu le sentiment que ma mère donnait une représentation plus qu’un véritable geste d’affection, alors j’espère une relation plus équilibrée, plus honnête, en fait… l’honnêteté, même si des fois, c’est difficile. J’aimerais mieux que les mensonges disparaissent, un petit peu, les non-dits, quitte à ce que ça fasse mal, je crois que je préfèrerais, car finalement, le silence, le non-dit fait beaucoup plus de mal qu’autre chose.

Maud : Moi, je me souviens que j’allais… J’ai passé plusieurs mois… J’ai rejoint le groupe l’année dernière et je l’ai enfin dit en septembre. J’ai fait les choses assez rapidement… Je m’en rends compte avec le recul et j’avais passé une bonne partie de l’été avec ma mère et j’avais trouvé systématiquement des excuses pour ne pas lui dire. J’étais partie, fin juillet en me disant : bon, cet été, je le dis à ma mère, et il y avait toujours quelque chose qui faisait que je me disais, ce n’est pas possible. Là on est en vacances, il y avait du monde, alors, du coup, elle va être mal à l’aise, secret de famille…, les machins, les amis… donc… et puis après, je suis rentrée, elle a déposé le bilan. Je me suis dit, elle a déjà ça, ensuite, c’était son anniversaire, je vais lui dire à la période de son anniversaire, enfin… bonjour le cadeau. J’ai trouvé des millions d’excuses jusqu’au moment où, j’ai de gros problèmes dans la famille du côté de mon père, avec mon oncle… C’était une période très, très, très tendue, je suis arrivée chez ma mère, un soir en larmes, j’ai fondu en larmes, je n’en pouvais plus, j’avais tout ça qui pesait sur mes épaules et du coup je me souviens, ma tante était là, mon beau-père était là, et ma mère a senti qu’il devait y avoir un truc assez ennuyeux, puisque j’étais dans un tel état, elle m’a dit : tu veux qu’on aille à côté, qu’on aille en parler, je me suis dit, je vais pouvoir parler ? Donc après avoir tout déballé, je lui ai dit, j’ai un truc à te dire : c’est… je lui dis… je suis vraiment désolée… Elle me dit : mais désolée de quoi ?…( rires de la narratrice…) Je lui ai expliqué que j’avais mis du temps à pouvoir lui parler et à lui dire. Et bon, c’était un peu surréaliste… Elle m’a dit que pas du tout, que je n’avais pas à être désolée, que c’était moi, la victime, et que c’est pas grave, c’était une bombe, mais voilà, elle en tout cas pouvait le surmonter, c’est une adulte donc, même si moi, je suis adulte, elle a une expérience de vie, qui fait que… Elle a eu des coups durs, donc ça, elle avait tout à fait, les épaules pour le porter, et… Elle m’a complètement soutenue, bien sûr, et… En fait maintenant, les attentes, je ne sais pas parce qu’on n’en parle pas beaucoup. Je lui dis quand je viens au groupe et elle me dit, je ne suis pas prête encore à venir, je lui ai dit que c’était pas grave. Ça c’est une attente que j’ai, c’est que, un jour, elle ait le courage de venir, un dernier mercredi du mois pour qu’elle prenne l’ampleur… C’est très étrange, j’ai envie qu’elle vienne, parce que… le peu de fois où en a parlé, la première fois, elle avait des idées très arrêtées, et tout ce que moi, je vivais dans le groupe était complètement à l’opposé de ce qu’elle pouvait s’imaginer. Et donc, j’aimerais qu’elle comprenne que c’est pas du tout comme elle s’imagine, que ça a une répercussion dans notre vie, que y’a des foyers, des sites, des familles où ça se produit, ça se reproduit, de génération en génération. D’ailleurs, je ne suis pas la seule, seulement dans ma famille, puisqu’on est quand même très très nombreux et donc, ça elle a du mal à l’accepter, je voudrais que ça lui ouvre un peu plus l’esprit, même si elle est très ouverte d’esprit, là-dessus, elle est très arrêtée tout en prenant conscience que c’est grave.

Delphine : C’est quoi… Ce qu’elle voit…Quand tu avais dit c’est très opposé.

Maud : Elle m’avait dit que… qu’on était formé à ça, c’est-à-dire, que… il ne pouvait pas exister… moi, je suppose que mon cousin, était dans une famille qui fait qu’on ne pouvait arriver qu’à ça…Lles enfants dorment avec leur mère. Même si je n’y étais pas. Mon ex-tante virait mon oncle après s’être fait engrossée, après avoir accouché, et elle dormait avec ses gamins et mon oncle dormait sur le canapé donc il y en a un qui a échappé à ça, et l’autre, comme il s’est remarié, le dernier y dormait dans la chambre et il entendait sa mère niquer avec son nouveau mari. Forcément, même s’il n’a pas été lui-même abusé, il s’est retrouvé dans un climat, qui fait que c’est anormal, on ne dort pas avec sa mère tous les soirs… Et ma mère disait : « ce n’est pas impossible, ça voudrait dire qu’on est formaté, et on a un libre-arbitre ». On est enfant, on n’a pas de libre-arbitre selon le climat familial. Voilà ! Moi, mon grand-oncle, il mettait la main dans la culotte de sa fille à table et personne ne disait rien. Résultat, ça s’est reproduit sur un autre enfant. Un enfant abusé, un des ses cousins…. Ca fait une bombe, ils ont porté plainte, du coup ils sont rejetés.

Delphine : Dans toute la famille paternelle, aussi, eux aussi, ils sont…

Maud : Ils sont… ma grand-mère, ils sont cinq, donc il y a des frères et soeurs et chacun a fait quatre enfants, donc on se retrouve une centaine, on parle par branche, donc moi, il y a ma branche, c’est moi, en sachant que mon abuseur abuse sa propre soeur depuis des années. Depuis toujours, je pense,… je me dis si, dans l’autre branche où là on en a parlé ouvertement, il y a d’autres branches, peut-être qu’un jour ça sortira… Je me dis déjà deux sur quatre, parce que j’ai un grand-oncle qui n’a pas fait d’enfants. Deux sur quatre je trouve ça déjà bien. Et c’est là, je me dis, j’aimerais qu’elle comprenne qu’il y a des climats qui font qu’il y a une possibilité que ça se reproduise, tant qu’on n’en parle pas.

Delphine : Tu as dit à un moment, ma mère, elle m’a soutenue, bien sûr ! Comme si c’était une évidence… sauf que si elle venait au groupe.

Maud : Oui, sauf, si elle venait au groupe, elle comprendrait mieux, parce que là, j’ai un soutien inconditionnel, mais j’ai l’impression sans une réelle compréhension, alors qu’elle-même a été témoin, elle se souvient très bien de son grand-oncle qui mettait la main dans la culotte de sa fille. Tout le monde le savait. Personne ne disait rien, il tabassait son autre enfant, et on suppose que ses deux filles y sont passées. Résultat… Inaudible… Regarde là, c’est flagrant, je dis pas que mon ex-tante a abusé de son propre fils, je dis juste que le fait de dormir avec son gamin, ça crée un climat et qu’il s’est retrouvé à onze ans… Il a pris la place du père pour les trois enfants, la quatrième puis la cinquième qui est née. Donc il s’est retrouvé en position de force, il n’avait que onze ans, mais ma mère elle voit que ça, « c’est déroutant, c’est perturbant, voilà ».
C’est pas parce qu’on est en charge de ses frères et soeurs qu’on abuse quoi ! C’est pas suffisant comme… pour…

Delphine : En fait tu veux dire qu’elle veut pas entendre qu’il y a de l’inceste dans votre famille, c’est ça ?

Maud : C’est la transmission qu’elle ne comprend pas.

Delphine : Elle n’est pas automatique, elle n’est pas systématique, on est d’accord sur ça.

Maud : Non elle n’est pas systématique, pour elle ça voudrait dire qu’on est formaté et donc on va reproduire systématiquement… Je lui dis : « tant que le schéma est mis en place et tant qu’on n’en parle pas… » c’est le cas, et elle… J’essaie de temps en temps de remontrer… J’aimerais qu’elle vienne, puis sinon… C’est de la part de ma tante que j’ai été plutôt très étonnée, parce qu’elle, elle était prête à aller parler à mon cousin, et à le fracasser, verbalement, de… parce qu’elle a été témoin de rapports étranges entre lui et sa soeur. Toujours sur ses genoux, à douze ans, en train de se frotter, toujours collée à son frère. Elle trouvait ça complètement anormal, elle disait : c’était malsain ! Elle m’avait dit : « ben si tu veux, moi quand je le vois, on habite à huit cents kilomètres, donc on ne se voit jamais, sauf pendant les vacances quand on se croise, elle me dit : « si je le vois, si tu veux je vais lui parler ». Je lui dis : « écoute, non c’est mon truc, c’est quand, je sentirai le besoin de lui parler, je lui parlerai, elle m’a dit : « si tu viens pendant les vacances, je serai là, je serai pas très loin et voilà. Elle voulait organiser complètement le truc pour lui balancer… Là j’ai été, vraiment… heureuse, c’est pas le mot, mais j’ai senti un soutien inconditionnel de sa part.

Béatrice : Je voudrais juste réagir, parce ça me fait écho, je me rends compte que même de la part de quelqu’un… Car, je connais Nathalie qui est très ouverte, très gentille et tout, même de sa part… La première réaction, c’est de comprendre le cheminement, voire même la souffrance de l’abuseur, et faire que d’occulter la souffrance de la victime… nous invite… De la part de la victime d’accepter, mais la victime est une enfant, donc c’est vrai, on n’a peut-être pas réagi, en tout cas les adultes ont encore, cette première réaction d’essayer de comprendre le coupable, enfin l’abuseur et finalement, d’occulter quelque part, de ne pas parler de la souffrance de la victime…. C’est peut-être pour ça que tu voudrais qu’elle soit présente. Pour mieux comprendre ce que toi, tu as vécu. Au travers d’écouter ce que disent les gens…

Maud : Je sais pas.

Béatrice : C’est vrai que c’est pas facile d’exprimer sa souffrance, vis-à-vis des gens qu’on aime, parce qu’ils ont…

Cassette retournée.

Béatrice : Même si on parle beaucoup, de tout, de rien… Je lui dis que je vais mal. Rentrer dans les détails, pourquoi ? comment ? C’est-à-dire, je le fais avec personne, encore moins avec ma mère.

Delphine : Il n’y a qu’ici, il faut qu’elle se déplace…

Béatrice : Ici, il y a un espace de liberté pour pouvoir le faire… Avec personne, même avec les ami(e)s les plus proches.

Noémie : Moi, j’essayais de lui faire comprendre, je crois qu’à plusieurs reprises, j’ai essayé de faire comprendre que c’est pas parce que je travaillais bien à l’école, que j’ai suivi une scolarité tout à fait normale, que j’ai fait toutes les activités que j’avais voulues, et qu’elle me les a données que forcément dans ma tête, ça allait bien tout le temps, que j’étais tout le temps zen et heureuse de vivre, parce que moi, je cachais tout… En fait, c’était la nuit, le soir que je chialais dans mon lit, c’est-à-dire que je ne montrais rien qui laissait penser que je pouvais ne pas être heureuse… Des fois, j’ai essayé de lui faire comprendre ça, mais c’est vrai, quand sa mère a ses propres problèmes, c’est très difficile, de se dire je vais lui en rajouter un autre, et… Moi, j’avais peur d’être abandonnée, c’est vrai que malgré tout… J’étais toujours très proche de ma mère, mais je me suis dit si je lui dis ça, je ne sais pas pourquoi, mais j’avais peur d’être abandonnée, et c’est vrai que cette idée m’était totalement insoutenable. Et.. ça m’a tellement aidée de savoir que c’est ma mère qui m’a proposé le groupe de parole, je pense qu’elle voulait aussi contrôler que ce groupe n’était pas une secte, je pense que c’était quand même l’ultime protection, de savoir, si j’allais pas encore retomber dans un truc… Et finalement, ce premier jour d’AREVI, moi, j’ai pas trop parlé, c’est ma mère qui a craqué, qui a pleuré énormément et alors que elle ne faisait jamais ça avant, alors que devant moi, c’était toujours je vais m’enfermer dans la salle de bain, je savais qu’elle pleurait à cause de mon père, à cause de soucis, comme chacun, mais elle ne montrait jamais ses sentiments, et là le fait qu’elle sorte ça enfin, je me suis dit : c’est très bien, ça nous fait du bien à nous deux. Je pense pareil qu’elle se rendait pas compte non plus de toutes les facettes qui existent au niveau de l’inceste, et moi, c’est pareil, j’étais persuadée que l’inceste, c’était uniquement « père-fille » « père-fils »et que ça ne pouvait pas exister entre frères et soeurs, ça j’en étais persuadée. Que j’étais le cas unique, et c’est ça qui m’a fait sombrer dans la dépression, d’une façon terrible, effroyable, et en venant là et en découvrant que il pouvait y avoir un cousin, un frère, même pas très âgé, pas une grosse différence d’âge, ça m’a fait un bien…incroyable. Voilà !… silence… Ma mère, c’était pareil, je pense qu’elle ne se doutait pas que l’inceste « frère-soeur, ça pouvait être aussi courant. Et c’est vrai que c’est en venant là, qu’elle a pris conscience que tiens ! il pouvait y avoir autant de garçons que de filles et que…

Delphine : Il y avait des garçons violés.

Noémie : Aussi, même entre frères.

Delphine : Et tes attentes ?

Noémie : J’espère que ça continue, parce que je sais qu’elle a pas mal de force de caractère, et c’est quand même, elle se plaint aussi de ses problèmes, moi, ça ne me poussait pas trop à lui en parler. J’espère qu’elle va pas… que j’aie eu une dépression trop forte par rapport à l’acte, à ce qui s’est passé, et que… Mais bon elle est tout à fait prête, elle me pousse à écrire à mon frère, des lettres ou des… simplement pour savoir que mes parents sont au courant, moi j’ai envie que ça vienne de moi et dans l’immédiat, c’est pas à l’ordre du jour. Moi, je veux une confrontation directe, qui aura lieu plus tard quand je serai vraiment prête à encaisser, même s’il nie tout, s’il me traite de folle, que je puisse encaisser sans me faire replonger, encore plus.

Martine : Ca me fait rebondir, dans les attentes, c’est de ne pas aller trop vite, parce que moi, j’ai vraiment envie de tout, d’aller voir mon père, lui parler, de parler à ma mère ensuite, de parler à ma soeur et je me rends compte que vraiment il faut que je sois très prudente, que je sois protégée,…. En parlant au groupe de parole, le mercredi soir, je me rends compte quelle déception ça peut être s’il y a un refus en face si ça se passe mal, il faut quand même être assez préparée… J’y vais vraiment doucement, j’ai envie de me donner une vraie place avant que je reconnaisse déjà, intérieurement ce qui s’est passé, parce qu’il y toujours cette amnésie, qui est là par rapport à mon père, l’image est très claire, mais par rapport au copain de ma grand-mère, j’ai juste eu un sentiment et quelques images qui viennent après les migraines, avec migraines, quoi ! Mais faut vraiment que je fasse un travail d’accepter tout ça, déjà à l’intérieur de moi et ensuite, après parler et faire des démarches. Bien sûr les attentes, ce sera le soutien de ma mère et de ma soeur. Ce sera vraiment important, je crois que je m’écroulerais si… Donc vraiment, il faut que je sois prête à tout, je pense que je les connais suffisamment pour savoir qu’elles me croiront, après comment elles vont le gérer, ça je ne le sais pas, mais… J’ai un gros… Inaudible… C’est par rapport à mon père, j’ai envie de… quand même commencer à faire des petites allusions, cet été, en le sensibilisant, sur le fait que j’ai pas envie d’avoir d’enfant, parce que j’ai eu certaines difficultés, mais peut-être pas… parler de rien, mais préparer doucement, mais là je sais pas. L’attente ce sera… Je crois que tout devra venir de moi, évidemment, l’attente, c’est plutôt de moi, d’avoir le courage d’aller suffisamment loin et de confronter mon père, même si c’est pas cette année, même par écrit, plus tard.

Mireille : Ils sont encore ensemble tes parents ?

Martine : Non, ils sont séparés depuis l’année dernière, d’où aussi cette envie de parler d’abord à mon père, parce que si je parle à ma mère ça va être mélangé avec la séparation, elle va… comme elle est… elle culpabilise beaucoup parce que mon père la culpabilise énormément, parce qu’il doit lui payer des indemnités, parce qu’elle a pas de métier, elle fait des choses, mais elle peut pas gagner sa vie entièrement, et donc le fait que je lui dise une raison qui pourrait la mettre en colère contre lui, je ne voudrais pas que ce soit moi. Je veux qu’ils règlent leur truc… Il faut que je commence par mon père… C’est pour moi, le plus important…

Lise : Mais ta mère… Comment tu l’aimes ta mère ?… Inaudible…

Plusieurs personnes parlent en même temps.

Lise : Moi, je réagis par rapport à moi. Tu te sens bien avec ta mère ? C’est ça que je veux dire ou tu te sens mal ?

Martine : Je me sens très écrasée par elle. Je suis très dans la fusion, elle m’a toujours protégée, énormément, et mangée, je n’existais pas, en fait, elle m’a habillée comme une petite poupée, c’était… En fait, elle m’a jamais vraiment reconnue en tant que vraie personne, parce que… elle pouvait passer des heures à parler d’autres gens, de leurs problèmes.. ; de ses problèmes, elle ne se rendait pas compte que je parlais pas et j’étais pas heureuse… Notre rapport est pas très… c’est comme si j’étais quelque… chose, presque, à laquelle elle pouvait s’accrocher, quelqu’un de rassurant : « toi, t’es sage, toi… t’es bien ma fille, tu restes… Moi je prends conscience de plus en plus que ça m’étouffe… Une relation très étouffante, mais on fait du chemin ensemble en ce moment. Ça commence à aller un peu mieux.

Lise : . Elle est pareille avec ta soeur ?

Martine : Ben, ma soeur a un caractère assez fort, donc elles se sont chamaillées pendant des années… Ma soeur elle est pas bien, elle a des complexes par rapport à son physique, elle a des symptômes très forts et par moment, elle ne sentait plus ses jambes. Quand tu disais, mettre un pied devant l’autre souvent elle se demandait : « comment je fais pour mettre un pied, comment ça fonctionne mes jambes ? », elle avait beaucoup de crises comme ça. Enfin il y a beaucoup de choses qui vont pas bien. Elles sont beaucoup en conflit, plutôt, mais ma soeur est très, très dépendante de ma mère. Et en même temps, il y a une haine et un amour, c’est très lié, très fort. C’est compliqué. En plus mon père qui n’était jamais présent, dans l’éducation, ça fait qu’on s’est vraiment accrochées à trois, les trois femmes ensemble et ma mère est presque comme une petite fille par moment avec nous. C’est très compliqué…

Lise : Je suis contente d’avoir posé la question.

Martine : Ca fait du bien de le dire.

Mireille : Vos mères, elles sont en psy ?

Maud : Bonne question !

Rires. Inaudible. . Plusieurs paroles ensemble…

Irène : Ma mère a essayé. C’est mon frère qui lui a dit d’y aller, plus pour elle, car elle déprimait, après que j’ai parlé, donc, il lui a dit d’y aller. Elle m’en a parlé récemment. Pour, évidemment, dire qu’elle ne pouvait pas supporter ça. Que ça lui faisait un peu du bien de parler, mais qu,e par contre, le psy voulait lui faire les choses d’une façon qu’elle ne pouvait pas accepter. C’était honnête… Inaudible… Elle voulait juste dire à quel point, elle était chagrinée, et horrifiée de ce qui s’était passée et qu’elle en souffrait, ce qui était vrai. Et par contre, il voulait aussi lui faire dire… Il voulait lui faire voir les choses autrement, et ça elle ne pouvait pas l’accepter, car il se trompait.

Jacqueline : C’est pas parce que c’était intolérable ?

Résumé d’un dialogue : Lui il se trompe. C’est intolérable pour elle, car il va la forcer, à chaque fois… Elle a senti qu’il a posé deux ou trois petites questions : Ouh la la ! Il voulait l’amener à quelque chose, elle m’a dit que ça c’est pas possible ! J’ai entendu, je ne peux pas y arriver. Mais en même temps, c’est pas possible de me vouloir ça. Voilà, ça s’est arrêté là ! Et puis elle m’a dit qu’elle s’était soignée en… Pour elle ça n’a vraiment pas marché….. Elle s’est soignée à coup de jardin. Et par contre pas de psy.

Irène : Même si moi, je pourrais arrêter d’en parler, elle me demande si je vois un psy… Inaudible… La première chose que j’attends… quand elle vient… Je dis : « j’ai rendez-vous chez mon psy » ; elle me dit : « mais tu le vois encore ? tu es obligée de le voir autant que ça. ? » Je dis : « je ne suis pas obligée, je le veux ».

Jacqueline : Si j’avais pu lui dire, comme… mais j’ai pu rien dire : il m’a tellement torturée, papa, il m’a tellement fait souffrir que c’est très long.

Irène : Je dis juste : j’en ai besoin.

Plusieurs personnes parlent en même temps.

Jacqueline :. Dire… Je n’y vais pas par plaisir, j’y vais par obligation, Je pense que la durée… du truc est à la hauteur du marasme et donc de dire : tu le vois encore, moi, ça m’a tout de suite fait réagir par rapport à l’ampleur de tout ce que tu as subi.

Irène : Comme on dit, c’est très mélangé, sincèrement, ça l’inquiète… Si tu y vas, c’est que ça va pas bien, donc ça veut dire : est-ce que tu ne pourrais pas arriver à t’en sortir maintenant, à aller mieux, mais en même temps, il y a un petit côté, qu’est-ce que ça m’arrangerait si tu allais mieux… Cette histoire de psy, ça la travaille. Mon frère a voulu aller voir un psy, je ne sais pas s’il va en voir un maintenan,… Elle a parlé de mon frère, elle m’a pas dit, j’imagine qu’il a des problèmes, mais en gros, quelque chose comme ça, qu’il devrait aller voir quelqu’un, alors qu’en fait… C’est parce qu’en ce moment, il ne trouve pas de femme. Il ne se marie pas. Pourquoi, il parle d’avoir une famille et qu’il n’y arrive pas. Voilà…. Après dans les discours que j’entends chez des tas de gens, qui sont faciles après… Inaudible… Tout le monde maintenant, au moindre petit bobo va chez son psy, pour aller se faire dorloter… Alors que je vais chez mon psy pour travailler.

Jacqueline : En vous entendant, voilà, les attentes que j’aurai… Mais petite description d’une scène de ce que papa faisait… Inaudible….Ecoute ça maman, parce que c’est tellement facile de dire qu’au moindre cor au pied, toute l’énergie qui est mise pour réduire le machin, donc…

Irène : Toutes les mères souffrantes empêchent… C’est vrai que je trouve jamais le moment d’aller dire ça. Parce que, ça va tomber à un moment où elle sera soit pas bien, soit mieux, soit… C’est pas agréable de re-raconter.

Jacqueline : Non, mais de c’est dire : tu vois toujours un psy… Pour rien… Attention je te rappelle quand même… pour lui faire du mal, parce que le mal qu’on va lui faire va pas nous ôter le nôtre. Ce n’est pas du tout l’objectif, mais c’est de remettre les choses.

Maud : Moi, je l’ai dit à ma mère, ce qui s’était passé, pour pas qu’elle se fasse de film, et puis que c’était pas non plus dans des proportions… Comme j’ai déjà pu l’entendre dans le groupe, donc, elle fantasme pas et elle aggrave pas les non-sens…

Noémie : Excuse-moi, je t’ai coupée… Moi, ça me fait réagir. J’en ai parlé à ma grand-mère, également, j’en ai parlé à ma grand-mère maternelle, donc la mère de ma mère, mon père l’a su quelque temps après et, parce que moi, je voulais que ce soit tout dit en très peu de temps pour s’en débarrasser… Et en fait, la personne de ma famille qui est la plus aimante qui est, quand même, ma mère, n’a pas cherché à trop savoir de détails, techniques, on va dire, alors que ma grand-mère, si ! Mais, c’est marrant, comme quoi, le respect de l’autre et l’amour, je crois que ça commence là, ça commence au fait de ne pas poser des questions, de pas dire : perte de virginité… machin… Ca s’est marrant, c’est la question qui a tout de suite travaillé ma grand-mère, alors que ma mère pas du tout, elle a d’ailleurs répondu assez vivement à ma grand-mère pour une fois, on va dire, en lui disant : Noémie, elle va très mal et elle n’en est pas là… On n’en est pas là. On en est à : est-ce qu’elle s’en sort ? ; est-ce qu’elle va s’en sortir ? ; est-ce qu’elle va aller bien ? ; est-ce qu’elle a une chance d’aller bien dans le futur ? Voilà, c’était ça les questions qu’elle se posait….

Béatrice : Quoi ? Comment ?

Noémie : Même si elle m’a posé des questions quand même, elle trouvait ça hallucinant.

Nicole : … Soutien maternel… Parce que ça fait mal…

Maud : Ma mère, je sais qu’elle pense que l’introspection est suffisante et qu’il y a pas besoin d’aller voir un psy. Voilà, elle se regarde, si elle s’en sort… En même temps, c’est clair que… Je ne sais pas si elle s’en sort comme ça, mais…

Béatrice : Une des attentes vis-à-vis de ma mère serait qu’elle reprenne sa place de mère et du coup me permettre de reprendre ma place d’enfant, parce que c’est vrai, je me rends compte que j’ai souvent pris des responsabilités qui n’étaient pas les miennes, notamment au niveau des finances, parce qu’elle savait pas du tout gérer les finances, alors que je suis assez douée dans ce domaine-là. Et donc de pouvoir reprendre ma place à moi, quand on se voit, on a des discussions assez superficielles, voire, on est bonnes copines, alors qu’on n’est pas bonnes copines, c’est ma mère, j’aimerais bien qu’elle reprenne cette place-là. Parce que j’en ai besoin, aussi, que moi, je puisse redevenir la petite, pas la petite fille, j’ai pas envie de régresser à trente ans – je suis très contente – mais vis-à-vis d’elle. Que je redevienne son enfant et qu’elle… Dernièrement, j’ai eu un accident de scooter, j’ai eu beaucoup de chances. Quand je l’ai appelée au téléphone, je l’ai sentie très soulagée quand je lui ai dit que ce n’était pas nécessaire qu’elle vienne, que j’allais voire le médecin. Là je l’ai sentie super-soulagée, ça m’a un peu… là, quand même… Merde ! J’avais peut-être besoin que ma maman me console un chouia au lieu de me dire : bon, ben, ça, t’es costaud, tu vas te remettre. Ouais !

Nicole : Je rebondis sur ta place, je trouve que c’est très important d’avoir sa place de fille, de récupérer sa place, parce que dans nos histoires, enfin dans la mienne, comme dans la vôtre, je n’ai pas été à ma place.

Mireille : Les « postes » sont intervertis.

Nicole : Là, je ne veux pas te couper, une de mes attentes, moi, c’est d’occuper ma place, d’être la fille, puisque j’ai été tout le temps la mère de ma mère, et que en plus, je me suis retrouvée quelque part rivale, soeur, à égalité, de ne plus savoir où j’en étais. Et que c’est cette place de fille qui m’est contestée, puisque même après le décès de ma mère, je n’ai pas eu droit à ma place de fille dans sa succession, que mon père a mis la main dessus et que je lui ai dit, si il voulait faire semblant au moins d’être mon père, il fallait qu’il me reconnaisse, ma place de fille et qu’en tant que fille, j’avais droit à la succession de ma mère. Et nous en sommes toujours là, et je bute, toujours pour cette place d’être la fille de ma mère et que je sois reconnue comme étant la fille de ma mère. Ça, c’est quelque chose qui paraît impossible et je crois qu’une de mes attente, sur laquelle, je ne veux pas dire que j’ai des doutes, mais quand même des craintes, c’est que mes fils, ne me sautent pas aussi, ne me déplacent pas, c’est-à dire que je reste bien à ma place, que je sois leur mère et qu’en tant que leur mère, je suis aussi, fille de ma mère, parce qu’il y a… que ce sont des hommes, et puis que tout se règle entre hommes. Comme ma place n’existe pas, je crains qu’il y ait des alliances entre mon frère, mon père et mes fils, pour qu’on me saute, et que c’est un jeu… intergénérationnel.
Dans lequel je suis la seule fille, et je compte pour du beurre, comme on dit dans les jeux d’enfants et moi, je suis là en disant : j’existe par rapport à mes fils, c’est très dur, j’aimerais qu’ils me soutiennent. Ils sont au courant, aussi, j’aimerais qu’ils me soutiennent, mais ce sont des hommes et cette image-là de leur mère, ils n’en veulent pas ! Cela les dérange, ils avaient une image idyllique. Qu’est-ce que c’est que ces histoires-là ?… Ca les dérange, ils l’ont entendue d’une oreille, ils l’ont entendue, mais il ne faut surtout pas leur en reparler, et si on leur sert un autre discours, ça peut aussi bien les arranger, et si ce discours est monnayé par de l’argent, ça peut aussi bien les arranger, surtout les belles-filles, et pour les petits-enfants qu’il y a derrière et quelque part. Je vois tout ça et en même temps je vieillis, et c’est vrai qu’il y a une petite part de moi qui me dit : maintenant que mes fils m’ont entendue, je voudrais bien qu’ils me défendent, que peut-être que là, j’ai un petite protection, je pense que je l’aurai, mais je n’en suis pas sûre du tout. Et je me dis qu’il faut que je tienne bien le cap moi, toute seule, toujours toute seule, pour dire ma place et que je suis la fille ! Voilà, cette place, je lutterai jusqu’au bout à n’importe quel prix, pour qu’elle me soit reconnue, même par la loi, même par la loi. Merci.

Lise : Parler de mes ressentis à ma mère, donc il n’y a pas longtemps que je dis ma mère, moi, j’ai toujours dit : maman au revoir ! ou ma maman et que j’ai, je sais pas, si elle m’aimait à sa façon, et moi, je l’ai toujours aimée, je ne dis pas adorée, je disais aimer beaucoup et je l’aime encore autant, autant, autant, et j’ai pas envie de pas l’aimer du tout, donc, elle est décédée, hein ! Je n’ai plus ma maman, mais ce que… J’ai découvert ma mère grâce à l’analyse et encore actuellement, j’ai découvert, c’est très récent, que ma mère avait une sexualité, sans doute. Notre père nous a tellement fait de mal, que j’ai toujours haï mon père, que je ne pensais pas que mon père et ma mère pouvaient… Pourquoi ils étaient ensemble, j’ai toujours pensé qu’on les avait mis ensemble, petite fille, j’ai pensé qu’on ne choisissait pas son mari, que c’est quelqu’un de haut placé qui choisissait un homme et une femme et qu’ils vivaient ensemble. J’ai découvert ça très tard, donc, je découvre que j’ai protégé ma mère, petite fille et plus tard aussi, que mes frères et soeurs en ont bien profité aussi… Ma mère n’a rien vu je pense, mais qu’elle avait une relation avec mon frère, je dirais, mais il faut le prendre… je dirais une relation incestueuse, avec mon frère, dans le sens où, c’était l’homme fort de la famille, c’était pas mon père, c’était réellement une merde, dans ma tête, il l’est toujours, et donc, ça je suis en train de le découvrir, ma mère pouvait s’appuyer sur mon frère et donc ne rien voir d’autre que l’appui qu’il a pu apporter au niveau argent, c’était l’homme solide de la maison. Et qui faisait peur à tout le monde. Donc, mes attentes, elles ne sont pas par rapport à ma mère, puisque il me semble que je vois bien telle qu’elle est et comment elle a vécu, mais c’est plus par rapport au reste de la famille qui me rejette tout le temps, qui me rejette encore, disons. Voilà ! c’est le mot : réconciliation qui me vient à chaque fois et qui me fait peur un peu ; puisque en me réconciliant, je cède encore, on m’oublie encore et j’efface tout. Voilà ! Ma maman !

Mireille : Pourquoi tu dis : réconcilié, tu n’es pas fâchée avec eux.

Lise : Non, c’est eux qui m’isolent, ils ne veulent pas de moi, encore moins depuis que ma mère est morte, et c’était le seul lien qu’on avait en famille, en province. Moi à Paris, ma mère morte, moi, j’étais SDF, puisque je ne pouvais pas aller chez mes soeurs dans la même ville, dans la ville où on a tous vécu, et puis petit à petit, ça a été l’oubli. L’oubli total, sauf avec mon jeune frère que je soutiens dans sa cure de désintoxication.

Nicole : Tu es la dernière ?

Lise : Je suis la septième. L’aîné n’était pas grand quand je suis née. De sept à douze ans… c’était, tout tourne autour de la condition féminine, notre mère, c’était une esclave, dans la vie. Voilà ! donc, je trouve que c’est bien… Je n’ai jamais voulu le dire je ne lui ai pas dit. Je suis très contente, je n’ai pas voulu lui en rajouter ça encore par rapport à toutes les… voilà !

Jacqueline : Tu as souvenir de l’avoir vue rire, s’amuser, quelque chose comme ça ?

Lise : Oui, beaucoup rire, un jour, on riait tous et c’était mon frère qui faisait rire. Il était rentré de son service militaire. puisque c’était dans la première maison, donc il était encore jeune, et il arrivait, et ça je l’ai entendu au dernier groupe de parole, c’est exprimé parfois, il arrivait et maman riait, elle était tellement heureuse, tout le monde riait par rapport aux bêtises que ce frère avait dit et en même temps, ça, le fait qu’il agisse comme ça, ça le disculpait par rapport aux éventuels soupçons… une éventuelle culpabilité, quelque part, il était quelqu’un qui faisait rire dans la famille alors qu’il y avait tant de misères. Donc là, j’ai vu ma mère rire à ce moment-là. C’était pas souvent, quoi… Une fois, j’ai raconté récemment, elle m’a protégée alors que toute la famille et elle-même étaient ensemble, et mon frère me faisait des tortures, il m’avait assise sur une chaise, attachée et tout et tout le monde racontait, je ne sais quoi, dont je ne me souviens pas, mais il était près de moi, dans la cour, et il faisait… Tout le monde riait, était tordu de rire… Et à ce moment-là, moi, j’ai étouffé, j’ai étouffé, et maman est venue vers moi en disant : non, non ! on arrête et elle a cassé le fil de laine qui m’attachait sur la chaise, c’était un fil dérisoire, mais c’était une torture, ce brin de laine qui m’attachait sur une chaise au milieu de la cour. Là, ma mère a montré… quand elle m’a détachée, j’ai pleuré, et j’ai couru dans la pièce unique, dans la cour, et je me suis mise au coin, et j’ai pleuré dans le coin de la pièce. Et après, j’ai pas de souvenirs, si elle est venue vers moi, je ne sais pas, mais le souvenir, elle m’a délivrée à ce moment-là donc elle a pris position, quand même… Voilà c’était de choses…. Faut dire que je ne peux pas lui en vouloir.

Maud : Je voulais rebondir sur le fait que tu étais très contente de ne pas lui avoir dit et qu’elle soit morte sans le savoir. C’est vrai que moi mon père, c’est aussi quelque chose que je partage, qu’il soit mort avant, que je n’aie pas eu besoin de lui dire. Au moins, c’est pareil, il était malade dans sa tête, si en plus, il fallait que je rajoute ce problème-là qui était… Il avait déjà du mal à gérer ses trucs… Je vais dire, ça c’est une certaine forme de soulagement…

Mireille : Je ne partage pas cela, parce que justement, par rapport à ma mère, moi, si j’avais pu avoir le courage… ou elle-même, on n’a pas eu le courage de parler ensemble, parce que finalement peut-être qu’elle s’en doutait, c’est un grand, grand regret, justement… Inaudible… Qu’on ait au moins pu pleurer ensemble, ou qu’elle m’ait dit quelque chose, enfin… Je regrette vraiment. Mais, en fait, c’est sa mort qui m’a en même temps délivrée et qui fait qu’après ma parole a été délivrée. D’une certaine manière, elle m’a bloquée. C’était interdit de parole. Ça, c’est mon grand regret. Pourtant, paradoxalement, j’avais l’impression d’avoir une bonne relation avec ma mère. Finalement, on n’abordait jamais ce qui posait problème. Alors, je me suis consacrée à mes études, j’ai aimé l’école…. Donc elle n’arrêtait pas de me dire : « t’en as pas marre d’être dans tes livres ? t’en as pas marre re travailler comme ça ? tu vas bien perdre la tête, tu vas devenir folle à être toujours dans tes livres, comme ça, » Enfin, c’était ça, ses messages, mais je me suis vraiment protégée par mes livres, par mon travail intellectuel, et je ne regrette vraiment pas. Après quand j’ai essayé de le dire à ma soeur… L à, je suis par rapport aux attentes, je crois plutôt que je suis dans l’inverse, je me dis qu’il faut que j’arrête d’attendre quelque chose d’elle, c’est vraiment, faut que j’arrive à faire le deuil… Que j’ai rien à attendre, si ce n’est… J’ai fait un essai, de mon histoire incestueuse, j’ai essayé de faire un petit texte, qu’un jour, je lui ai donné à lire, et quand elle me l’a rendu… elle me l’a rendu… elle m’a dit : ben, je te rends ton texte. Et puis, voilà, ça a été fini. Moi, je n’ai pas eu le courage pour lui dire, demander quelque chose, donc j’ai rien dit non plus !

Delphine : C’était pour qu’elle te le rende, elle devait te le rendre ou toi, tu lui donnais. ?

Mireille : Ah non, je lui avais donné à lire, là, Si elle avait voulu un exemplaire, je lui en aurai donné un. A ce moment-là, je n’avais qu’un exemplaire. Après, finalement de cette ouverture… ça été encore plus fermé. Maintenant, il faut que j’arrête… il faut, ça, c’est la raison, mais… ben voilà ! je ne sais plus trop, très bien, que faire ? comment faire ? et pourtant, il y aurait des choses à faire… à éclaircir, qu’elle pourrait me dire… mais, il faut que j’arrête d’imaginer ça… d’avoir cet espoir… ça me taraude, et puis finalement. Quant à des démarches thérapeutiques, n’en parlons pas… elle s’est toujours vécue elle-même tellement en victime, qu’elle avait un mauvais mari, c’est vrai qu’il buvait, c’est vrai, qu’il y a un de ses fils qui est en cure de désintoxication qui m’écrit… Je suis contente qu’il fasse cette démarche… Il s’est enfin décidé… Il y a quand même des choses qui bougent, un tout petit peu… Non, il faut que j’arrête, vis-à-vis d’elle… Il ne faut pas qu’il y ait d’attentes. Peut-être que ça me protégera… quand je lui téléphone… là, dans sa maladie… J’ai toujours peur d’en prendre plein la figure, parce qu’elle commence toujours par jeter tout son venin, et puis après… au bout de dix minutes un quart d’heure… de temps en temps, ça arrive qu’elle me dise : et toi ?…

Delphine : Jamais, jamais ?

Mireille : C’est toujours elle… Donc moi, je n’existe pas beaucoup. Donc, je pense par rapport à toi, retrouver ma place, exister simplement. Mais donc peut-être, ne plus penser exister par rapport à elle… Je ne sais pas, je ne suis pas très claire, parce que j’arrive pas….

Lise : Je voudrais rajouter une chose, c’est que j’ai l’espoir d’exister, non par rapport à ma famille mais en psy, parce que je commence à sentir des choses qui font que j’existe pour moi en analyse. Voilà ! C’est un petit peu de bonheur, ça a l’air de quelque chose de solide.

Nancy : Ma mère, elle va chez le psychiatre, elle y va pour prendre les médicaments, qui vont l’abrutir encore un peu plus. Moi, je pense que j’ai une mère qui est vraiment d’une extrême défaillance, ça fait ressortir beaucoup de choses, de la déception, de la colère, de la haine, des fois de la pitié… Quand même aussi, par le fait de lui parler, j’aurais voulu qu’elle puisse accéder à une prise de conscience, ça a jamais été possible… Là je crois que je vais commencer à la déplacer sur sa famille, en fait, je voudrais que la famille de ma mère – soi-disant irréprochable – puisse prendre conscience de tout ce qui s’est passé, puisque là, je pense que ma mère n’est plus en capacité, de… Mais bon, je voudrais que ma tante puisse s’interroger, qu’elle se pose des questions, qu’elle cherche dans sa propre histoire, comment elle avait pu permettre que ça arrive…. Ça me coupe la parole.

Delphine : Tout à l’heure, il me semble que tu as dit que tu avais engagé une procédure ?

Nancy : Oui.

Delphine : Elle te soutient ?

Nancy : Non. Elle ne me soutient pas. Elle est plutôt à exprimer les craintes, encore une fois, elle est à l’image de la famille. Tout le monde va le savoir, tu imagines la tête qu’il va faire… Qu’est-ce que ça va t’apporter de plus ? Bon elle ne me soutient pas. Parfois, elle peut avoir un discours à différents niveaux. Elle me souhaite : bon courage. Elle est vraiment. Je suis la fille de cette mère-là, il faut faire avec… Je suis toujours à la recherche d’une mère, un peu bienveillante.

Delphine : Quand tu te déplaces sur la famille, tu veux dire que tu vas leur…

Nancy : La prise de conscience que j’aurais aimé… c’est qu’ils se mettent à la place de ma mère, la première fois, j’avais révélé l’inceste dont j’avais été victime, les soeurs de ma mère sont intervenues, pour… Ma mère s’est beaucoup confiée à ses soeurs, quoi… Peut-être, il y en a une de celles-là qui va pouvoir.

Delphine : Elles t’ont appelée ? Contactée ?

Nancy : Certaines, oui, je me trompe peut-être, je devrais peut-être pas faire ça, demander à d’autres… Quand même, ma mère est considérée comme une simple d’esprit, donc, ma grand-mère…Ssi ma mère était perçue comme cela, c’est qu’elle était vulnérable, elle avait besoin. C’est légitime, si je leur demande de réfléchir à ce qui s’est passé. Et j’ai essayé.

Delphine : Lorsqu’elles l’ont su, quelle attitude elles ont eu les soeurs vis-à-vis de toi ?

Nancy : J’ai été très mal vue. Ils ont cru que je faisais ma crise d’adolescence très jeune. J’avais une apparence physique qui collait pas du tout avec la famille. Je n’avais aucun soutien. Là j’en ai un petit peu plus… à la deuxième révélation – entre guillemets – puisqu’aujourd’hui, j’ai fait des études, j’ai un métier… une situation professionnelle, tout ça.

Echanges Inaudibles.

Nancy : J’ai quand même très peu de soutien, on m’a écoutée un peu, mais…

Delphine : Tu as des frères et soeurs ?

Nancy : J’ai un frère et une soeur. Ils me soutiennent plus ! eux ! A leur façon à tous les deux… Inaudible… Ils ont eu des doutes. Ils ont tellement souffert aussi, de ça que…

Delphine : Mais en fait, quand tu dis que peut-être tu te tromperais… Se tromper comment ? En en parlant ?

Nancy : Que ce n’est pas légitime d’aller leur demander des comptes à eux, parce qu’ils ne sont pas responsables, quoi ! C’est vrai qu’ils m’ont beaucoup fait souffrir par l’attitude, c’est-à-dire qu’ils m’ont jugée comme une adolescente menteuse, emmerdeuse, j’ai souffert de leur attitude. Je voudrais quand même qu’ils se confrontent à la vérité quoi !

Delphine : L’objet du procès, c’est aussi ça ? Que tu sois reconnue par la société à défaut de la famille ?

Nancy : Oui.

Nicole : Tes parents sont toujours ensemble ?

Nancy : Oui.

Nicole : Tu es très seule ?

Nancy : Non, enfin si, au niveau familial, je suis très seule. J’ai du soutien par ailleurs, une psychanalyse qui dure depuis longtemps… inaudible… qui m’aide à cheminer, à élaborer tout ça. A entamer une procédure…

Delphine : Et quand tu dis prise de conscience pour ta mère… C’est une question… Tu aurais aimé… Tu ressentais de la colère, de la haine, tu aimerais qu’elle en ait conscience. Est-ce que ça, ça ferait partie de choses dont tu aimerais qu’elle ait conscience de ton ressenti ? vis-à-vis d’elle ?

Nancy : Non, pas trop ça, quoique je lui ai déjà exprimé ma colère, non, c’est plutôt une prise de conscience, oui de ma souffrance, ça s’est certain, mais aussi de la gravité de ce qui s’est passé puis d’elle quoi ! Comment elle a pu être une mère… Je pense que ce n’est pas possible. Je ne sais pas si j’ai répondu à la question.

Le psychologue : Il est 17h10. Je propose que l’on termine.

FIN de l’ATELIER